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    Culture

    Une psy face au pire des tueurs

    media RFI/Georges Lory

    L’Afrique du Sud s’est taillé une jolie spécialité en matière de réconciliation. Un fonds de commerce difficile à prolonger, tant les années Zuma pèsent sur son image. Nous connaissons le rôle crucial de l’archevêque Desmond Tutu qui présida avec cœur la Commission Vérité et Réconciliation. Dans son sillage, des femmes brillantes ont pris le relais : Yasmin Sooka dans les organisations internationales, Antjie Krog en littérature, Pumla Gobodo en psychologie.

    Spécialiste des traumatismes et du pardon, cette dernière a fait l’étonnante démarche d’aller rencontrer, à plusieurs reprises, Eugene de Kock dans sa prison. Ce colonel était, sous l’apartheid, le plus dur et le plus efficace exécuteur des basses œuvres du régime. Dans la ferme isolée de Vlakplaas, il a torturé et assassiné des dizaines de militants noirs. Suite à 89 chefs d’accusation, il a été condamné à 212 ans de prison en 1995. Surnommé Prime Evil, de Kock est considéré comme l’incarnation du Mal absolu en Afrique du Sud.

    On comprend la curiosité d’une professeure en psychiatrie à vouloir démonter les mécanismes psychologiques d’un tueur froid. Avant lui, elle avait travaillé sur les Noirs qui avaient pratiqué le supplice du collier sur des personnes accusées de collaboration avec le régime d’apartheid. Elle fait souvent référence à Eichmann, le nazi insignifiant qui devint l’un des pires exterminateurs du IIIe Reich.

    Les discussions avec Eugene de Kock commencent mal. En lui serrant la main droite, le tortionnaire lui fait remarquer que c’était celle qui appuyait sur la gâchette. La psychologue reste longtemps désarçonnée par cette remarque. Elle analyse cette distanciation comme si de Kock disait : « Ce n’est pas moi qui ai tué, c’est ma main. »

    On lui pose publiquement la question du risque de se faire manipuler par le prisonnier. Le juriste Albie Sachs lève son unique bras (il a perdu l’autre dans un attentat) et encourage la psychologue à poursuivre ses recherches pour débusquer l’humanité au fond de l’homme.

    Ce qui frappe Pumla Gobodo, c’est le peu de prestance de l’individu aux grosses lunettes carrées et l’incroyable liberté que ses chefs ont laissé à l’homme de main. Il n’était jamais en manque de fonds. Progressivement, avec un sentiment d’impunité, il a élargi le cercle de ses victimes. Quand des policiers noirs, travaillant donc indirectement avec lui, s’interrogent en 1987 sur les circonstances de l’assassinat du jeune leader Matthew Goniwe à Cradock, le colonel n’hésite pas. Il fait poser une bombe dans leur camionnette et se débarrasse d’eux aussi.

    La psychologue émet deux hypothèses courantes sur la dérive d’Eugene de Kock. Soit il a cherché à dissiper un sentiment d’humiliation lui venant de l’enfance : chaque méfait réduisait petit à petit sa sensibilité face à la transgression des tabous. Soit son goût à faire le mal résultait, non pas d’une prédisposition, mais d’un choix personnel : tous les enfants traumatisés ne deviennent pas bourreaux.

    Elle recherche cependant une explication plus complexe. Les personnes violentes le sont souvent parce qu’elles sont encouragées, directement ou sournoisement. Les pires violateurs des droits de l’homme en arrivent à redéfinir la morale. Ils peuvent commettre des atrocités au nom d’un « bien supérieur ».

    De Kock a développé un sentiment d’injustice. Après son arrestation, il est passé devant les mêmes juges qui fermaient les yeux jadis sur ses crimes. Il a eu l’impression de payer pour ses supérieurs. Tous les généraux de l’apartheid ont glissé entre les mailles du filet. Personne n’a pu prouver qu’ils avaient donné des ordres de liquider un opposant.

    Il est intéressant de noter que Pumla Gobodo, native d’un township du Cap, fut mariée un temps avec un Madikizela, du même clan et du même village que Winnie Madikizela-Mandela. J’aimerais bien connaître son analyse sur la célèbre femme politique.

    A l’issue des entretiens avec de Kock, l’auteure n’a pas plaidé pour l’effacement des peines, mais pour une meilleure compréhension des mécanismes conduisant un être humain ordinaire à en assassiner d’autres. Elle penche pour le pardon. A l’égard de de Kock et de ses semblables, elle conclut : « Notre capacité d’empathie est une vertu profonde dans ce monde brutal que nous avons créé ».

    La justice sud-africaine a fini par la suivre. Après vingt ans d’incarcération, Eugene de Kock est sorti de prison fin janvier 2015, « dans l’intérêt de la réconciliation nationale ».

    ►Pumla Gobodo-Madikizela, A Human Being Died That Night, A South African Woman confronts the Legacy of Apartheid, Mariner Books, 2003
     

    ►Retrouvez chaque mardi Le blog littéraire de Georges Lory. 

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