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    La Côte d’Ivoire au Fespaco: «Innocent malgré tout», la violence sans filtre

    media Détail de l’affiche «Innocent malgré tout» des réalisateurs ivoiriens Samuel Codjovi et Jean De Dieu Kouamé Konan, présenté au Fespaco 2017. © Rebel Reaction Prod

    Leur long métrage figure parmi les 14 films ivoiriens présents dans les différentes compétitions de la 25e édition du plus grand festival de cinéma africain. Avec respectivement 22 et 26 ans, les jeunes Ivoiriens Samuel Codjovi et Jean De Dieu Kouamé Konan sont les plus jeunes réalisateurs en lice pour l’Etalon d’or de Yennenga. Dans Innocent malgré tout, ils montrent la violence à l’état pur et sans aucun filtre au point que quelques spectateurs ont quitté la salle face à des images insupportables semblant souvent être gratuites. Pourquoi cet enchaînement de scènes de torture contre un innocent au commissariat ? Entretien avec les cinéastes.

    RFI : Innocent malgré tout raconte l’histoire de Karus, un jeune ramasseur d’ordures paumé. Il est injustement accusé d’avoir participé à un viol collectif d’une fille, en l’occurrence la fille d’un ministre. Sous l’ordre de cet homme du pouvoir, il sera torturé pendant des jours. La seule chose qui compte n’est pas la vérité, mais d’avoir un « coupable ». L’idée du film est-ce de dire : être jeune et marginalisé signifie de ne pas avoir de droits  ?

    Samuel Codjovi : En réalité, être marginal ne signifie pas de ne pas avoir des droits. Mais nous sommes dans un monde où l’on a remarqué qu’être marginalisé, c’est comme si on n’existait pas, comme si on était mis hors du monde. C’est un grand constat.

    L’absence de l’Etat de droit est omniprésente dans votre film. L’innocent ne dispose d’aucun droit. Il peut être accusé et torturé sans aucune limite. Pourquoi avez-vous tellement appuyé sur ces scènes de violence et de torture ?

    Jean De Dieu Kouamé Konan : Ces scènes de torture ne sont pas étrangères à tout le monde. Tout le monde sait que ces choses existent dans le monde et personne n’ose en parler. Nous, on a décidé de pointer du doigt sur le fond du problème : l’injustice, les gens maltraités, torturés dans des prisons, des gens peut-être innocents. Ils ne subissent pas de procès corrects. Cela se passe dans plein de pays du monde.

    L’Etat qu’on a créé dans ce film-là est un Etat qui ressemble à beaucoup d’injustices dans plusieurs pays du monde. Alors on a créé un Etat où cela existe, comme la peine de mort. Un Etat où l’on peut se promener avec un criminel torturé. Un Etat qui ne fait pas de procès et où les suspects sont jugés sur la base du témoignage d’une personne. Un Etat où les gens puissants sont capables de décider de la vie ou de la mort de quelqu’un. C’est ça que nous avons voulu décrire dans notre film. On a mis l’accent là-dessus, parce que le monde d’aujourd’hui est devenu trop violent. Il faut qu’on en parle.

    Les Ivoiriens Samuel Codjovi et Jean De Dieu Kouamé Konan, réalisateurs de « Innocent malgré tout », long métrage fiction présenté au Fespaco 2017. © RFI / Siegfried Forster

    Ce qui est très frappant dans les films projetés dans la compétition, c’est le rôle et la nature des hommes montrés à l’écran : des hommes souvent soit mous soit violents, absolument pas à la hauteur d’un Etat de droit ou d’une société civilisée. Est-ce emblématique pour notre époque ?

    Samuel Codjovi : C’est la mentalité actuelle. C’est l’éducation. On nous a éduqués beaucoup dans cette violence. Moi, je crois qu’il y a quand même des solutions. Il y a des hommes qui sont contre la violence. On peut changer le monde, par exemple à travers des films. C’est pour cela qu’on montre la violence, parce qu’on veut qu’on en parle.

    Pourquoi on ne trouve pas d’homme moderne ou émancipé, mais surtout des hommes en régression, comme le père de la fille violée qui tombe aveuglement dans la violence ?

    Jean De Dieu Kouamé Konan : C’est une question de mentalité. Actuellement, le monde évolue dans une mentalité de violence extrême. Il ne faut pas qu’on se voile la face. Et les hommes sont en majorité à la base de ce genre de choses. C’est important pour nous de montre ce point-là.

    Avec 22 et 26 ans, vous êtes les plus jeunes réalisateurs de la compétition. En plus, vous avez créé une société de cinéma qui s’appelle Rebel Reaction Prod. Faut-il être rebelle pour faire du cinéma en Côte d’Ivoire ?

    Samuel Codjovi : Non, pour faire du cinéma en Côte d’Ivoire, il ne faut pas être rebelle. Ce n’est pas une rébellion, c’est une nouvelle philosophie. C’est une manière de dire à la jeunesse de se réveiller. Nous avons choisi de nous rebeller contre tous ceux qui disent que la jeunesse ne travaille pas. On a fait ce film avec nos fonds propres. On a fait ce film avec moins de 2 millions de F CFA [3 048 euros]. Etre nominé au Fespaco, c’est une preuve que la jeunesse veut travailler. Comme on n’a pas le soutien qu’il faut, nous allons nous arranger pour que la jeunesse soit à l’affiche, pour qu’on prenne la jeunesse au sérieux, pour qu’on commence à aider la jeunesse. En Afrique, on a l’impression que l’innovation ne vient pas de la jeunesse, pourtant c’est le cas. Pour nous, c’est une manière de dire : il faut qu’on travaille avec la jeunesse. C’est une nouvelle philosophie.

    Jean De Dieu Kouamé Konan : Je dirais qu’on se rebelle contre les problèmes. Il faut qu’on se réveille. Le rebelle, dans notre conception, ce n’est pas le mec qui va contre les lois. Notre rébellion est d’aller à l’encontre des problèmes qui minent nos sociétés. On veut réveiller la jeunesse africaine pour qu’elle se mette au travail, parce qu’il y a beaucoup de travail à faire. Et si on ne se rebelle pas contre nos problèmes, on va continuer à rester dans nos problèmes.

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