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    Afrique

    La photographe Scarlett Coten cherche l’homme arabe émancipé

    media Ahmad, Ramallah, Palestine, 2014. Portrait issu de la série « Mectoub », de la photographe Scarlett Coten. Scarlett Coten

    Dotée d’un regard alerte, d’un sourire large et d’une voix basse, elle n’aime guère être photographiée avec ses jolis cheveux bruns bouclés. Depuis 2012, la photographe française Scarlett Coten a parcouru l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient pour réaliser sa série Mectoub, des portraits d’hommes arabes émancipés d’aujourd’hui. Une quête récompensée par le prestigieux prix Leica Oskar Barnack Award et exposée lors du dernier salon Paris Photo. Entretien.

    RFI : Quelle est la signification de Mectoub ?

    Scarlett Coten : On pourrait traduire Mectoub par « destin d’hommes ». En arabe, mektoub signifie « la destinée », « c’est écrit ». Mectoub est un jeu de mot avec le mot « mec », les gars, les hommes. Donc Mectoub veut dire histoire de mecs ou destin d’hommes.

    Vous avez questionné en Afrique du Nord et au Moyen-Orient l’identité masculine émancipée. Que signifie d’être aujourd’hui un homme arabe émancipé ?

    Je me suis intéressée à la condition de l’homme dans ces pays, notamment de cette jeune génération à l’initiative de tous ces printemps arabes qui partaient de revendications pour plus de libertés individuelles, pour faire évoluer les mentalités, pour changer les relations hommes-femmes. Donc je me suis dit : qui sont ces hommes ? Allons voir ces hommes. Forcément, c’est aussi un questionnement sur leur relation à la femme, puisque moi, je suis une femme photographe, je m’isole avec eux pour les photographier. Je m’isole pour plusieurs raisons : pour les sortir de la pression sociale et pour les emmener dans cette relation d’intimité, à être eux-mêmes. J’avais envie de les dévoiler. Qu’ils se montrent tels qu’ils sont. Le but étant évidemment de casser toutes les stéréotypes qu’on leur colle à la peau : l’homme arabe étant forcément macho, s’il n’est pas terroriste, etc.

    Vous n’avez pas retrouvé la frustration et la misère sexuelle des hommes arabes dont parlait l’écrivain algérien Kamel Daoud ?

    Chez cette génération, justement, la frustration n’est pas sexuelle. C’est une nouvelle génération qui est en rupture avec leur société patriarcale, avec les codes de la société, avec le modèle du « père », avec tout ce que leur peut imposer tous leurs gouvernements ou leurs dictatures. Peut-être sont-ils une minorité, mais je me suis intéressée à ces jeunes hommes qui sont quelque part des rebelles, dans leur propre pays, dans leur propre situation sociale. Ce sont des rebelles. Ils sont tatoués alors que c’est « haram », cela veut dire que ce n’est pas interdit par la loi, mais par la religion. J’ai notamment photographié un garçon à Alger qui a pris huit ans de prison pour tatouages. C’est une génération courageuse. De la même façon, ils assument pour l’homosexualité. C’est une sacrée prise de risque, parce qu’ils peuvent se retrouver en prison.

    Omar, Beyrouth, Liban, 2015. Portrait issu de la série « Mectoub », de la photographe Scarlett Coten. Scarlett Coten

    Une photo montre un homme en petite tenue, avec des talons aiguilles, visiblement très à l’aise. Comment avez-vous trouvé cet homme et cette posture ?

    Je l’ai rencontré à Amman. Il a créé le seul magazine LGBT [lesbiennes, gays, bisexuels et trans, ndlr] de tout le Moyen-Orient. Quand je rencontre ces hommes, je leur explique ma démarche et montre déjà des photos qui ont été faites de la série. Il avait vu cette autre photo du garçon au Caire qui est danseur et qui danse sur des talons aiguilles rouges. Alors il m’a demandé : est-ce que je peux venir avec mes talons ? Et je lui dis : tu viens comme tu veux. Tu te montres tel que tu as envie de te montrer, tel que tu es. Parce qu’ils ne se montrent pas qu’à moi, ils se montrent au monde entier. Pour eux, c’est très important de donner au monde l’image de ce qu’ils sont réellement. Ils sont très occupés par l’image qu’ils ont actuellement en Occident.

    Sur un autre portrait, on aperçoit un homme sur un canapé, barbu, t-shirt, avec des bagues, dans un endroit mystérieux. Qui est-ce et où ?

    C’est à Beyrouth. Mon travail porte sur les citadins. Je ne suis pas allée à la campagne, chercher des gens traditionnellement habillés en djellabah, etc. Je me suis intéressée à cette génération citadine qui est en blue-jean, dreadlocks, tatouée, etc. Quand j’arrive dans une ville, une grande partie de mon travail est de repérer des lieux où je peux m’isoler avec eux. A Beyrouth, c’était assez facile. Depuis la guerre civile, il y a énormément d’appartements et de maisons abandonnés qui sont restés à l’état, avec leur canapé, des meubles, etc. Ces endroits me permettent aussi de montrer tous ces décors et la situation sociale, économique, historique de ces pays. Lui, on pourrait dire que c’est un hipster beyrouthin qui a une barbe de hipster et pas de terroriste [rires].

    Ces hommes étaient-ils perturbés par le retournement de la situation habituelle ? Que c’est une femme qui utilise les hommes comme « objet » et pas le contraire ?

    Oui, c’est également un travail féministe, puisque moi, femme, je prends le pouvoir sur des hommes pour les prendre en photo. Mais ils ont tout à fait joué le jeu, cela ne les a absolument pas dérangés. Quand on les regarde, ils sont très à l’aise. Cela dit des choses sur ces jeunes hommes de ces sociétés arabes, puisqu’ils ne sont pas perturbés par ça.

    Mohamed, Alexandrie, Egypte, 2013. Portrait issu de la série « Mectoub », de la photographe Scarlett Coten. Scarlett Coten

    Vous travaillez depuis longtemps dans les pays arabes, avec des résidences un peu partout, surtout en Egypte et au Maroc. Selon vous, est-ce que le printemps arabe était une vraie césure par rapport aux mentalités, à la façon de se montrer ?

    Je pense que c’était une évolution qu’on a sentie venir petit à petit. Dans ces pays, ce sont des sociétés schizophréniques. Il y a toujours les familles traditionnelles et à côté toute une jeunesse émancipée. Les révolutions arabes sont venues de la mondialisation. Ils veulent juste être libres comme nous le sommes.

    Auriez-vous pu faire ces photos avant le printemps arabe ?

    Oui, je pense un petit peu avant, parce qu’une révolution n’arrive pas comme ça, le jour au lendemain. Quand j’ai commencé en 2012, c’était un an après les révolutions, en Egypte, il y avait encore cette euphorie. En 2013, j’ai travaillé au Caire, je suis revenue en 2015, et en un mois, je n’ai pu faire qu’une image, parce que tout avait changé. Une chape de plomb était tombée sur eux. Tous leurs amis étaient en prison, ils n’avaient plus l’énergie, l’espoir… C’était très compliqué en 2015 de refaire des images. Dans tous ces pays, c’est de plus en plus dur pour eux. Il y avait un renversement de situation. Mais le Maroc n’a pas la même histoire que l’Algérie, la Tunisie ou l’Egypte. Ou comme le Palestine où j’étais aussi ou la Jordanie ou le Liban. En tout cas, ils sont engagés dans ce combat pour la démocratie. Ils ont envie d’être en démocratie, d’être libres, d’être eux-mêmes.

    Comment ont-ils réagi face à ces photos ?

    En général, ils sont très heureux. Quand je les leur envoie, ils le mettent tout de suite en profil Facebook ! [Rires] Surtout, ils sont contents que quelqu’un s’intéresse à eux. Or, dans ces pays, la plupart des travaux artistiques ou photographiques s’intéressent toujours à la condition de la femme. Les hommes sont quand même les grands oubliés. Or, ils vivent quand même sous les mêmes contraintes sociétales, etc. Eux aussi ont des choses à dire sur leur condition d’homme et sur leur combat.

    Ismael, Tanger, Maroc, 2012. Portrait issu de la série « Mectoub », de la photographe Scarlett Coten. Scarlett Coten

    Mectoub sur le site de la photographe Scarlett Coten

    ► Lire aussi : Le monde arabe pris en photo par une Biennale pionnière, rfi, 11/11/2015

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