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    Akaa: l’art contemporain d’une Afrique sans frontières

    media « Les Maîtres invisibles » de l’Algérien Rachid Koraïchi à l’entrée de l’Akaa, Also Known as Africa, première édition de la foire internationale d’art contemporain et de design centrée sur l’Afrique, du 11 au 13 novembre, au Carreau du Temple, Paris. Siegfried Forster / RFI

    Très attendue, la première foire d’art contemporain africain en France a ouvert le 11 novembre pour trois jours ses portes au Carreau du Temple à Paris. L’Akaa, l’acronyme de « Also Known as Africa » (« Connu aussi sous le nom Afrique »), réunit l’art contemporain sous le signe de l’Afrique, avec 30 galeries, dont 13 africaines, issues de 11 pays.

    « Pour moi, il est le Toulouse-Lautrec du Zimbabwe. Il est obsédé par la vie des femmes qui se retrouvent dans des circonstances assez dures. » Ainsi s’enflamme la galeriste Valerie Kabov pour son artiste fétiche Wycliffe Mundopa. À 29 ans, le peintre zimbabwéen attire l’œil avec ses portraits de femmes traitées de chiennes et portant des bananes. Un regard ironique, tragique, une satire sociale, mais surprise, les couleurs vives procurent malgré tout une joie de vivre. Longtemps en route entre l’Australie et la France, la galeriste est tombée amoureuse du Zimbabwe en 2009 et a ouvert la First Floor Gallery Harare pour donner aux jeunes artistes un espace expérimental. Elle est venue à la première foire d’art contemporain africain à Paris, parce que « le marché est très très petit au Zimbabwe. On a exposé à New York, à Londres, et aujourd’hui à Paris ».

    Siaka Soppo Traoré : la danse de l’image
     
    Dans toutes les capitales artistiques du monde, l’art contemporain africain connaît actuellement un boom. Fini le temps où l’Afrique servait comme repoussoir du marché de l’art. À l’Akaa, la créativité issue du continent noir s’impose d’une manière séduisante, inspirante, imaginative, diversifiée… Siaka Soppo Traoré, Burkinabè né au Cameroun et vivant au Sénégal après avoir grandi au Togo, a reçu ici son prix Orange de l’Artiste numérique Akaa. Sa photo lauréate Dans Ce déborde d’énergie et capte des danseurs hip-hop survoltés sur le grand marché de Douala. Un retour vers ses racines camerounaises et son amour pour la danse : « On a tenu bon, on a osé, on a essayé pendant des heures afin d’obtenir une bonne photo… À la base, j’ai une formation d’ingénieur civil. Cela m’aide dans la composition des images. Aujourd’hui, j’arrive à m’en sortir pas mal avec la photographie. Et je pense que les réseaux sociaux, le numérique et tout cela sont là pour nous aider à montrer notre travail. »

    « Akaa : une Afrique sans frontières »

    L’Akaa rassemble une Afrique qui fait bien et du bien. Les sujets graves ne sont pas écartés, mais ouvrent sur une Afrique de solutions. « L’ambition de l’Akaa est de créer la première plateforme commerciale et culturelle mettant en valeur l’art contemporain d’Afrique à Paris, affirme Victoria Mann, la fondatrice et directrice de la foire, passée par le Metropolitan Museum of Art à New York, le Pace Gallery à Londres et le musée du Quai Branly à Paris. Le nom Also Known as Africa  veut dire qu’il n’y a pas de définition unique. On veut parler d’une Afrique universelle et sans frontières. Nous mettons en avant l’artiste et l’œuvre et pas son origine. »

    Tous ceux et tout ce qui s’inspire de l’Afrique trouvent à l’Acaa leur place. L’Italien  Nicola Lo Calzo trouve la lumière pour ses somptueuses images au Niger. L’Américain Yuri Zupancic sublime et interroge les déchets déposés en Afrique par son installation Silicon Mountain, une montagne de cartes mère et de composants électroniques, dotée de portraits microscopiques. Peints à la main, ils montrent des enfants travaillant sur ces décharges toxiques. Né au Kansas, l’artiste vit aujourd’hui à Paris. Il n’est jamais allé en Afrique et rêve « d’amener mon Silicon Mountain au Silicon Valley ».

    Siaka Soppo Traoré, photographe et lauréat du prix Orange de l'artiste numérique Akaa avec "Dans Ce". Siegfried Forster / RFI

    « La Jungle des paradoxes »

    L’architecte-photographe franco-allemand Chris Morin-Eitner nous enlève sur le stand de la galerie W dans La Jungle des paradoxes. Cette magnifique série de photos Il était une fois demain en surimpressions et hybridations croise la faune et la flore d’Afrique entre autres avec les monuments parisiens. Résultat : un Paris plongé dans une forêt tropicale où des flamants roses se baladent devant le Moulin Rouge, un lion trône sur l’Arc de Triomphe et un troupeau de gazelles broute devant l’Opéra Garnier. « Je vis à Paris et voyage beaucoup en Afrique. Je prends tout en photo : les villes, les animaux, les arbres, les fleurs… Après, je les réintègre dans les images en photomontage pour raconter l’histoire de la nature qui reprend ses droits, illumine et poétise nos villes. » Pourtant, les images ne tombent pas dans une vision romantique hébétée. L’inquiétude savamment entretenue nous mène vers une apocalypse douce. « Je ne suis pas dans une esthétique apocalyptique ou si c’est une apocalypse, elle est joyeuse, poétique. »

    Les artistes passent par le regard en Occident

    La galerie 127, fondée il y a dix ans à Marrakech, est au Maroc la seule consacrée exclusivement à la photographie. Sa directrice Nathalie Locatelli présente à l’Akaa quelques œuvres du Tangerois Hicham Gardaf. Un travail étonnant, car les merveilleuses peintures monochromes de cet autodidacte s’avèrent être des photos de murs rouges et jaunes dans la région de Marrakech : « il n’y a absolument aucun travail de postproduction, ce sont des photos faites en argentique. » Cet artiste est à l’image de la jeune création dans ce pays : autodidacte, timide et curieux : « il n’y a absolument aucune structure technique au Maroc, explique Nathalie Locatelli qui avoue de dépasser souvent son rôle de galeriste. Il n’y a pas d’école de photographie, donc les artistes sont pour la plupart autodidactes, quand ils n’ont pas la chance de pouvoir quitter le Maroc, ce qui est le cas de 95 pour cent des jeunes Marocains. Ici, à l’Akaa, je souhaite leur donner une visibilité, car le positionnement d’un artiste passe par le regard en Occident. On en est encore là. »

    Pour elle, la notoriété n’est pas un problème. Elisabeth Lalouschek, la directrice artistique d’October Gallery à Londres a découvert et accompagné de nombreux artistes africains aujourd’hui très connus comme le Ghanéen El Anatsui, le Lion d’or de la Biennale de Venise 2015, l’artiste algérien Rachid Koraïchi ou le Béninois Romuald Hazoumé. L’Akaa représente pour la galeriste l’opportunité d’être enfin présente sur le marché français et de faire découvrir le travail de la Nigériane Nnenna Okore : « Une œuvre avec des cubes en argile blanche sur une toile de jute accrochée au mur. Une merveilleuse robe avec des plis très raffinée et un jeu de formes flottantes. »

    Alexis Peskine : « Under Construction » (2016), nails, moon gold leaf, paint and satin varnish on wood panels, 100 x 100 cm. Siegfried Forster / RFI

    « L’Afrique devient à la mode »

    Un marché allemand très en forme concernant l’art africain a fait venir la galerie ArtCo, basée à Aix-la-Chapelle. La plus grande galerie d’art contemporain africain en Allemagne montre les créations de Marion Boehm, une artiste allemande très marquée par ses années en Afrique : des photographies projetées sur un papier journal, ornées d’objets récupérés et collectionnés, avec des textures et des designs africains. La galeriste YoungMi Lamine est confiante et pense trouver des acheteurs, par exemple pour cette Girl with Lobster à 8500 euros : « Le marché se porte très bien, parce que l’Afrique devient à la mode ou a été enfin découverte à son juste titre. Aujourd’hui, l’art africain s’est établi en ayant sa propre âme, son propre art, avec des artistes appréciés dans le monde entier par un large public international. Et le marché français reste fort, surtout depuis le Brexit et maintenant avec les élections américaines [rires]. »

    Le hijab et « Les Maîtres invisibles »

    Emma Vandermerwe de la galerie Everard Read, basée au Cap et à Johannesburg en Afrique du Sud et à Londres, a été séduite par l’aspect plus expérimental de l’Akaa par rapport à la foire 1:54 de Londres. Ici à Paris, elle peut mélanger la vidéo, la photographie et la peinture. Sur le continent européen, elle a amené une photographie et une vidéo de l’artiste sud-africaine Thania Petersen, réputée pour ses œuvres autour de sa propre identité et l’identité des femmes, en particulier des femmes musulmanes. Avarana est un travail autour du voile et sa réception contradictoire entre enfermement et protection : « L’artiste discute le principe du hijab, d’un point de vue occidental et d’un point de vue islamique. On voit comment elle se balade autour du fort de Bonne-Espérance dans la ville du Cap, un monument très connu pour l’histoire de l’esclavage en Afrique du Sud. »

    Le travail fait écho aux bannières en coton imprimées de l’Algérien Rachid Koraïchi. Accueillant les visiteurs au Carreau du Temple, Les Maîtres invisibles racontent les vies et l’héritage de quatorze grands mystiques de l’Islam. À la première foire d’art africain à Paris, on discute également de la situation de l’art au Mozambique ou du rôle des institutions pour l’art en Afrique. L’Akaa, revendique-t-elle aussi une portée politique ? « On reste une foire d’art contemporain, tempère la directrice Victoria Mann, mais, évidemment, c’est important pour moi d’être engagée. L’année dernière, nous avons souffert d’une annulation due aux attentats de Paris, commis par des gens qui cherchent à détruire nos valeurs comme la liberté d’expression. Pour cela, j’ai voulu démarrer cette première édition avec l’œuvre de Rachid Koraïchi. »

    Victoria Mann, la fondatrice et directrice de la première foire d'art contemporain centrée sur l'Afrique à Paris, Akaa. Siegfried Forster / RFI

    Akaa, Also Known as Africa, première édition de la foire internationale d’art contemporain et de design centrée sur l’Afrique, du 11 au 13 novembre, au Carreau du Temple, Paris.

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