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    «L’Afrique des routes» au cœur de l’Histoire

    media « Come on Board! » (détail), 2000, tirage à développement chromogène (84,6 x 65 cm) de Philip Kwame Apagya, exposé dans l’exposition « L’Afrique des routes » au musée du Quai Branly. © Philip Kwame Apagya / Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection

    C’est le portrait d’un continent à travers ses routes : celles des villes, du commerce, des religions, de la colonisation, des objets… Inédite par son ampleur et la diversité des champs abordés, « L’Afrique des routes » met en lumière la circulation des cultures africaines. Des origines de l’être humain jusqu’à aujourd’hui, l’Afrique a toujours échangé avec le monde entier. Entretien avec la commissaire Gaëlle Beaujean, responsable des collections Afrique au musée du quai Branly, à Paris.

    RFI : Dans L’Afrique des routes, le voyage commence avec un char issu du premier millénaire avant J.-Chr. Est-ce la preuve que l’Afrique a été toujours au cœur de l’Histoire ?

    Gaëlle Beaujean : Cette œuvre vient d’une paroi des roches du Tassili en plein Sahara, verdoyant dans les premiers millénaires avant notre ère, parce que sur cette œuvre vous voyez aussi des girafes. Elle est emblématique, parce qu’elle évoque la connaissance des véhicules à roue – une option qui n’a pas été retenue en Afrique. Soit cette connaissance a été transmise dans cette région saharienne autrefois verdoyante, soit l’artiste l’a vue plus au nord et cela signifie que l’artiste et les gens se déplaçaient et relataient ce qui se passait à des milliers de kilomètres de là.

    À partir de 300 objets et 5000 ans d’histoire de ce continent, l’exposition montre toutes sortes de routes : fluviales, commerciales, humaines, esthétiques, religieuses, coloniales, intellectuelles… Pour vous, ce sont les routes qui font l’histoire de l’Afrique ?

    La connaissance de l’histoire de l’Afrique est une discipline récente en France. Elle s’est beaucoup basée sur l’oralité qui est un obstacle pour une reconnaissance de cette histoire. Ces routes sont des sources, autant de sources de l’histoire de l’Afrique qui n’a pas toujours des traces écrites essentielles pour l’ensemble des historiens. Donc ces routes ont laissé des traces d’échanges interrégionaux et intercontinentaux et ces objets – qu’on est capable de dater – permettent de comprendre que le continent africain a une histoire.

    Parmi la multitude d’objets que vous exposez pour illustrer ces routes, y a-t-il un objet emblématique ?

    Le plus emblématique serait peut-être La Méduse de Yinka Shonibare MBE (Most Excellent order of the British Empire), c’est une des œuvres qui concluent l’exposition. Il s’agit d’une représentation d’une maquette de bateau qui s’appelait La Méduse. Ce bateau français avait échoué non loin de Saint-Louis-du-Sénégal en se rendant à l’Ile de Gorée, ancien port de traite négrière. Saint-Louis-du-Sénégal est également emblématique, parce que c’est la première ville colonisée par les Français. Cela exprime le début de la colonisation africaine. L’œuvre de cette histoire de La Méduse est faite en résine et en bois et en wax, donc en wax produit par les Hollandais. Cela illustre les échanges commerciaux et le commerce des textiles qui allaient supplanter des commerces traditionnels africains. On pense toujours que le wax est un tissu africain. En fait, c’est un tissu hollandais signalant le début de l’importation massive de produits européens côté africain. Et enfin, Le Radeau de la Méduse, cette œuvre de Géricault relate que, sur le bateau, les survivants ont mangé leurs compagnons qui venaient juste de mourir. Pour les Africains, les Européens étaient aussi anthropophages. C’est un juste retour de l’histoire.

    Vous abordez la traite négrière chinoise, indienne et européenne. Quels tabous existent encore aujourd’hui autour de la traite ?

    Nous trouvons, par exemple, que, côté parisien, on a très peu d’endroits pour aborder ou développer ce thème. Les tabous sont aussi autour de l’histoire coloniale, pas seulement autour de l’histoire de la traite. Je pense aussi à la traite arabe dont on parle moins. La traite côté asiatique est très rarement abordée. Donc là on s’appuie aussi sur des œuvres et des sources bien réelles.

    « Les routes des empires », carte interactive exposée dans « L’Afrique des routes » au musée du Quai Branly. Siegfried Forster / RFI

    Avec Donald Trump, le monde essaie de reconstruire des frontières. Dans l’histoire de l’Afrique que vous montrez ici, est-ce qu’il y a quelqu’un qui a réussi à barrer des routes d’une manière définitive ?

    Ce que me viens tout de suite à l’esprit, ce sont les tracés de la Conférence de Berlin de 1884/85 quand l’Europe se partage l’Afrique et trace des frontières. L’Afrique est quasiment divisée avec une règle. Les frontières naturelles et les cultures sont séparées par des frontières imposées par les Européens. Là, je dirais qu’il y avait une création de frontières artificielles qui a été imposée.

    Actuellement la Chine essaie de reconstruire une route de la soie du XXIe siècle. Quelle est pour vous aujourd’hui la route la plus importante de l’Afrique au XXIe siècle ?

    Ce qui me vient spontanément à l’esprit, ce sont des routes invisibles, comme celles du téléphone portable. C’est assez étonnant tout ce qui se déroule avec les téléphones portables en Afrique subsaharienne. Cela m’a énormément frappé, notamment les échanges d’argent. Une circulation économique qui se passe à travers des téléphones et plus des monnaies physiques. Cette route-là est aujourd’hui la plus impressionnante.

    Et les réseaux sociaux, internet, etc. ?

    Internet, je ne pense pas. C’est beaucoup plus complexe. En revanche, les téléphones et la téléphonie, je dirais que le continent africain est très avancé dans ce domaine.

    Vous finissez l’exposition avec La nation des artistes. Pourquoi Dominique Zinkpé et Kader Attia sont-ils emblématiques pour ces routes d’aujourd’hui ?

    Je voulais que l’œuvre de Kader Attia conclue l’exposition. Il a des images assez fortes avec des « gueules cassées » de la guerre 1914-18 qui sont mises en regard avec des fiches anthropométriques où l’on voit des Africains avec leurs scarifications. Donc à la fois l’histoire du tabou des gueules cassées qu’on ne montrait pas, mais qui ont en même temps des visages pouvant rappeler les peintures des avant-gardes européennes. Il met en regard aussi des objets réparés. Surtout, on ressent à la fois une fascination, un malaise, une émotion extrêmement forte qui devrait être, selon moi, celle qu’on peut avoir devant certaines vitrines de l’exposition comme sur la traite ou la colonisation. Même si cette émotion n’est pas encore assez vive pour comprendre tous les enjeux du XXe siècle, les violences et les relations qui sont nées avec les routes en Afrique. 

    L’Afrique des routes, exposition au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris, jusqu’au 12 novembre 2017.

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