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    France

    Catherine Ikam, pionnière de l’art numérique: «La fuite de l’image m’intéresse»

    media Catherine Ikam à son exposition « Point Cloud Portraits » au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Siegfried Forster / RFI

    Son mythique personnage virtuel «Oscar», doté d’intelligence artificielle, nous prive d’un sourire quand on bouge trop devant son portrait de chevalet. Avec «Deep Kiss», une scène d’amour d’un genre nouveau, elle nous fait tourner la tête autant que son «art génératif» se renouvelant à chaque instant. Catherine Ikam, née dans les années 1940 à Paris, est une des pionnières des arts numériques mais elle se méfie de la technologie. La fuite de l’image est au cœur de son œuvre: des photos, des vidéos, des images tournant autour de l’identité. Dans sa jeunesse, cette artiste-plasticienne autodidacte a troqué son diplôme de droits contre une carrière artistique. Le Centre des arts d’Enghien-les-Bains lui consacre jusqu’au 11 décembre une rétrospective, des années 1980 en passant par sa rencontre avec Nam June Paik, jusqu’aux portraits conçus pour l’exposition «Point Cloud Portraits». Entretien.

    RFI : Vous êtes une des figures pionnières de l’art numérique. Souvenez-vous vous encore de votre première œuvre dans ce domaine ?

    Catherine Ikam : Je m'en souviens très bien. C’était en 1980, au musée d’Art moderne du Centre Pompidou. J’avais fait un parcours sur l’identité, avec une grande sculpture dans le forum du Centre. Je me souviens très bien : il y avait les saucissons de Salvador Dali qui y pendaient ; j’étais très malheureuse. C’est le premier travail que j’avais fait sur le visage et l’identité.

    Au Centre des arts d’Enghien-les-Bains, vous présentez Point Cloud Portraits. Peut-on dire qu’il s’agit d’un jeu d’apparitions et de disparitions autour de l’identité ?

    Absolument. Ce sont des portraits qui sont composés de particules, attirées et repoussées par un modèle 3D, en fonction de programmes spécialement définis et travaillés. Ainsi le portrait se précise, est présent et puis disparaît selon la façon dont on le regarde. Donc c’est un espace poétique à partir du portrait et créé par le portrait.

    C’est poétique et philosophique. Dans votre œuvre, il n’y a plus de naissance ou de mort, tout est un jeu de transformations entre apparitions et disparitions.  

    On peut l’interpréter comme on veut. Effectivement, je pense que les choses se transforment et réapparaissent sous une autre forme, mais cela peut être perçu par chacun comme il le veut.

    Dans Points Cloud Portraits, un portrait est constitué à partir d’environ un million de points. Un point que signifie-t-il pour vous ?

    Ce sont des éléments de l’image étant comme des particules éclatées dans l’espace, continuellement en mouvement. Donc, à un certain moment, les particules s’assemblent et on reconnaît vraiment quelqu’un, comme c’est le cas dans la pièce que nous montrons, Gravity. Ou au contraire, les particules se désaccordent et on est dans une espèce de grand bouillon cosmique. C’est une métaphore et chacun choisit ce qu’elle représente.

    Vue de portraits 3D « Portraits réel/virtuel » (2016) dans l'exposition « Point Cloud Portraits » de Catherine Ikam au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Siegfried Forster / RFI

    Pourquoi ce polaroïd un peu flou de 1975 tout au début de l’exposition ?

    J’ai beaucoup travaillé avec des polaroïds, des Polaroids SX-70 avec leur texture de couleurs tout à fait intéressante. C’était dans les années 1980/1990. C’était toujours la même recherche : une forme qui fuit. Au début, j’ai beaucoup travaillé sur la vidéo. Et qu’est-ce que l’image vidéo est d’autre qu’une forme qui se construit et se déconstruit continuellement ? C’est ça qui m’intéressait : la fuite de l’image.

    Dans les années 1980, vous avez travaillé sur l’opéra-vidéo Valis. C’est l’histoire de Horselover Fat à la recherche de sa vérité à travers ses propres fantasmes. Son credo : « There is no route out of the maze », « il n’y a aucun chemin possible hors du labyrinthe ». Est-ce que cela veut dire que la technologie est toujours aussi un enfermement ?

    Cela peut certainement être un enfermement. Valis, d’après le roman de l’auteur américain Philip K. Dick, était un opéra pour le dixième anniversaire de Beaubourg. C’était à la fois un opéra et puis un environnement qui durait ensuite trois mois dans le forum du Centre Pompidou.

    Aujourd’hui, on vous voit en pleine forme, sans Apple Watch ni Google Glass ou casque virtuel vissé sur la tête. Quelle est votre relation personnelle avec les nouvelles technologies ?

    Je me méfie un peu de la technologie. Je crois qu’elle doit rester discrète, il ne faut surtout pas que cela soit premier. Il faut faire passer une émotion, dans mon cas, ce sont souvent des rencontres,  des rencontres avec des simulacres ou des rencontres avec soi-même. C’est ça qui compte : les émotions, le contenu. Aucun dispositif technologique ne se suffit à lui-même. Aucun. Il y a des gens qui sont fascinés par ça, mais je crois qu’il faut s’en méfier un peu aussi.

    Digital Diaries, une forêt de souvenirs, ressemble à un panorama en 3D de votre vie personnelle. On y aperçoit entre autres votre rencontre avec Nam June Paik (1932-2006), l’un des fondateurs de l’art vidéo.

    J’étais très proche de Nam June Paik que j’admire profondément. Le moment où nous l’avons enregistré pour cette série vidéo Le Monde de Nam June Paik que j’avais faite sur Antenne 2, il était encore très sous l’emprise de Fluxus. Il faisait un tas de pièces à la fois poétiques et grinçantes. Il cassait des disques, il jouait du piano avec un masque, il massacrait avec acharnement La Valse de l’Adieu de Chopin… Il jouait à l’encontre des choses. C’était en 1980, dans son atelier du 110 Mercer Street à New York. Après, il a fait des choses plus monumentales, plus impressionnantes.

    Vue du portrait virtuel interactif Oscar dans l'exposition « Point Cloud Portraits » de Catherine Ikam au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Siegfried Forster / RFI

    Avant d’investir l’art numérique au début des années 1980, vous avez travaillé avec le spécialiste du dessin d’animation par ordinateur, le réalisateur britannique Peter Földes. Comment est passée votre entrée en « art » ?

    Cela s’est passé justement beaucoup avec Peter Földes. Vous savez, il faut toujours croire en soi et il faut toujours que quelqu’un d’autre croie en vous aussi. Je me suis lancée comme ça, en travaillant à la télé, sur l’image vidéo, en modifiant les images vidéo, en faisait de l’art vidéo, on bricolait le signal, etc. Cela a commencé comme ça.

    Avez-vous étudié dans une école des beaux-arts ?

    J’ai fait des études de droit, [passé] le diplôme et puis j’ai toujours travaillé indépendamment, mais je n’ai pas fait d’école d’art, Dieu merci [rires].

    Quel est aujourd’hui le plus grand défi de l’artiste face à la réalité virtuelle ? On nous parle beaucoup de la surveillance, la terreur des technologies, être contrôlé, téléguidé, manipulé.

    Je crois le défi pour les artistes, quel que soit les matériaux qu’ils utilisent, est de trouver une nouvelle forme. Créer quelque chose de différent, de nouveau. Cela peut se faire avec un pinceau, avec de la vidéo, avec toutes sortes de formes. Mon écriture à moi, c’est d’essayer d’exister en utilisant les technologies comme un outil, un instrument, mais qui doit rester discret. D’autres pourront s’emparer de l’environnement et en faire autre chose. Pour moi, le défi est de créer de nouvelles formes. Et il y a très peu d’artistes qui le font, il y en a beaucoup qui reprennent ce qui a été déjà fait.

    ► Point Cloud Portraits. Une exposition de Catherine Ikam. En collaboration avec Louis Fléri, jusqu’au 11 décembre 2016 au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Catalogue de 156 pages avec des contributions de Jean-Paul Fargier, Louis Fléri, Alexia Guggemos, Catherine Ikam, Dominique Moulon, Nam June Paik, Paul Virilio.

     

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