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    Cannes: un «Happy End» de Michael Haneke en format Snapchat

    media L'affiche (détail) de «Happy End» de Michael Haneke, en lice pour la Palme d'or. Festival de Cannes

    En lice pour la Palme d’or du Festival de Cannes, Happy End, du réalisateur autrichien deux fois palmé Michael Haneke, est en quelque sorte une suite de son film à succès Amour. Jean-Louis Trintignant interprète ici Georges Laurent, le grand-père d’une famille propriétaire d’une société de construction gérée par sa fille, incarnée par Isabelle Huppert. Une histoire familiale magistralement tirée vers les zones sombres d'un microcosme de notre société.

    Jusqu’ici, c’est certainement le film qui a le plus dérouté les spectateurs du Festival de Cannes. Le Happy End ficelé par Michael Haneke commence et se termine avec des vidéos en format Snapchat, dotées de textos et tournées à la verticale, réalisées par une fille de 13 ans. En fait, le 13e anniversaire d’Eve ne sera que dans deux mois, mais passons… C’est le mensonge le plus sympa dans cette famille pas comme une autre - ou peut-être justement comme une autre. Vous l'aurez compris, Haneke continue de semer joyeusement le doute. Vous pouvez vous accrocher à vos certitudes, il n’y a rien à faire : les choses se passent toujours autrement.

    « Nous au milieu, aveugles »

    L’histoire du film est vite racontée, Haneke lui-même la résume en deux phrases : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. Instantané d’une famille bourgeoise européenne. »

    Haneke relève le défi de ce point de départ banal pour en faire la différence. Là où d’autres plantent le décor pour raconter une histoire, lui fait en sorte que le décor nous plante. Pendant toute la durée du film, il se contente d’introduire ses personnages, les membres de la famille Laurent, héritière d’une société de construction à Calais.

    Il y a le patriarche Georges. Par Amour, il a étouffé sa femme souffrante en phase terminale. Isabelle Huppert joue sa fille Anne, une business woman parfaite, mais aussi mère désespérée par son fils Pierre, détruit par le poids familial. Thomas (Mathieu Kassovitz), le fils de Georges, est médecin. Il est devenu père pour la deuxième fois, avec sa nouvelle femme Anaïs. Eve (Fantine Harduin), sa fille issue d'un premier lit, dont la mère s’est suicidée, lui demande avec un air diabolique : « Si tu quittes Anaïs, est-ce que tu m’emmènes avec toi ? »

    La chasse aux failles souterraines

    La caméra de Haneke respire les pauses et crache l’action quand on n'y croit plus, toujours là où on ne l'attend pas. Chez le maestro autrichien, les gestes quotidiens sont chargés de tension : une voiture sortant calmement d’un parking souterrain se transforme en western psychologique. Un homme qui attend devant une tour HLM provoque un réflexe de polar. C’est un cinéma de manque créant une dépendance à l’action à venir.

    Tout commence avec une longue vue sur un chantier, filmé comme une nature morte, jusqu’au moment où une partie du terrain s’écroule. La chasse aux responsabilités et failles souterraines est ouverte. Les doubles vies, les tentatives de suicides, la haine et les craintes d’abandon font craquer le vernis de la famille heureuse et solidaire… Et même des réfugiés africains font leur apparition lors d’un déjeuner festif de cette famille bourgeoise européenne.

    Michael Haneke reste fidèle à lui-même. Cette fois, son film s’arrête quand l’histoire commence. A chacun de décider s’il veut crier au coup de génie ou regretter l’absence d’inspiration pour aller plus loin.

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