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    France

    « AYM », la génération Y se paie l’art en monnaie virtuelle Ether

    media « Social media » (détail) (2017), huile, acrylique, spray sur toile, 73 x 100 cm, œuvre de Raphael Federici exposée dans « AYM ». Siegfried Forster / RFI

    Qui aime AYM ? Derrière le sigle se cache la première exposition d’art contemporain où les œuvres s’achètent dans la crypto-monnaie Ether [ETH]. Les artistes présents à cette exposition collective à Paris sont issus de la première génération connectée, aussi appelée génération Y, d’où l’intitulé AYM pour Art de la génération Y et nouvelle Monnaie.

    Nichée au premier étage d’un immeuble près de Strasbourg-Saint-Denis, dans le 10e arrondissement de Paris, cette exposition prépare une petite révolution. Selon le commissaire Christophe Pouilly, AYM fait entrer pour la première fois une crypto-monnaie comme l’Ether par la grande porte de l’art : « La forme de transaction proposée ici est une première mondiale. Dans le cadre d’une exposition physique, vous avez la possibilité d’acheter l’art de la génération Y dans une nouvelle monnaie, la monnaie numérique Ether. »

    L’art de la génération Y, un coup marketing ?

    Les œuvres en question appartiennent à des artistes plutôt inconnus dans les grands musées : Théo Lopez, Romy Alizée, le collectif Cela, Léonard Combier, Hanoh Szpira et Raphael Federici. Et à part quelques images numériques scannées et réinterprétées en 3D à travers divers algorithmes, on trouve des peintures acryliques, des photographies en noir et blanc et des vidéos, pratiquement toutes accrochées d’une manière très traditionnelle sur les cimaises de ce loft parisien. Le lieu, appelé « The Art Market Place », affirme d’œuvrer en faveur de l’art et de l’innovation. Mais parler d’un art de la génération Y, n’est-ce pas plutôt un coup marketing ?

    « Ici on cherche à exposer des œuvres qui donnent un nouveau sens, qui ont des choses nouvelles à raconter, se défend Christophe Pouilly. L’idée est de lier l’art de la génération Y, née entre 1980 et 1995, à une nouvelle forme de transaction, à une nouvelle monnaie numérique. Donc ce n’est pas un coup marketing. »

    Détail de « Tryptique » (2016), œuvre de Léonard Combier, présentée dans « AYM ». Siegfried Forster / RFI

    Des œuvres de « haute » et « basse » définition

    La sociologue Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS, travaille depuis une quinzaine d’années sur la culture du web. Elle explore le monde des jeunes au travers de leurs posts sur les réseaux sociaux, les sites, les blogs, les applications… Auteure du livre Génération Y, elle nous éclaire sur la question de savoir si l’on peut véritablement parler d’un art de la génération Y ?

    « Quelle est la spécialité de la génération Y ? La culture internet pousse à l’expression de soi et aussi à l’expression artistique. Dans cet univers-là, le statut de l’œuvre et le statut de l’artiste sont un peu différents. Tout internaute peut devenir un producteur de contenus et exposer ses œuvres. Il ne s’agit pas nécessairement d’œuvres de « haute définition », mais aussi d’œuvres de « basse définition » : des témoignages, des délires, beaucoup d’images détournées, beaucoup d’images pastichées, des extraits de films commentés, etc. C’est un art finalement assez populaire dont en particulier la jeunesse, la génération Y, les jeunes adultes et les post-ados se sont emparés. Donc,il y a effectivement une relation entre l’expression artistique et cette génération. »

    Raphael Federici : « surexposition » et « réflexion »
     
    Pour Raphael Federici, avec ses dreadlocks en bataille et son t-shirt chic troué, la peinture à l’huile est tout à fait compatible avec la génération Y. Pour lui, le véritable signe de l’art de cette génération est de se jouer des codes, de se les réapproprier et leur donner de nouvelles limites. Il parle de Basquiat, Ben, Warhol, et expose aujourd’hui en France, en Afrique du Sud et aux États-Unis. En tant que street artist, il mêle peinture à l’huile et bombe aérosol, et travaille aussi bien sur les murs que sur les toiles. Son personnage phare ressemble à une fusion entre la sagesse d’un voyageur doté d’une barbe blanche et la force d’un marin body-buildé :

    « Ce personnage porte une casquette rouge et blanche, avec un petit Y, une petite référence à la génération Y. Sa position très statuaire représente le système tel qu’on le connaît aujourd’hui. Au niveau de son sexe, il y a un petit personnage qu’on voit souvent sur le site du réseau social Facebook, avec un petit « 1 ». Cela représente notre rapport à la surexposition provoquée par ces outils-là. C’est une réflexion sur le fait de se mettre à nu devant les internautes. On tombe dans des problèmes évidents d’ego. Toute notre civilisation est en train de se transformer par rapport à ces outils-là. Il y a une mise à nu immédiate. On a besoin de se déshabiller face au monde. Et moi, j’apporte une réflexion, une nouvelle vision du monde. »

    Raphael Federici, artiste plasticien connu également sous le pseudo ParisSketchCulture. Siegfried Forster / RFI

    Romy Alizée : se mettre à nu avec la photographie argentique

    La jeune artiste Romy Alizée pousse jusqu’au bout cette logique de se mettre à nu. Dans ces photographies argentiques en noir et blanc, elle orchestre des scénarios osés d’une femme-objet entre autodérision et fétichisme féminin. Avec elle-même comme propre modèle, la femme de 28 ans exprime un féminisme ultra-érotique.

    « Moi, je fais de la photographie argentique, donc on pourrait se dire que cela ne fait pas du tout partie de cette génération qui est plutôt connectée, numérique, etc. Mais, c’est un parti pris de revenir un peu en arrière, aux racines de la photographie. Par contre, ma façon de promouvoir mon travail est clairement identifiable étant issue de la génération Y : ce sont les réseaux sociaux, c’est internet avant les galeries, c’est l’autopromotion… Il n’y a plus de problème de frontières, il y a des mouvements qui se créent, des communautés qui peuvent enfin dialoguer. »

    « Ce qui est chouette : il n’y a pas de règles »

    Née dans une petite ville en Vendée, elle a exposé ses photos en France, mais aussi en Chine ! Avec son sourire généreux, elle estime : ce qui compte est plus le fait de pouvoir communiquer que la connexion numérique. Et tant mieux si la diffusion de ses images érotiques passe aussi par des fanzines autoproduits :

    « Comme je suis plutôt pauvre, faire du fanzine, c’est facile. Cela peut se faire à la photocopieuse et en mode de distribution, c’est d’une simplicité… Il y a internet pour faire sa com, mais un fanzine est tout petit. J’en ai ici dans mon sac… Cela se vend sous le manteau, à des copains dans la rue… j’ai toujours deux exemplaires sur moi, et hop… Ce qui est chouette : il n’y a pas de règles. C’est quand même drôle d’avoir réussi à faire exposer des photos comme ça en Chine [rires]. Là-bas, il y a tellement de censure que si cela arrive à passer la censure, il y a vraiment un public pour ça, mais il faut que cela soit caché, secret, il faut trouver les bons contacts pour faire voyager les images… »

    « Premier baiser » (2016), tirage argentique de Romy Alizée, en 5 exemplaires, 30 x 40 cm, exposé dans « AYM ». Romy Alizée

    Ether, un Nouveau Monde ?

    La jonction entre l’envie d’assemblage et d’hybridation de l’art de la génération Y et la nouvelle monnaie Ether changera-t-elle quelque chose pour l’artiste ? « Je n’ai jamais acheté quelque chose avec des Ethers » avoue Raphael, et Romy se trouve dans la même situation. « On a ouvert un compte pour utiliser les Ethers et on espère que cela va marcher. Si on arrive à vendre une toile, cela pourrait être le moyen de commencer à échanger sur ce Nouveau Monde [rires]. On ne sait pas où cela nous va emmener, mais on sent qu’il y a peut-être une solution dans ce nouveau marché. »

    Pour acheter les œuvres, il faut venir avec son petit porte-monnaie virtuel, après avoir ouvert en ligne un compte en Ether. Lancée en 2015, l’Ether est devenue la deuxième monnaie numérique après le Bitcoin. Pour les œuvres exposées, comptez entre 10 à 500 Ethers, mais attention : le taux de change varie beaucoup : le matin du vernissage, un Ether était égal à 50 euros, une semaine plus tard, la crypto-monnaie s’est envolée à 71 euros ! Ces fluctuations ne font pas peur à Christophe Pouilly. L’organisateur de l’AYM reste convaincu : la rencontre entre un nouveau contexte culturel et un nouveau contexte technologique pourrait conduire à un renversement des valeurs actuelles.

    Vers un renversement des valeurs du marché de l’art ?

    « Parce qu’il y a de nouvelles technologies, de nouvelles formes de transactions, il y a aussi la possibilité d’imposer de nouvelles formes de diffusion et de valorisation de l’art. Les monnaies numériques représentent une véritable rupture. Probablement pour la première fois dans l’histoire, des transactions entre des personnes peuvent être garanties sans l’intervention d’un intermédiaire de confiance. »

    Que signifie cela pour l’art ? En 2016, dans le domaine de l’art, les ventes en ligne ont augmenté de 15 pour cent pour atteindre 3,75 milliards de dollars (3,42 milliards d’euros), soit 8,4 pour cent du business global du marché. Une évolution notamment due aux collectionneurs de la génération Y, selon une étude publiée en avril 2017 par l’assureur Hiscox. Selon le rapport, 59 pour cent des collectionneurs de la génération Y envisagent d’acheter encore plus en ligne en 2017. Et les centres culturels d’aujourd’hui, les Centre Pompidou, les musées, les galeries, les maisons de vente aux enchères seront-ils bientôt démodés, dépassés, hors jeu ?

    « Il peut y avoir des moyens de s’affranchir d’un certain nombre d’acteurs dont on sait qu’ils font aujourd’hui la valeur du marché de l’art. On sait qu’il y a un certain nombre de personnes, de galeries, un cercle très réduit, qui font aujourd’hui le marché. Le fait de créer un nouveau moyen de transaction, un nouveau moyen de valorisation, ouvre forcément des portes. »

    La photographe Romy Alizée lors de l’exposition « AYM ». Siegfried Forster / RFI

    AYM, Art, génération Y et nouvelle monnaie, jusqu’au 9 juin à The Art Market Place, 5 rue Taylor, 75010 Paris.

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