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    «Soulèvements» au Jeu de Paume: «Je veux montrer des images d’espérance»

    media Patriot série « Airborne », 2002 Dennis ADAMS C-Print contrecollé sur aluminium. Dennis Adams / CNAP / Courtesy Galerie Gabrielle Maubrie

    Notre monde contemporain est agité par les mouvements de foules, par des manifestations, des grèves, des révoltes et des révolutions… L’exposition « Soulèvements » au Jeu de Paume, le centre de l’image à Paris, essaie d’analyser les représentations artistiques et iconographiques de ces mouvements de contestations dans le monde entier, des gravures de Goya du XVIIIe siècle en passant par des films de Pasolini jusqu’aux « soulèvements numériques » d’aujourd’hui. Entretien avec Georges Didi-Huberman, lauréat du prix Theodore W. Adorno en 2015, philosophe, historien de l’art et commissaire de l’exposition.

    RFI : Lors de la présentation de Soulèvements, vous avez remarqué : « Plus je vieillis, plus je me mets en colère ». Est-ce la raison pour laquelle vous avez réalisé cette exposition aujourd’hui ?

    Georges Didi-Huberman : Pas seulement. Faire une exposition, ce n’est pas l’affaire d’une seule raison. Il y a beaucoup de raisons, mais, en effet, celle-ci en est une.

    RFI : Depuis cinq ans, vous menez des recherches scientifiques sur les soulèvements dans le monde entier. Qu’est-ce qui vous a frappé le plus en voyant au Jeu de Paume la mise en images de vos réflexions ?

    Peut-être cette idée que chaque image pose elle-même sa propre question et que des images ne sont pas des réponses, mais des questions.

    L’affiche de l’exposition ressemble à une image de la révolution de 1968 à Paris. En réalité, il s’agit d’une photo de Gilles Caron sur les manifestations anti-catholiques à Londonderry, en 1969. Pourquoi l’avez-vous choisie comme figure de proue de Soulèvements ?

    Ce qui compte dans le choix de cette image, c’est qu’on voit une image de ruines, c’est-à-dire on voit très bien la violence du conflit entre ces jeunes et la police. D’autre part, on voit deux jeunes gens. Donc, il y a l’idée que ceux qui se soulèvent souvent en premier, ce sont des gens jeunes. Troisièmement, ils sont d’une beauté extraordinaire. On les voit de dos, donc on ne voit pas leurs visages, mais ils ont des gestes… On dirait qu’ils dansent. Donc, une exposition où intervient la question de l’art, mais confrontée à celle du conflit. Un soulèvement, c’est fatalement un conflit. Cette image est une parfaite synthèse du fait que le conflit trouve quelques fois des gestes qui – vus de loin – sont d’une très grande beauté. Ça n’enlève pas leur force ni leur violence.

    On peut protester, se révolter, faire la guerre civile… Où commence et où s’arrête selon vous un soulèvement ?

    Un soulèvement, quelques fois, cela se termine brutalement, puisque le soulèvement est souvent spontané. Il est puissant, mais il est souvent désorganisé. Ce qui fait son innocence, sa véritable sincérité, parce qu’une révolution est autre chose. Une révolution, cela s’organise en avance. Les soulèvements, cela s’arrête souvent brutalement. Dans une partie de l’exposition, on voit des gens morts devant les barricades. Mais, cela n’est pas la fin de l’exposition, car le mouvement même de cette exposition est de dire que cela ne s’arrêtera jamais. Tout ce qui tombe se relève. Et tous ceux qui se relèvent tomberont.

    Vous montrez beaucoup d’artistes, des peintres, des cinéastes, des photographes, mais aussi des psychanalystes et des plasticiens essayant de capter la nature du soulèvement : Goya, Manet, Eisenstein, Freud, Pasolini, jusqu’à Sigmar Polke ou Annette Messager. Quelle est la valeur ajoutée, le côté unique de votre exposition ?

    C’est une question que moi, je devrais vous poser. Ce n’est pas à moi de répondre. Je ne sais pas. Moi, je fais des hypothèses, je fais des montages, je les propose aux gens. Qu’est-ce qu’y a d’unique ? Je ne me pose pas la question. Je ne cherche pas à être unique, d’ailleurs, j’ai demandé de ne pas mettre mon nom sur la couverture du catalogue.

    Gilles CARON : Manifestations anticatholiques à Londonderry 1969. La photo sert aussi pour l’affiche de l’exposition « Soulèvements » au Jeu de Paume. Gilles Caron / Fondation Gilles Caron / Gamma Rapho

    Vous déclinez les soulèvements en cinq sections : « éléments (déchaînés) », « gestes (intenses) », « mots (exclamés) », « conflits (embrasés) », « désirs (indestructibles) ». Dans Conflits, on voit des manifestations, des barricades et des insurrections de toutes natures et un peu partout dans le monde, mais vous ne mentionnez jamais les soulèvements dont Sigmund Freud et Elias Canetti avaient si peur, les mouvements fascistes et nationaux-socialistes, ni des soulèvements des jihadistes ou d'autres mouvements totalitaires. Est-ce un choix personnel ?

    Je crois que ce n’est pas juste personnel. J’en suis tout à fait conscient. Quand je dis, par exemple, qu’il faut regarder les gestes, les bras qui se lèvent, je suis très conscient qu’un salut nazi, c’est un bras qui se lève aussi. Je suis très conscient qu’il y a des soulèvements fascistes. Maintenant, imaginez que j’ai mis à côté les spartakistes et les bras levés des nazis. Qu’est-ce que le spectateur dirait ? Il dirait que c’est équivalent. Je ne veux absolument pas qu’on pense cela. Ce n’est pas équivalent. C’est une discussion politique qu’on peut avoir là-dessus, mais, bien sûr, je suis de côté des spartakistes, définitivement. Ce que je veux dire : à chaque fois qu’on montre quelque chose ou qu’on travaille, ce n’est pas le sujet qui compte, mais qu’est-ce qu’on en fait du soulèvement ? Alors, moi, j’ai montré ce qu’il me semblait intéressant ce qu’on peut faire avec un soulèvement. Naturellement, le soulèvement fasciste, il est toujours là, il veille, il est au bord, donc je suis très inquiet de cela, mais ce n’est pas mon métier de montrer cela. Je ne veux pas montrer cela.

    L’exposition démontre que le soulèvement est intimement lié et à la mémoire et au désir. Peut-on parler d’une vision optimiste ?

    Je ne suis pas sûr qu’il faille dire « optimiste ». Le philosophe Walter Benjamin disait qu’il faut organiser le pessimisme et l’une des façons de le faire est d’organiser un espace d’images. Cette exposition est un hommage à cette phrase d’organiser le pessimisme. Organiser, cela veut dire qu’il y a quelque part un espoir. Il est mince, il n’est pas gigantesque, mais il est là. Donc, c’est en effet une exposition dans laquelle il y a de l’espoir. Je veux montrer des images d’espérance.

    D’où aussi le chapitre Eux qui traversent les murs, avec des œuvres actuelles montrant des migrants qui viennent ici en Europe, en France. Pour vous, les immigrants syriens n’ont pas quitté le soulèvement en Syrie, mais continuent leur « soulèvement » ici ?

    Tout à fait. Ces migrants sont des migrants qu’on essaie de tenir à distance. Donc, fatalement, on les met dans l’obligation de se soulever par rapport aux frontières et aux obstacles qu’on leur met. Les migrants sont notre chance de soulèvement. Ils ont une puissance que nous avons tendance à avoir oubliée. Donc ils vont, sans doute, nous apprendre beaucoup de choses.

    Vous abordez aussi le « soulèvement numérique ». Pour vous, un hashtag sur Twitter, un message posté sur Facebook, cela peut faire partie d’un soulèvement ?

    Objectivement, c’est le cas. Avec mon âge et ma pratique quotidienne, je ne pourrais pas vous répondre de façon directe, parce que je ne pratique pas toutes ces choses-là, je n’ai pas de compte Facebook, etc., mais je sais très bien l’importance que cela a. C’est la forme moderne du tract…

    Les soulèvements numériques sont de nouvelles formes de se regrouper…

    Marta Ponsa, responsable de projets artistiques et de l’espace virtuel au Jeu de Paume sur les « soulèvements numériques ». 19/10/2016 - par Siegfried Forster Écouter

    Soulèvements, exposition au Jeu de Paume, Paris, du 18 octobre 2016 au 15 janvier 2017.

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