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    «Vote off» en Algérie, Fayçal Hammoum portraiture une génération qui ne vote pas

    media Faycal Hammoum, le réalisateur algérien de « Vote off » au Festival Cinéma du réel à Paris. Siegfried Forster / RFI

    Le réalisateur et producteur algérien Fayçal Hammoum a présenté au Festival Cinéma du réel à Paris « Vote off », un patchwork cinématographique sur trois abstentionnistes désabusés lors des dernières élections présidentielles en Algérie. Censuré en Algérie (« comporte des contenus portant atteinte aux symboles de l’Etat et de sa Souveraineté »), ce premier documentaire du réalisateur a été projeté en première mondiale à Paris. Entretien.

    RFI : Vote off commence avec un chantier, des ouvriers montant un panneau pour les élections présidentielles en 2014. Est-ce pour signifier que la démocratie en Algérie reste un grand chantier ?

    Fayçal Hammoum : Je voulais commencer comme ça pour que l’on comprenne rapidement de quoi cela allait parler pour après basculer vers mon vrai sujet : les abstentionnistes. Et le film se termine aussi sur un chantier à l’écran, celui de la nouvelle grande mosquée d’Alger. Ainsi j’évoque l’immense chantier de la démocratie en Algérie : quelle est la place du vote ? Quelle est la place des jeunes ? Je voulais participer à une expérience du réel : filmer les doutes, les incertitudes, le futur de ces jeunes-là.

    Vote off montre la vie et les réflexions de plusieurs abstentionnistes : un épicier, un journaliste, un animateur radio, des rappeurs, mais c’est aussi un film sur les trentenaires, la génération née en 1986, dont certains disent de ne jamais avoir appris correctement le français en classe, parce que, à l’époque des années de plomb, les professeurs de français avaient peur d’être égorgés en allant à l’école.

    J’ai commencé le film en me posant la question pourquoi je n’ai jamais voté en 32 ans ? Alors que je m’intéresse énormément à la politique, à la vie de la cité. Donc je me suis dit : je vais faire le portrait de ma génération, avec des gens qui ont un métier, qui sont passionnés, qui aiment leur pays, qui veulent plus de liberté, plus de démocratie… Le documentaire s’est tout de suite imposé comme moyen. On était dans l’urgence, avec l’élection qui allait arriver. C’est un film né de l’urgence.

    Les films sur l’Algérie ou les films algériens projetés en France parlent souvent de l’islamisme, du terrorisme, de la frustration sexuelle, de la religion… Vote off tranche avec tout cela en parlant directement du vote, des abstentionnistes et ainsi de la démocratie.

    Oui, c’est vraiment un manifeste pour la démocratie. Deuxièmement, je ne voulais pas rentrer dans la catégorie de films algériens traitant de problèmes sociaux-économiques ou religieux. Je voulais parler de la majorité des gens de trente ans en Algérie et qui s’en foutent un peu de tout cela. Ils veulent juste vivre. Je voulais capter des moments de vie. Donc j’ai utilisé la campagne des élections pour parler des trentenaires, de « l’Algérien nouveau » : donc avec Facebook, les webradios, la musique, l’ennui… En Algérie, il y a un mot qui signifie le vide. Pour moi, derrière tout cela, il y a l’absence de plein de choses. Il fait beau, mais il y a rien à faire…

    Vous évoquez aussi l’absence du président algérien Abdelaziz Bouteflika qui a été finalement élu pour un quatrième mandat.

    Oui, même si ce n’est pas un film sur le président, force est de constater que c’était une élection assez particulière, parce qu’on a finalement élu quelqu’un qu’on n’a jamais vu, qui est tombé malade. Donc c’est un grand film sur l’absence : l’absence de perspectives, l’absence du président, l’absence de démocratie totale.

    Dans le bureau de vote, face à votre caméra, un agent prononce cette phrase emblématique : « Ils disent que c’est la démocratie. Alors laisse cette démocratie se voir. » Là, vous montrez vraiment la démocratie en train de se faire…

    J’avais une autorisation de tournage. Puis il y a ce chef de bureau qui vient et qui ne veut pas que je filme. J’aime beaucoup cette scène, parce que j’ai rien fait, j’ai juste laissé tourner. C’était entre lui et le monsieur qui bossait dans son bureau et lui disait : « On parle de démocratie. On n’a rien à cacher ici… Pourquoi tu ne veux pas les laisser filmer ? » Dans le film, la scène dure deux minutes, mais elle a réellement duré vingt minutes. Il a pris la caméra, il l’a reposée, je l’ai reprise… C’est un moment assez magique.

    D’une part vous affirmez que l’Algérie est un peu une exception dans les pays arabes par rapport à la liberté d’expression, de l’autre côté, vous dites que votre film Vote off est « le premier film de cinéma censuré en Algérie ». Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

    Je ne sais pas expliquer une censure. Deuxièmement, je ne sais pas pourquoi c’est arrivé. Moi, je viens de la production et j’ai produit d’autres films documentaires en Algérie traitant des sujets divers et variés et parfois subversifs, mais qui n’ont jamais été censurés. Là, on était très étonnés, on ne s’attendait pas du tout à cela, parce que la liberté de ton et de la presse est assez grande en Algérie. Donc c’est une première et on ne comprend pas. On était déçu et frustré de ne pas pouvoir le montrer en Algérie.

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    Cinéma du réel, Festival international de films documentaires, du 24 mars au 2 avril 2017 au Centre Pompidou-Paris

     

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