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    «Algérie du possible»: pour Viviane Candas, «une mémoire transmissible»

    media « Algérie du possible, la révolution d'Yves Mathieu », un documentaire de Viviane Candas. Les Films de l'Atalante

    Son père a sacrifié sa vie pour l’indépendance algérienne en 1962. Un an après le coup d’Etat de 1965 en Algérie, Yves Mathieu est tué par un camion de l’armée algérienne, à l’âge de 41 ans. Accident ou assassinat ? Le documentaire Algérie du possible, la révolution d'Yves Mathieu de Viviane Candas est bien évidemment un film partisan. Néanmoins, c’est aussi une preuve de plus qu’en 2016, les artistes en France continuent à remuer très intelligemment les silences concernant l’histoire de l’Algérie.

    Après Made in Algeria, la première grande exposition sur l’Algérie en France au Mucem, après le documentaire de Nassima Guessoum sur les femmes résistantes pendant la guerre d’indépendance et les réflexions philosophiques et artistiques du plasticien Kader Attia, la cinéaste Viviane Candas dresse le portrait de son père Yves Mathieu, un avocat au service de la révolution algérienne. Et à travers lui resurgit l’époque après-guerre de l’Algérie, rarement montrée à l’écran. Entretien.

    RFI : Quelqu’un qui ne connaît rien de l’Algérie peut-il regarder votre film Algérie du possible simplement comme la tentative d’une fille de comprendre son père souvent absent, car avocat au service de la révolution algérienne ?

    Viviane Candas : On peut tout à fait le voir comme ça, une tentative de comprendre l’histoire à travers le destin d’un homme. Encore mercredi soir, lors d’un débat après la projection du film, un jeune enseignant d’origine algérienne qui enseigne en France m’a dit vouloir montrer ce film à ses élèves. Je pense que ce film porte une mémoire qui est transmissible.

    RFI : Yves Mathieu est né en Algérie, il a lutté pour l’indépendance de l’Algérie, il est mort en Algérie, mais il n’a jamais obtenu la nationalité algérienne. Comment l’Etat algérien voit-il aujourd’hui le rôle de votre père pendant la révolution algérienne ?

    Fin novembre 2014, j’étais invitée à Alger pour l’inauguration d’un monument dans la Casbah, dédié aux amis des frères, c’est-à-dire à tous ceux qui ont contribué à la révolution algérienne. On m’a remis une sorte de médaille, une petite sculpture en mémoire d’Yves Mathieu et de son combat pour l’indépendance algérienne. Mon père s’est considéré comme Algérien, né à Bône (Annaba), en 1924, engagé dans les Corps francs d’Afrique en 1942 pour la lutte contre le nazisme. Il s’est battu pour la liberté de la France. Puis il s’est battu pour la liberté en Côte d’Ivoire contre le colonialisme français et ensuite contre le colonialisme français en Algérie. Il adhère au FLN en 1957. Comme il devient avocat, il va coordonner le réseau de défense du FLN dans le sud-est de la France et aller plaider très souvent en Algérie.

    Est-ce que votre père est reconnu aujourd’hui par l’Etat algérien comme un héros de la révolution algérienne ?

    Comme je vous ai dit : on m’a remis une médaille en 2014, une petite sculpture, en hommage à lui. Il y avait son nom inscrit. Maintenant, il est évident que si on m’a invité, c’est aussi parce que le film était déjà en processus. Le film Algérie du possible a considérément contribué à le tirer de l’oubli. Il y a eu des livres sur le nationalisme algérien aidé par des Français d’Algérie, mais mon père n’avait pas de place. Tous ceux qui se sont battus d’une manière secrète et clandestine comme Yves Mathieu, une fois qu’ils sont décédés, on les oublie. Donc le film a contribué à le sortir de l’oubli.

    La première scène du film montre le ravin de Constantine et un pont sur la route entre Constantine et Skikda. Vous affirmez que cette séquence introduit dès le début du film « le vertige du doute » sur la nature de l’accident dans lequel votre père mourut en 1966. Selon vous, il y a une grande probabilité qu’il ait été assassiné par le pouvoir de l’époque, mais qu’il n’y ait pas de preuve. Ce doute, a-t-il déclenché le film ?

    C’est le point de départ. Montrer le ravin est une métaphore de mon propre vertige devant le doute qui nous a habités. Il m’habite toujours, sauf que maintenant, après avoir fait le film, je n’ai plus le vertige. Je ne sais pas comment mon père est mort. C’est sûr, il a été tué par un camion de l’armée algérienne, mais est-ce que c’était volontaire ou pas ? Tout le film dévide les possibilités à travers les gens qui ont travaillé avec mon père et combattu avec lui. A travers ce qu’il avait fait, on cherche ensemble ce qui aurait pu motiver son assassinat. Il est toujours possible que ce soit un simple accident.

    Lors de la première grande exposition en France sur l’Algérie, Made in Algeria, généalogie d’un territoire, présentée jusqu’à mai 2016 au Mucem, à Marseille, la commissaire avait introduit le parcours avec la question : « En France, pourquoi parle-t-on de l’Algérie toujours d’une manière négative ? ». Quelle est la signification de votre titre Algérie du possible ?

    Algérie du possible est le champ de toutes les possibilités qu’il y a eu à partir du moment où le pays était indépendant et où on pouvait mettre des choses en œuvre. Tout cela avec énormément d’effort, parce qu’une grande partie de la population était analphabète, il n’y avait pas de cadres, pas de couches moyennes. C’est très long de construire une démocratie. Il y a une image négative de l’Algérie, parce que la France n’admet pas d’avoir perdu cette colonie et son empire. Et elle entretient avec l’Algérie un rapport de condescendance, y compris à gauche, y compris dans la façon de juger cette révolution comme une révolution avortée, comme un échec. Qui êtes-vous pour juger ?

    « Algérie du possible, la révolution d'Yves Mathieu », un documentaire de Viviane Candas. Les Films de l'Atalante

    Vous montrez dans le film que cette époque entre 1962 et 1965 était déterminante pour la révolution avec des chantiers énormes comme l’alphabétisation, le système de la santé, la redistribution [et expropriation] des terres… Pourquoi cette époque est-elle très rarement montrée au cinéma ?

    Les archives algériennes sont une mine d’or en images filmées. Mais tout cela n’est pas classé et, peut-être pas gardé secret, mais très difficile d’accès. Je n’y ai pas eu accès. Cette époque, entre 1962 et 1965, est une époque qui a été elle-même ravalée par l’Algérie. Le coup d’Etat du 19 juin 1965 [où le président Ahmed Ben Bella est renversé par son ministre de la Défense Houari Boumédiène, ndlr] est déjà un grand tabou et pendant plusieurs dizaines d’années, le 19 juin était une grande fête nationale en Algérie, elle ne l’est plus depuis 2005. Cette époque a été gommée, oubliée : Boumédiene a voulu faire oublier la période de Ben Bella. La période de Ben Bella est très courte, mais inoubliable, parce qu’elle porte un enthousiasme très fort. Les témoins ont du mal à parler, en même temps, quand on leur montre un film comme celui-là…

    Quand vous évoquez le coup d’Etat de 1965, vous parlez aussi de sujets comme la trahison et la torture perpétrées par des Algériens. Etait-il difficile de faire parler vos témoins ?

    Pas du tout. Mon fil rouge pour le tournage de ce film était de ne rencontrer et de n’interroger que des personnes qui avaient connu Yves Mathieu, par exemple Ahmed Ben Bella qui lui avait confié la rédaction des Décrets de mars sur les biens vacants et l’autogestion, promulgués en 1963. Tous se souviennent très bien de mon père, sachant qu’une grande partie de ces anciens militants et clandestins sont ensuite devenus ministres.

    Quel impact cherchez-vous quand vous abordez des tabous comme l’utilisation de napalm par l’armée française pendant la guerre d’Algérie ?

    Je ne sais pas quel sera l’impact. Je sais qu’il y a pas mal de personnes qui voient ce film et qui me disent après : je ne savais pas que la France avait utilisé du napalm en Algérie. L’attentat de Mourepiane [dont Yves Mathieu sera un des avocats des incendiaires du FLN, ndlr] contre un dépôt de pétrole à Marseille en 1958 est revendiqué par le FLN comme une réponse aux bombardements au napalm que l’Algérie a subi en 1957 de façon massive par la France. C’est un épisode très peu connu et qui étonne encore beaucoup de Français. Moi, je le sais depuis longtemps, parce que, enfant, j’ai vu les forêts avec les sapins calcinés dans la neige. Peut-être l’armée a des photos de ça, moi, je n’en ai pas trouvé.

    Quand le plasticien d’origine algérienne Kader Attia parle dans son œuvre Réfléchir la mémoire du colonialisme, il parle d’une mémoire amputée avec comme conséquence des douleurs fantômes ressenties jusqu’à aujourd’hui. Votre film, est-ce une manière de lutter contre ces douleurs fantômes ?

    Tout à fait. Kader Attia m’a d’ailleurs invité à présenter mon film le 17 janvier dans son lieu La Colonie, à Paris. Algérie du possible est complètement dans la problématique du postcolonial, de la cicatrice et de l’œuvre d’art comme cicatrice. Le membre fantôme, c’est cette partie amputée de l’Algérie et de la France. C’est pour cela que la France a toujours tellement mal de l’Algérie.

    Viviane Candas, la cinéaste du documentaire « Algérie du possible, la révolution d'Yves Mathieu » avait 11 ans quand son père est mort. DR

     → Lire aussi : « Made in Algeria », les tracés toujours brûlants d’un passé douloureux, rfi ,30/3/2016
     → Lire aussi : Nassima Guessoum donne un visage aux « 10949 femmes » algériennes, rfi, 14/4/2016
     → Lire aussi : « Réfléchir la mémoire » de Kader Attia : « Le monde est fait de fantômes », rfi, 18/10/2016

     

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