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    Culture

    «Sac la mort», voyage dans les profondeurs de l'île de La Réunion

    media Un film sur les séquelles de l’esclavage chez les descendants d’esclaves africains. @ Les films de l'Atalante

    Le long métrage d’Emmanuel Parraud, présenté en 2016 à la section ACID de Cannes, sort en salle le 15 février en France. Sac la mort est une tragédie réunionnaise, interprétée en langue créole par des Réunionnais, et tournée entièrement dans l’île de La Réunion. Un film à ne pas manquer sur les séquelles de l’esclavage chez les descendants d’esclaves africains.

    Le vent s’engouffre dans les feuilles de canne à sucre. Machette en main, un homme dont on ne voit que le bas du corps court à toutes jambes dans la plantation. Sur la route qui surplombe le paysage montagneux, un autre homme longe un muret. A l’horizon, l’océan se perd dans la brume. La roche grise laisse apparaître ici et là des plaques d’herbe tendre.

    Les premières images de Sac la mort, le film d’Emmanuel Parraud, nous plongent dans les profondeurs de l’île de La Réunion. Non pas celle des touristes en mal de paysages à couper le souffle, mais celle dont l’habitat a épousé l’histoire. Découverte en 1642, cette île volcanique inhabitée, devenue colonie française, fut peuplée par la traite négrière. Le film a été tourné sur la Côte sous le vent, où après l’abolition, quelque 60 000 esclaves ont entreposés leurs « cases » sur ces terres haut perchées, inhospitalières.

    « Pour ton frère »

    Au bout d’un chemin calleux, à flanc de coteau, des maisons basses noyées dans la végétation. Intimité d’une chambre aux murs pâlis : Patrice, le personnage principal, se repose sur un lit qui occupe tout l’espace. C’est un cafre, un descendant d’esclave d’origine africaine. Selon le code noir établi à la fin du XVIIe siècle, ses aïeux n’ont eu le droit ni de se marier, de vivre en famille, ni de pratiquer leur religion ni même d’avoir une sépulture…

    Une cloche sonne. Patrice traverse la cuisine pour gagner la cour intérieure. Murs en tôles rapiécées, porte faite de planches de bois rafistolées. Il échange en créole avec son colocataire aux dreadlocks ébouriffés. « Pour ton frère », lui dit Alix. Les gendarmes ont appelé pendant son sommeil : « Ils ont retrouvé la tête. Ils vont passer pour que tu voies si c’est lui ou pas. » Barbe grisonnante, traits tirés, Patrice a l’air éberlué.

    En attendant, devant la porte, un homme l’attend, machette en main. « Eh Patrice, j’ai tué ton frère. Je ne comprends pas. » Patrice : « Pourquoi tu es venu avec ça ? » Les voix sont douces. « N’aie pas peur, je ne te tuerai pas. Je suis venu te demander pardon. C’est lui qui m’a énervé. (…) Moi aussi, j’ai du chagrin. (…) Tu vas me faire la même chose ? » Patrice, qui a la réputation d’être « un gentil », répond calmement : « Non, c’est pas ça ». A cet instant, dans cette proximité de la violence qui l’assiège, son univers bascule.

    A l’écran comme dans la vraie vie

    Les phares éclairent un ruban rouge et blanc qui délimite la scène de crime. Flanqué d’un homme aux cheveux ras, il sort d’une voiture. Une vieille femme, cheveux courts, tout en rondeurs, attend sur le bas-côté. « Vous pouvez me suivre parce que votre maman est en carême », dit le gendarme. Les yeux noyés, Patrice geint : « Je suis tout seul à faire ça, avec tous les frères et sœurs que j’ai ? Personne s’occupe de moi, personne, personne, personne. Les gendarmes m’embarquent pour voir la tête de mon frère dans le fossé ! »

    Sa mère lui offre un verre de rhum après l’épreuve. Une tradition dans l’île. Autrefois, le rhum à 48° était offert par le maître, un litre chaque soir pour faire oublier toute idée de rébellion ou de fuite, et par le contremaître, un verre chaque demi-heure pour faire accélérer la cadence dans les champs. Patrice boit, à l’écran comme dans la vraie vie.

    Le cinéaste a rencontré par hasard son comédien, Patrice Pellesse, dans un de ces villages perdus, en se trompant de chemin lors de ses repérages. Après un petit rôle dans son moyen métrage Adieu à tout cela, il a écrit Sac la mort pour rendre hommage « à sa vie, à sa manière de voir le monde ».

    @ Les films de l'Atalante

    « On n’est pas des assassins ! »

    Les épreuves se succèdent à un rythme effréné pour Patrice, scellant son sort devant nous, également suffoqués par ce cauchemar que nous font partager des comédiens aux accents toujours justes. Des acteurs non professionnels qui jouent une scène imaginaire de leur propre histoire… Le cinéaste les a laissés improviser dans leur langue, le créole, à partir de son scénario écrit en français. Une bonne recette pour que les dialogues se fondent au décor, au rythme de l’intrigue.

    Dans sa descente aux enfers, bien des choses empêchent Patrice de reprendre pied. Et d’abord cette question qui finit par hanter ses nuits et qui nourrit la tragédie. Devra-t-il venger son frère, comme c’est l'usage dans l’île, où laisser la police faire son travail ? Gérald, un des copains de fortune, assis matin, midi et soir sur sa terrasse pour boire et jouer aux cartes, fait monter la pression : « Qu’il respecte ce que sa mère lui a demandé. » Charles-Henri, son ami le plus proche, s’y oppose. « Laisse la loi faire son travail. On n’est pas des assassins ! »

    En l’espace de quelques jours, il est trahi de tous côtés et il perd jusqu’à sa propre maison. Traque de l’ennemi, nuits d’errance, fuite en avant. La sorcellerie est appelée comme ultime recours. Alix, le colocataire, le convainc qu’il a marché sur un « sac la mort ». Ces sacs en plastique préparés par un guérisseur ont pour vocation de repasser le maléfice à la personne qui y touche. Pour 100 euros, il peut l’emmener voir quelqu’un qui réglera son affaire.

    Sac la mort rose à la croisée des chemins, sac la mort blanc glissé discrètement sous le pneu d’une voiture... Sacs la mort éventrés. Seul dans les rochers que les vagues assiègent, vents hurlants, tonnerre grondant, il ne réalise pas qu’il est au cœur d’un tissu de relations complexes, ancestrales, pris entre une famille où l’abandon est la règle et des amis et voisins qui, survie oblige, ont des comportements de prédateurs. Sans oublier le poids de ses années en France qui ont contribué à le fragiliser. Il bascule dans la démence.

    Au final, un film de bonne facture où le suspense fonctionne jusqu’au bout. Et au-delà des particularismes insulaires, une caricature de la condition humaine.

    Sac la mort, un film d’Emmanuel Parraud. En salle en France le 15 février (au Reflet Medicis à Paris). Et sur l'île de La Réunion le 17 mai. Les films de l'Atalante.

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