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    France

    Centre Pompidou: quand les artistes impriment le monde en 3D

    media Extrait d'une vidéo sur « Drawn Pavilion », 2017, Canopée, création in situ réalisée par l’University of Tokyo Advanced Design Studies Unit avec un stylo d’impression 3D permettant de dessiner des structures dans l’air. Siegfried Forster / RFI

    « Mutations/Créations », c'est le nom du nouveau rendez-vous annuel du Centre Pompidou-Paris. Une manifestation déroutante dédiée aux relations bouillonnantes entre les artistes et l’innovation technologique, entre l’art et la science. L’exposition « Imprimer le monde » a donné le coup d’envoi le 15 mars et nous fait tourner la tête autour des ruptures technologiques et des possibilités artistiques de l’impression 3D. On y croise aussi bien la première table au monde conçue en titane, des sculptures-vêtements dotées d’alvéoles modulables, des stylos d’impression 3D ou des matières plus légères que l’air. Entretien avec Marie-Ange Brayer, chef du service Design et Prospective industrielle du Centre Pompidou et commissaire de l’exposition.

    RFI : Avec Mutations/Créations, le Centre Pompidou explore un nouveau champ de la création artistique. De quelles mutations parle-t-on ?

    Marie-Ange Brayer : On parle de mutations technologiques, des mutations de la création vis-à-vis des avancés des technosciences et comment la création dialogue aujourd’hui avec la science. Cette exposition a choisi comme fil conducteur l’impression 3D, une technologie numérique aujourd’hui assez répandue.

    On est accueilli avec un arc et deux flèches. Quelle est la cible visée et quelles sont les « armes » utilisées par cette exposition ?

    C’est une métaphore. Cet arc avec deux flèches est une œuvre de Jean-Baptiste Fastrez [Yatari, 2015, avec des bouts de flèches imprimés en 3D par la technique FDM, Fused Deposition Modeling, ndlr], une réflexion sur le savoir-faire manuel et le savoir-faire technologique. L’exposition présente une quarantaine d’œuvres et chacune pose une question et un regard singulier sur cette technologie.

    Il s’agit souvent d’un regard très critique. Est-ce cela la valeur ajoutée des artistes dans ce domaine ?

    L’artiste nous emmène à avoir un autre regard sur ce monde où l’on a une prolifération d’images numériques. Par exemple, le jeune artiste français Achraf Touloub a réalisé une installation sculpturale, Dessein global. Il nous présente des objets imprimés en 3D assez indéfinissables : la représentation d’une salle de réunion, d’une chambre ou d’un kiosque… Ce sont des œuvres issues d’images captées sur le web et ensuite redessinées et réinterprétées en impression 3D. Quelle est la place de ces images numériques aujourd’hui dans notre quotidien ?

    Juste à côté nous interpelle une œuvre de l’artiste new-yorkaise Heather Dewey-Hagborg.

    Sa démarche interroge la dimension du déterminisme. Dewey-Hagborg a réalisé des visages en impression 3D à partir de traces génétiques, de matériaux génétiques collectés dans la rue. Cela peut-être un mégot ou un cheveu. Avec un laboratoire d’analyses ADN, l’artiste en extrait des informations pour les réintégrer après dans un logiciel lui permettant ensuite d’imprimer le visage derrière ce cheveu en 3D. Des visages parfois extrêmement ressemblants comme le montre le visage de l’artiste. Cela interroge également notre rapport physique et cognitif avec ces nouvelles technologies. Comme on le voit aujourd’hui avec le deep-learning [l’apprentissage profond, la méthode phare de l’intelligence artificielle, ndlr], dans un futur très proche, on pourra nous scanner intégralement, nous reconnaître à un geste, avec juste une petite trace de nous-mêmes.

    Aux technologies les plus récentes, on doit une table en titane.

    Le Growth Titanium Table est une prouesse technologique de Mathias Bengtsson, un jeune designer danois. Cette œuvre présente une complexité de formes absolument étonnante, inspirée de la nature et du biomimétisme. Ce designer recourt à des logiciels de simulation numérique qui permettent de recréer un processus de croissance naturelle des formes. La complexité organique de cette table est possible grâce à ces nouveaux langages de programmation et des technologies d’impression 3D de métal utilisées dans l’aéronautique.

    Vue de l'œuvre de Heather Dewey-Hagborg : « Stranger Visions, portraits and samples from New York, 2012 » (detail). Impression 3D de 7 visages, 2016. Siegfried Forster / RFI

    À chaque courant artistique son manifeste. Quelle est l’ampleur et l’impact du Manifeste 3D, The 3D Additiviste Manifesto, publié en 2015 par l’artiste iranienne Morehshin Allahyari et le critique et théoricien britannique Daniel Rourke ?

    Ces deux artistes ont fait une sorte de cookbook, un recueil de tout ce qu’il y a comme propositions liées à la création et à l’impression 3D. Ils s’interrogent sur cette technologie qui est plus qu’un médium, mais une chose envahissant insidieusement nos modes de vie et nous enveloppant de toute part. Morehshin Allahyari a aussi reproduit une douzaine de statuettes syriennes détruites par le groupe État islamique (EI). Elle les a réimprimées en 3D avec une carte mémoire qui contient toute l’histoire archéologique de cet objet. Pour Allahyari, les technologies d’impression en 3D sont utilisées comme un outil de réparation de l’Histoire.

    On commémore le centenaire de la disparition du sculpteur Auguste Rodin. Vous montrez Grotto II, une incroyable œuvre aussi monumentale (345 x 323 x 194 cm) que ciselée, réalisée en 2017 par Michael Hansmeyer et Benjamin Dillenburger en impression 3D, composée de sables de silice et liant et d’un revêtement multicouches. Le Rodin du XXIe siècle utiliserait-il aujourd’hui plutôt des calculs algorithmiques pour créer les morphologies du futur que le plâtre, le bronze ou le marbre ?

    Oui, sans doute. Tous les artistes ont toujours utilisé les matériaux et les technologies contemporains. Grotto II nous montre le degré de résolution assez exceptionnelle de l’impression 3D. Mais, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un « Gaudi » du numérique. Je pense qu’Antonio Gaudi [1851-1926, architecte catalan de nationalité espagnole, dont sept œuvres ont été inscrites par l’Unesco au patrimoine mondial, ndlr), s’il avait disposé de ces outils de calculs numériques - qui sont d’ailleurs utilisés aujourd’hui pour terminer l’œuvre inachevée de Gaudi, la Sagrada Familia, la basilique de Barcelone - il aurait été encore plus loin dans la complexité formelle, structurelle et architecturale.

    Pour l’instant, il n’y a pas de Rodin du XXIe siècle en vue parmi les artistes exposés ici ?

    Rodin est tellement énorme que c’est difficile de trouver l’équivalent. Je citerais peut-être Joris Laarman qui est quand même pionnier dans le recours à ces technologies de pointe. Ce jeune designer d’une quarantaine d’années a été un des premiers à les utiliser de manière extrêmement poussée en travaillant avec des scientifiques et des ingénieurs. Il développe ses propres logiciels de conception et de production avec des robots qui impriment le métal, mais également d’autres matières. Et c’est lui qui réalisera à Amsterdam un pont imprimé en 3D avec des robots qui sera imprimé et installé au-dessus d’un canal en 2017, dans quelques mois. Là, on a cette convergence de l’artistique et de l’ingénierie de manière assez exemplaire.

    « Grotto II », 2017, œuvre de Michael Hansmeyer et Benjamin Dillenburger. Réalisée en impression 3D, l’œuvre représente un maillage de 260 millions de facettes dont la résolution est calculée jusqu’au dixième de millimètre. Siegfried Forster / RFI

    Imprimer le monde, exposition dans le cadre de la nouvelle manifestation annuelle « Mutations/Créations » du Centre Pompidou-Paris, du 15 mars au 19 juin 2017

    ► Jusqu’au 18 mars aura lieu aussi Vertigo, un nouveau forum international et pluridisciplinaire sur la création et l’innovation en musique, art, design, architecture, en lien avec les technologies numériques, imaginé par l’Ircam.

     

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