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    Culture

    Vers la troisième mort de Dulcie September

    media DR

    Le 29 mars 1988, la représentante en France de l’African National Congress (ANC), mouvement de libération sud-africain, était assassinée dans son petit bureau parisien. Dulcie September mourrait sous les balles d’un professionnel, aidé d’un complice.

    La justice française a suspecté en un premier temps un membre de l’équipe du mercenaire Bob Denard, mais a conclu par un non-lieu en 1992. Quatre ans plus tard la Commission Vérité et Réconciliation s’est mise en place en Afrique du Sud. Elle a entendu plusieurs responsables des services secrets du temps de l’apartheid et quelques hommes de main, dont le colonel Eugene de Kock (voir billet n°26). Très clairement il est apparu que l’assassinat avait été commandité par la CCB (Bureau pour la Coopération Civile, nom curieux pour l’unité chargée des basses œuvres du régime). En revanche, la Commission n’a pas établi le déroulé de l’opération. Ces manquements constituent à mes yeux la seconde mort de Dulcie September.

    A présent, elle est menacée d’une troisième disparition, celle de l’oubli complet dans son propre pays. Alors que la capitale, Pretoria, a rebaptisé de nombreuses artères du nom de résistants, Dulcie September en est étonnamment absente. De même dans le reste du pays. En recherchant sur la toile, on ne trouve qu’une petite rue à Leralia, quartier à la périphérie de Johannesburg, et un collège à Athlone dans la banlieue du Cap où elle a travaillé.

    Son amie Jacqueline Dérens continue à porter haut la mémoire de Dulcie September. Dans un livre fort bien illustré de photos et de témoignages, elle retrace le parcours de cette femme de conviction. Son patronyme la rattache à la traite, elle nait en 1935 et se trouve classée métisse sous l’apartheid. Elle se destine très tôt à l’enseignement. La jeune institutrice se révolte contre la ségrégation et commence à militer, avec le pédagogue Neville Alexander, dans un groupe d’inspiration trotskyste. Arrêtée en 1963, elle connait deux années de conditions pénibles avant d’être condamnée à cinq ans de prison. On la change plusieurs fois d’établissement pénitentiaire, car elle donne des cours à ses codétenues.

    A sa libération elle demeurer limitée dans ses activités. L’écrivain Alex La Guma la convainc de rejoindre l’ANC de Nelson Mandela qui est appuyé par l’Union soviétique. Elle s’exile à Londres en janvier 1974. Personnalité sérieuse, elle est active au sein de la Ligue des Femmes de l’ANC. Elle intègre ensuite l’équipe diplomatique du mouvement, pilotée par l’énergique Aziz Pahad.

    Il la désigne pour représenter le mouvement en France quand Paris autorise en 1983 l’ANC à ouvrir un bureau. En Afrique du Sud la contestation bat son plein. Le régime se lance dans la répression et des assassinats dans les pays limitrophes. Dulcie September, qui manifeste souvent devant l’ambassade d’Afrique du Sud, située sur le Quai d’Orsay, se sait menacée. Mais le ministère de l’Intérieur, tenu à l’époque par Charles Pasqua, ne répond pas à sa demande de protection.

    Je me souviens qu’il était aisé de rencontrer Dulcie September dans son bureau rue des Petites Ecuries, toujours disposée à parler aux journalistes. L’opération des tueurs n’était pas compliquée à mener. Pas plus que Jacqueline Dérens, je ne sais pourquoi elle a été choisie comme cible.

    En revanche je m’interroge sur la discrétion à son égard en Afrique du Sud. Certes tous les officiels en visite en France font une halte à Arcueil, où elle résidait, et qui abrite une plaque commémorative et un collège à son nom. Une vingtaine de communes en France ont une rue Dulcie September, Paris lui a consacré une place, sans compter six établissements scolaires et plusieurs espaces culturels.

    Aucune commémoration en Afrique du Sud n’a marqué le 25ème anniversaire de son exécution en mars 2013. Pourquoi les enquêteurs locaux n’ont-ils pas levé le mystère qui entoure son assassinat ? On n’ose penser que le cas d’une femme, d’une métisse, d’une personnalité réservée n’intéresse plus personne. Allons, les camarades journalistes de la nation arc-en-ciel, un petit effort !

    ► Jacqueline Dérens. Dulcie September, une vie pour la liberté, Arcueil Non Lieu, 2013
     

    ► Retrouvez chaque mardi Le blog littéraire de Georges Lory. 

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