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    Europe

    «Kollektsia !», l’art russe contemporain «non-officiel» au Centre Pompidou

    media À gauche : Alexander Kosolapov : « Triptyque Malevitch-Marlboro », 1985. Don d’Alexander Kosolapov. À droite : Oleg Kulik : De la série « Je mords l’Amérique et l’Amérique me mord », 1997. Don de Pierre-Christian Brochet. A.Kosolapov / Oleg Kulik

    Des œuvres dont beaucoup ont été longtemps interdites voient le grand jour au Centre Pompidou-Paris. Avec l’exposition « Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie, 1950-2000 », 250 tableaux, sculptures, photographies et installations de 65 artistes russes longtemps réprimés, ignorés et méconnus sont enfin montrés et reconnus à leur juste titre. « Cette erreur a été rattrapée » confie Nicolas Liucci-Goutnikov, le commissaire français de cette aventure monumentale devenue possible grâce à un don exceptionnel d’une quarantaine de collectionneurs et artistes russes. Entretien.

    RFI : Kollektsia offre un panorama d’un demi-siècle d’art contemporain russe, de 1950 jusqu’à nos jours. Qu’est-ce qui vous a frappé le plus quand vous avez vu ces 250 œuvres rassemblées et accrochées aux cimaises du Centre Pompidou ?

    Nicolas Liucci-Goutnikov : C’est de voir un art non-officiel, un art né dans les marges du système officiel. Et qui, quand on le voit accroché sur les murs du Centre Pompidou, prend toute sa signification et s’intègre parfaitement à cette grande histoire que raconte cette collection. Un art non-officiel, cela veut dire un art créé par des artistes qui ne sont pas considérés comme des artistes par le régime soviétique. Des artistes maintenus en marge du système, qui n’ont pas le droit d’exposer ou seulement chez eux ou quelques heures dans des bars ou dans des parcs publics. Il s’agit d’un contexte historique extrêmement particulier produisant un art qu’on peut dans certains cas mécomprendre ou mal comprendre si on ne garde pas en tête ce contexte. Et ce dont je me réjouis surtout est qu’on a réussi à reconstituer le contexte de création de l’époque qui donne toute sa valeur à ces différentes œuvres.

    Cette année, il y a eu le succès énorme de l’exposition Eugen Gabritschevsky (1893-1979) à la Maison rouge, on a connu les vagues médiatiques provoquées par l’artiste performeur russe Piotr Pavlenski et déjà en 2010, le musée du Louvre avait présenté Contrepoints. L’art contemporain russe, de l’icône à l’avant-garde en passant par le musée. Malgré tout, on connaît très peu l’art contemporain russe.

    Il n’y a pas de « trou » spécifique dans la perception de cet art. Ce que je regrette est l’incompréhension dont pâtissent les artistes russes installés à Paris. C’est très concret. On sait que de nombreux artistes contemporains se sont établis à Paris à la fin des années 1980 et au début des années 1990 : Eduard Steinberg, Vladimir Yankilevsky, Igor Shelkovski, Oskar Rabin, pour ne citer que quelques-uns des artistes qui vivent ici depuis très longtemps, certains vivant entre Paris et Moscou, mais en tous cas ils ont établis ici depuis plus de vingt ans, certains sont morts entre temps. Des artistes qui ont été exposés dans certaines galeries, mais qui n’ont pas eu la chance de retenir l’attention des grands musées publics. Ce qui me fait très plaisir, c’est que cette erreur a été rattrapée grâce à ce projet.

    Vladimir Yakovlev : « Chat de gouttière tenant un oiseau ». Fin des années 1980, gouache sur papier, 41,5 x 54 cm. Don d’Alexander Kronik. Vladimir Yakovlev

    Parmi la multitude d’artistes et de courants artistiques que vous présentez, le Sots art attire particulièrement l’œil. Un courant artistique né dans les années 1970, la version soviétique du Pop Art américain.

    Le Sots art est le mouvement le plus connu, sans doute grâce à la virulence et l’efficacité visuelles de ses propositions. Le Sots art est un mouvement qui part du constat qu’en URSS on ne surproduit pas de marchandises ou de publicités, mais on surproduit des idéologies. Donc on va détourner les codes du Pop Art pour critiquer non pas la société industrielle ou publicitaire, mais le système idéologique. On va détourner les codes et les symboles de l’idéologie soviétique. C’est un art extrêmement puissant, visuellement très efficace, qui, malheureusement, a valu très vite à ses protagonistes de devoir partir en exil.

    Parmi les œuvres représentant la répression des artistes se trouve un travail de Mikhail Fedorov-Roshal qui fait référence à la fameuse exposition Bulldozer dans un parc moscovite, en 1974.

    L’exposition Bulldozer est la plus connue des expositions que les artistes non-officiels ont essayé d’organiser dans l’espace public. Car ces artistes n’avaient pas accès à l’espace public. Ils ont exposé en appartement. En 1974, à l’instigation d’Oskar Rabin, de Vitaly Komar et d’Alexander Melamid, on organise une exposition dans un grand parc public. L’exposition réunit plusieurs centaines d’œuvres, exposées sur des chevalets ou par terre par des artistes. Très vite, les autorités sont prévenues de cette manifestation et au bout de quelques heures, elles envoient des tracteurs et des canons à eau pour disperser la manifestation. Les œuvres sont détruites, certaines personnes passent quelque temps au poste de police… Et nous sommes très heureux de pouvoir présenter dans l’exposition Kollektsia ! Une œuvre d’inspiration conceptualiste qui a été exposée à Bulldozer.

    Malgré la répression, des artistes russes ont essayé de nouer des contacts avec des artistes occidentaux, à l’instar de l’artiste Monastryrsky dont on voit un tableau dans l’exposition. Il a cherché à entrer en contact avec le compositeur et artiste américain John Cage. Comment pouvait-on nouer des liens avec l’art occidental pendant la Guerre froide en Union soviétique ?

    Andreï Monastryrsky : « Je respire et j’entends », 1983. Photo : Igor Makarevich. Don de German Titov. Andreï Monastryrsky / Igor Makarevich

    Tous ces artistes ont cherché à sortir de leur isolement. Tous ont essayé de rompre avec le dogme du réalisme socialiste et d’ouvrir leurs créations à toutes sortes d’influences. Les tentatives de créer des liens de Monastryrsky avec John Cage sont un exemple parmi d’autres. Ce qui a beaucoup influencé et motivé aussi le développement de l’art non conformiste dans les années 1950 et 1960, ce sont les grandes expositions que Khrouchtchev [premier secrétaire du Parti communiste de l’Union soviétique de 1953-1964 et président du conseil des ministres de 1958-1964, ndlr] a autorisé à Moscou : en 1956, une exposition Picasso au musée Pouchkine ; en 1959 une exposition américaine à Moscou où sont exposés Pollock, Rothko et Rauschenberg ; en 1961, l’exposition nationale française où sont exposées Soulage, Nicolas de Staël ou Bernard Buffet. Donc ces artistes russes ont été très influencés et stimulés par ce qu’ils ont vus. Ces expositions ont été une sorte d’aiguillon qui les a poussés à s’émanciper de tous les dogmes et à inventer leur propre langage plastique.

    Pourquoi les 40 donateurs russes qui ont rendu possible cette exposition Kollektsia ! ont donné leurs œuvres à un musée français et non pas à un musée en Russie ?

    Pour moi, deux choses émergent clairement : d’une part, les donateurs russes sont animés par un sentiment patriotique, par le désir - au sens le plus positif - d’obtenir pour l’art de leur pays une reconnaissance. Et je pense qu’ils ont compris que cette reconnaissance ne pouvait pas venir d’un musée national en Russie, mais de l’étranger. Ce qui a animé les donateurs russes est l’idée qu’on va faire reconnaitre cet art contemporain russe pas seulement dans notre pays, mais aussi ailleurs. Cette merveilleuse donation procède cette volonté de reconnaissance dans un musée public dont les collections sont inaliénables et étudiées, valorisées pour l’éternité.

    Vladimir Yankilevsky : « Portrait de R. S., 1963, huile sur métal, bois, 96 x 135 x 23 cm. Don de la Vladimir Potanin Foundation. Vladimir Yankilevsky

    ► Le jeudi 1er et le mercredi 7 décembre à 19h,le Centre Pompidou propose deux rencontres avec des artistes russes contemporains.

    Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie, 1950-2000, exposition au Centre Pompidou-Paris, jusqu’au 27 mars 2017.

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