GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 13 Décembre
Vendredi 14 Décembre
Samedi 15 Décembre
Dimanche 16 Décembre
Aujourd'hui
Mardi 18 Décembre
Mercredi 19 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Attentat de Strasbourg: un proche du tueur présenté à un juge d'instruction (parquet de Paris)
    • Yémen: le cessez-le-feu entre officiellement en vigueur mardi à Hodeïda (responsable ONU)
    • France-social: la SNCF versera des primes exceptionnelles à près de 100 000 salariés (Pepy)
    • Grèce: explosion d'une bombe contre la télé privée Skaï, pas de blessés mais des dégâts matériels (police)
    • Le Canada cherche à annuler un contrat d'armement de 15 milliards de dollars avec Riyad (Justin Trudeau)
    • Brexit: des «dégâts irréparables» en cas de second référendum, prévient Theresa May
    • Japon: une explosion dans un restaurant fait 42 blessés dans le nord du pays (autorités locales)
    • Conso: la quasi-totalité des poissons présents sur les étals des grandes surfaces ne sont pas issus de la pêche durable (UFC-Que Choisir)
    France

    «Les Saigneurs»: un film pour les oubliés du monde du travail

    media Ils sont «les saigneurs», ouvriers au dépeçage dans la société SVA à Vitré, en Bretagne. DR

    Largement exclu de la scène artistique ou médiatique sauf en cas de conflit social, le quotidien des ouvriers est peu filmé si ce n'est pour les hommages rétrospectifs façon l'épopée de la mine ou la geste de la métallurgie et ses hauts fourneaux incandescents. Alors vouloir filmer des ouvriers d'abattoirs apparaît comme un défi fou. C'est un univers fermé, sensible du fait de sa charge symbolique et aussi éminemment industriel, taylorisé. Pendant un an, les deux réalisateurs, Raphaël Girardot et Vincent Gaullier ont vécu au quotidien avec les ouvriers d'une chaîne de découpe d'animaux. C'est l'histoire de ces hommes au travail qu'ils nous racontent dans ce film qui sort ce mercredi 1er mars sur les écrans français.

    Ils sont préparateurs de tête, coupeurs de première patte, dépouilleurs de deuxième patte, coupeurs de corne et de museau, éviscérateurs thoraciques ou encore estampilleurs. Hallucinant générique... Ils s'appellent Isabelle, Françoise, Ali, Diaby, Cyril ou Guillaume et ce sont les ouvriers de SVA à Vitré en Bretagne, maison mère de l'une des plus grosses entreprises d'abattage en France. Une usine de mise à mort industrielle avec 2 000 animaux tués par jour. Taureaux, veaux, vaches, moutons, agneaux, un inventaire à la Jean de La Fontaine qui réduit des animaux vivants (que l'on aperçoit à peine) à des bouts de viande accrochés à des crochets qui vont et viennent dans un ballet macabre mais parfaitement, scientifiquement agencé.

    Un site industriel ultra moderne et mécanisé, quelque mille ouvriers et un encadrement très présent. Un souci constant de la rapidité et la sûreté d'exécution des gestes, rendement oblige. Des outils à trancher et des cadences qui imposent une concentration extrême pour ne pas se blesser et pourtant les accidents sont fréquents. Bruit infernal des chariots et des chaînes, stridence des machines à découper, meuglements des vaches aussi.

    Filmer à côté

    La conscience de la mort que l'on donne passe au second plan tant le travail est dur. Les ouvriers se concentrent et s'échauffent en arrivant sur leur lieu de travail par des gestes d'assouplissement destinés à atténuer les effets des gestes répétitifs et maladies professionnelles qui en découlent. La caméra s'invite sur les nacelles, aux côtés des ouvriers qui expliquent leur travail, au plus près de leur quotidien. Elle les suit dans la salle de repos où ils ne peuvent s'accorder que de brefs répits. Pas en face d'eux, mais à côté, dans un parti pris évident.

    Le bruit, les cadences et la parcellisation des tâches rendent les échanges difficiles pendant le travail entre collègues. Mais même pendant les pauses, les échanges sont rares. Silence bienvenu des aires de repos où l'on grignote un biscuit. Silence aussi dans ces salles d'eau aseptisées où l'on se débarbouille du sang qui a éclaboussé même les visages. Carrelage blanc presque aveuglant de ces espaces qui contraste avec l'espace robotisé et sanglant des salles de travail. La bande son immerge dans son tumulte avec parfois des « blancs », comme si nous-mêmes, spectateurs, mettions ces bouchons d'oreille qui assourdissent le fracas des machines.

    « Une grosse caisse en carton »

    Les ouvriers parlent peu de la mort des animaux. C'est que pour oublier sa souffrance et celle de la bête, il faut se dire qu'une tête de vache c'est « une grosse caisse en carton », « oublier l'animal qui était vivant là, il y a encore 20 minutes ». Ils parlent absence de choix, faiblesse des salaires, pénibilité du métier, accidents du travail, technicité des gestes, corps cassés prématurément. Peu de femmes sur cette chaîne mais plusieurs ouvriers issus d'Afrique subsaharienne. La région de Vitré accueille d'ailleurs une importante communauté de migrants.

    Le propos des réalisateurs n'est pas de montrer la mise à mort des bêtes, c'eût été un autre film. Il s'agit de raconter une condition ouvrière taboue dont les salariés eux-mêmes hésitent à parler à leur entourage. De cette condition, peu de films ont parlé : Meat de Frederick Wiseman ou plus récemment Entrée du personnel de Manuela Frésil, pour ne citer qu'eux.

    Présenté en 2016 au festival Cinéma du Réel à Paris, le documentaire a mis des années à se construire et à se produire. Il a été présenté aux ouvriers et à leurs familles mais interdit de projection à Vitré par la direction de l'usine. Les images choc filmées ces derniers mois clandestinement dans d'autres abattoirs par des militants de L214 et diffusées par les médias illustraient la souffrance animale. Ici, « la souffrance des hommes crie plus fort » que les animaux que l'on abat.

    ►Raphaël Girardot et Vincent Gaullier étaient les invités du Festival des cinémas documentaires des Ateliers Varan

    Raphaël Girardot et Vincent Gaullier ont pu filmer librement pendant un an dans le hall de SVA à Vitré. DR

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.