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    Amériques

    Cinéma: «Zona Franca», la Patagonie tragique de Georgi Lazarevski

    media DR

    C'est à un voyage dans l'une des régions les plus fantasmées au monde qu'invite le documentariste français Georgi Lazarevski. La Patagonie, ses canaux brumeux et ses glaciers. Les grands ciels de la Terre de feu sur les traces des géants patagons, de Bruce Chatwin et des pionniers de la colonisation de ces territoires pas vierges du tout. Mais la Patagonie est aussi l'emblème de l'exploitation violente des hommes et de la terre de ce bout du monde et c'est cette histoire qui nous est racontée dans ce film présenté au festival Cinéma du réel l'an passé.

    Toundra battue par les vents où les clôtures des barbelés filent sur l'horizon. La Patagonie n'est plus l'eldorado de l'or blanc, de l'élevage extensif de moutons, qui fit la fortune de quelques grandes familles souvent d'origine européenne. Aujourd'hui, l'abattoir géant de Puerto Bories, construit au XIXe siècle avec des briques et des pins importés d'Europe, est devenu un hôtel 5 étoiles pour touristes fortunés et un musée. Lobby aux profonds fauteuils anglais de cuir. Les baies vitrées de l'énorme bâtiment, vestige d'une époque où l'Europe avait fait faim de la viande, des cuirs et de la laine des moutons patagons, donnent sur le beau panorama des montagnes et canaux de ce détroit de Magellan que les touristes mitraillent avec force selfies. Paysages en majesté.

    Les esclaves de l'or blanc

    La visite se fait en compagnie de Lalo, l'un des personnages du film qui connaît bien les lieux. Sa famille y a travaillé. Cadences infernales, grèves violemment réprimées comme celle de 1919. La mémoire de l'exploitation des peones qui travaillaient sur les estancias ou dans les abattoirs est encore douloureuse. Comme l'explique Lalo avec un doux sourire, « il faut plus d'une ou deux ou trois générations pour oublier ces souffrances et humiliations ». On visite aussi le palais de la famille Braun Menéndez, l'une des plus riches du Chili en ce début de XXe siècle. Luxe des meubles et de la décoration, venue essentiellement d'Europe, notamment de France, le pays du bon goût. La guide raconte comment le propriétaire des lieux parvint à interdire la publication au Chili d'un ouvrage argentin racontant la répression, dans les années 1920, dont avaient été victimes en Argentine les ouvriers des estancias, exploitations foncières, qui se révoltèrent contre leurs conditions de vie et de travail. « La Patagonie tragique » a fait l'objet chez le voisin argentin de récits et de films, mais le Chili, lui, a perdu la mémoire.

    A l'épopée de l'or blanc ont succédé d'autres gestes, minières et commerciales, conduites par les mêmes familles qui ont bénéficié comme à l'époque de la colonisation des terres au XIXè siècle, des mêmes largesses du pouvoir central de Santiago. Les radios locales qui meublent le silence de la petite maison de Gaspar, le chercheur d'or, égrainent les offres des supermarchés de la Zona franca, énorme centre commercial posé sur ce bout du monde, à Punta Arenas, capitale et poumon économique du territoire de Magellan. Gaspar, qui arrache des paillettes d'or aux torrents glacés de la Terre de feu, écoute dans le dénuement de sa petite maison, les sirènes de la consommation. La radio donne aussi le cours de l'or. De ces paillettes précieusement enserrées dans du papier journal que Gaspar ira vendre à la Zona franca. La radio et les voix mécaniques des audioguides en anglais constituent le fil rouge d'une bande-son remarquablement travaillée. Les personnages eux s'épanchent peu. Ce sont des taiseux plutôt rudes ou timides, des gens humbles filmés serrés, dans leur intimité. Nous ne sommes rien nous autres, confie Gaspar en montrant une boleadora, cette pierre ronde dont se servaient les Indiens qui habitaient la région avant d'être massacrés par les colons, pour chasser.

    Gaspar le chercheur d'or. © Georgi Lazarevski


    La guerre du gaz

    La radio suit enfin l'évolution de la guerre du prix du gaz menée en 2011 par la population locale contre la suppression d'une subvention leur permettant de se chauffer à moindre coût. Les habitants de ce territoire ont l'habitude de se battre, rappelle une manifestante : déjà en 1984, pendant une visite du dictateur Augusto Pinochet à Punta Arenas, les habitants avaient osé manifester leur opposition à la dictature militaire. Des barrages routiers sont dressés. Les sites touristiques sont bloqués par la grève. Les touristes tantôt s'énervent, le plus souvent, tantôt compatissent. Deux mondes se côtoient, mais ne se mélangent pas. On comprend que le problème est plus ancien, murmure l'un d'eux. Oui, ce conflit est le résultat d'une « douleur très ancienne », confie Lalo. « Il n'y avait déjà plus de terres à découvrir, ni d'or à extraire, ni même de salut à espérer. Cette chimère du Nouveau monde s'éteindrait bientôt, comme s'éteint une lampe sans huile ou l'esprit sans lumière », est-il écrit en préambule du film.

    Il reste à ces terres pelées par les troupeaux de moutons, le gaz désormais extrait par fracturation hydraulique, la Zona franca, les cathédrales de lumière des bateaux de touristes sur ses canaux, les rêves d'un Chili nouveau vanté par ces grands panneaux publicitaires posés au milieu de nulle part et surtout des habitants qui ne s'en laissent pas conter. Quand l'envers de la carte postale l'emporte sur le chromo.

    ► à lire aussi, dans Le Monde diplomatique de février un article de Georgi Lazarevski qui accompagne la sortie du film Le supermarché du bout du monde.

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