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    Culture

    Un poème, deux vies

    media L'écrivaine sud-africaine Ingrid Jonker, en 1956. Wikimedia Commons

    « Elle était Afrikaner et elle était Africaine ». C’est ainsi que Nelson Mandela présente Ingrid Jonker dont il vient de lire le poème L’enfant n’est pas mort, en 1994, lors de la séance inaugurale du premier Parlement démocratiquement élu.

    Il faut tout le talent du poète Nimrod, venu du Tchad, pour lier avec lyrisme deux destins exceptionnels : celui qui s’accrocha, celle qui sombra. Celui qui survécut au bagne de Robben Island, celle qui se suicida en face de l’île à 31 ans.

    Sous la plume de Nimrod, Mandela « allait casser du gypse du matin au soir dans la fournaise, la poussière, l’éblouissement minéral ». Jonker « est une fille marée motrice : elle vit en flux tendu ». Elle traîne un passé difficile entre une mère déséquilibrée et un père qui doute de sa paternité. Sa nature exaltée et généreuse l’amena à rejeter l’apartheid et son puritanisme.

    Le poème a une histoire.
    Le drame se déroule en 1960 à Nyanga, township noir au sud du Cap, pendant une manifestation contre le pass. Le petit Wilberforce Mazuli Manjati, âgé d’un an, tombe malade. Ses parents l’emmènent à l’hôpital. « Les voitures de banlieues ne sont pas des Rolls Royce, elles carburent au miracle. » Ils se retrouvent coincés dans la foule. Leur véhicule hoquète. Les soldats se méprennent, tirent. L’enfant reçoit une balle dans la tête.

    Ingrid Jonker, très émue, rencontre la famille et dans la foulée compose son poème, aujourd’hui célèbre, concluant : « Il est partout l’enfant qui voulait jouer au soleil de Nyanga. Sans papiers ».
    Ses amis subissent des pressions pour que le poème ne soit pas publié. Son père, responsable de la censure, la renie en plein Parlement. Le texte sort finalement dans un recueil qui obtient un prix littéraire. Cependant, la jeune femme perd le même jour son emploi et son amant, André Brink. Sa noyade volontaire en juillet 1965 a marqué toute une génération.

    Un mot sur l’histoire posthume du poème. L’homme qui a soufflé le poème à l’oreille de Mandela s’appelait Jakes Gerwel. Cet universitaire métis, de langue afrikaans, m’avait confié du temps de l’apartheid : « A force de nous répéter que nous sommes moins intelligents qu’eux, les Blancs finissent par insinuer le doute dans nos têtes : un effet très pernicieux. » Ce n’est pas un hasard si Mandela a choisi ce fin lettré comme directeur de cabinet qui l’a aidé à jeter un pont vers les métis et le monde afrikaans.
    Créditons les écrivains des Pays-Bas pour avoir mis en lumière la figure d’Ingrid Jonker et saluons le travail de Nimrod pour nous la rendre vivante. 

    Nimrod, L’enfant n’est pas mort, Editions Bruno Doucey, 2017

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