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    Jan Smuts, un père fondateur de l’ONU

    media Couverture de «Jan Smuts, Unafraid of Greatness» de Richard Steyn. DR

    Deux philosophes ont élaboré leur système de pensée en Afrique du Sud : Ghandi avec le satyagraha, Jan Smuts avec le holisme. Contemporains, avocats de formation, ils se sont rencontrés plusieurs fois entre 1908 et 1914, et affrontés non sans respect. Cette dimension spirituelle fait de Smuts un personnage polyvalent, lui qu’on connait comme un guérillero pendant la guerre des Boers, un chef militaire lors du premier conflit mondial, un premier ministre à poigne, un stratège qui libéra l’Ethiopie du joug fasciste, un maréchal d’empire britannique, un des pères fondateurs de l’ONU.

    Il convient d’ajouter : celui qui perdit les élections de 1948, permettant aux nationalistes afrikaners de mettre en œuvre la sinistre politique d’apartheid. Un livre fort bien écrit par le journaliste et juriste Richard Steyn rappelle ce parcours hors du commun.

    Né en 1870, Jan Christiaan Smuts, vient d’un petit village au nord du Cap, où les Afrikaners ne roulent pas les « r », mais les grasseyent à la française. Le jeune homme est maladif, mais brillant. Il obtient une bourse pour Cambridge. Il en revient avocat. Nationaliste boer, il est appelé par le président Kruger du Transvaal pour mettre de l’ordre dans son administration corrompue. C’est aux côtés du vieux chef d’Etat boer, entrainé dans la guerre contre les Anglais, que le jeune homme fait montre de capacités organisationnelles hors du commun. Quand la guerre traditionnelle est perdue, Smuts part à la tête d’un commando insaisissable semer le trouble dans les troupes impériales.

    Après la reddition en 1902, il fait partie de ceux qui négocient avec Londres l’indépendance de l’Union Sud-Africaine sous la couronne britannique. Deux amis prennent alors la tête du pays en 1910 : le général boer Louis Botha, charismatique et bon vivant, forme avec Smuts, intellectuel et cassant, un duumvirat sans faille. La communauté noire, dont les revendications sont sans cesse repoussées à plus tard, fait les frais de l’alliance entre Blancs anglophones et Afrikaners anglophiles.

    La grande admiration de Smuts pour le Royaume-Uni est payée de retour. Son amitié avec Churchill et la famille royale lui vaudra de pénétrer le cercle du pouvoir à Londres. Il participe au traité de Versailles, signalant avec raison que les exigences financières demandées à l’Allemagne étaient trop lourdes et compromettaient la Société des Nations naissante.

    De retour chez lui, il doit composer avec les nationalistes afrikaners, quand son parti perd les élections de 1924. Il demeure pendant quinze ans vice-premier ministre derrière l’intransigeant Hertzog.

    En 1939, redevenu chef du gouvernement, il prend fait et cause pour les Alliés. Les troupes sud-africaines délogent l’armée de Mussolini d’Ethiopie et participent aux campagnes d’Afrique du Nord et d’Italie. Smuts, désormais maréchal de l’Empire britannique, est mis au courant des modalités du débarquement en Normandie. Steyn raconte que Smuts a accompagné Churchill dans Bayeux libéré, le 16 juin 1944, mais en toute discrétion, car de Gaulle n’avait pas été averti.

    Seul homme qui ait présidé à la fois à la naissance de la SDN et de l’ONU, Smuts joue un rôle majeur dans l’élaboration de la charte des Nations unies. On lui doit notamment le fameux préambule et la structure juridique de l’organisation.
    Tourné vers l’international, souvent absent du pays, il néglige les affaires intérieures. Contre toute attente, il perd le pouvoir à Pretoria en 1948 et décède deux ans plus tard.

    Steyn nous apprend que Smuts a noué une grande amitié avec la princesse Frederika de Grèce, en exil en Afrique du Sud pendant la guerre. Elle avait lu ses essais philosophiques et appréciait les longues randonnées en brousse. Smuts intervint directement auprès de Churchill pour rétablir la monarchie en Grèce.

    Non seulement Smuts a sous-estimé la poussée nationaliste chez les Blancs (perturbés entre autres par l’indépendance de l’Inde), mais, obnubilé par la réconciliation avec les anglophones, il a mis sous le boisseau les aspirations des Noirs urbanisés qu’il connaissait assez bien. Cette tactique a terni l’image du conciliateur pragmatique qu’il fut sur la scène internationale.

    Demeure le philosophe. Théorisé dans un livre datant de 1926, le holisme se définit de la sorte : « Il existe dans la nature une tendance à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, grâce à l’évolution créatrice. » Smuts, à l’instar de Teilhard de Chardin, estime que l’évolution a un but. Elle est dotée d’une force organisatrice qui conduit l’atome vers la conscience. Ce mouvement conduit à une élévation spirituelle : « from holism to holiness », « du holisme à la sainteté ».
    Les thèses de Smuts demeurent d’actualité. Il s’agit, dans le domaine médical, des praticiens qui appréhendent un patients dans sa globalité et dans son contexte, par opposition aux réductionnistes qui analysent une par une les composantes d’un phénomène. Les économistes postkeynésiens s’y réfèrent. En sociologie, Edgar Morin s’en est inspiré pour développer son concept de « pensée complexe ».

    ►Richard Steyn. Jan Smuts, Unafraid of Greatness, Jonathan Ball, 2015
     

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