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    Europe

    «The Square» de Ruben Östlund, dernière Palme d’or avant la révolution

    media Le réalisateur suédois Ruben Östlund, Palme d'or 2017 pour «The Square». REUTERS/Stephane Mahe

    Un film nourri par une expérimentation sociale a remporté ce dimanche 28 mai la Palme d’or. « The Square » du Suédois Ruben Östlund raconte les limites de l’altruisme dans notre monde d’aujourd’hui. L’actrice allemande Diane Kruger a été couronnée pour son interprétation subtile d’une femme combattante dans « Aus dem Nichts ». L’acteur américain Joaquin Phoenix a remporté le prix pour son rôle de mercenaire psychopathe dans « You Were Never Really Here ». Même si Netflix est resté absent du palmarès, la 70e édition du Festival de Cannes restera marquée par le débat autour du géant de la diffusion en streaming.

    « On va faire un cri ensemble. Trois, deux, un, criez : aaaaahhhhh ! » Sautillant avec une joie immense sur la scène du Grand Théâtre Lumière du Festival de Cannes, Ruben Östlund a réussi l’exploit à faire pousser un cri de bonheur aux stars du cinéma mondial assises dans la salle. Ainsi, le réalisateur suédois de 43 ans a transformé la cérémonie de la Palme d’or en une de ces expériences de psychologie sociale si présentes dans son film The Square. Deuxième Suédois à remporter une Palme d’or, Östlund a construit son œuvre comme une pièce de théâtre, conceptuel comme une œuvre d’art contemporain et scénarisé comme une satire sociale au cinéma.

    « The Square », un projet artistique

    Le film raconte l’histoire de l’illustre projet artistique de Christian. Ce bel homme, coureur de jupons et directeur de musée incarné avec classe par Claes Bang, rêve de faire entrer l’art dans la vie des gens. Le concept est simple : un carré devant le musée devient le sanctuaire des vertus : « ici, nous sommes tous égaux ». Bien sûr, la phrase fait référence à La ferme des animaux de George Orwell. Dans The Square, un singe mettra en rude épreuve l’intelligentsia du musée. La réalité dépassera les rêves les plus fous. Et les idéaux du directeur du musée seront ébranlés par sa propre campagne de marketing. Le réalisateur suédois fait défiler le politiquement correct de son pays, mais aussi la petitesse honteuse habitant chacun de nous quand il est question d’aider l’autre.

    Le titre du film est directement inspiré d’un projet artistique exposé au Vandalorum Museum, dans le sud de la Suède. D’abord conçue pour être éphémère, l’exposition a été transformée en installation permanente sur la place centrale de la ville de Värnamo avec un but clair : « si l’on se trouve à l’emplacement du Carré, il est de son devoir d’agir – et de réagir – si quiconque a besoin d’aide ». Le film nous demande à nous ouvrir aux autres et nous demande donc de sortir du strict cadre des salles de cinéma. Bref, le film nous renvoie en quelque sorte aussi au débat lancé par la première présence de Netflix à Cannes.

    Diane Kruger, Joaquin Phoenix et « 120 battements par minute »

    Bien sûr, il faut d’abord penser à la cérémonie du palmarès : la joie immense de Diane Kruger en recevant la Palme pour la meilleure interprétation féminine dans le film très politique de Fatih Akin. Dans Aus dem Nichts (In The Faith), elle habite le personnage de Katja, femme anéantie après la mort de son mari et son fils provoquée par une bombe posée par des néonazis.

    Il y a aussi l’exploit de Joaquin Phoenix, primé pour nous avoir fait des frayeurs avec son rôle d’homme sans pitié essayant de sauver une fille d’un réseau de prostitution dans You Were Never Really Here. On n’oubliera pas les émotions du public bouleversé après 120 battements par minute. Robin Campillo a mérité le Grand Prix pour faire revivre l’aventure Act Up, « un hommage à ceux qui sont morts, mais aussi à ceux qui ont survécu », a-t-il déclaré en recevant sa récompense. Sans oublier notre coup de cœur, Jeune femme, de Léonor Serraille, distinguée par la Caméra d’or pour son premier film « survitaminé », porté par l’actrice divine Laetitia Dosch.

    ► Voici l'intégralité du palmarès du Festival de Cannes 2017

    Netflix, une question cruciale

    On peut faire le pari que cette 70e édition restera davantage dans les annales du Festival de Cannes pour le débat sur Netflix que pour son palmarès. La discussion engagée nous a fait comprendre que le plus grand souci du cinéma ne sera pas de savoir qui aura la prochaine Palme. Le réflexe viscéral de Thierry Frémaux de modifier les statuts du Festival pour empêcher Netflix de remporter la Palme avec un film réservé aux clients d'une plateforme de vidéo à la demande est compréhensible, il n'empêche qu'il reste profondément anachronique. 

    Le plus grand Festival de cinéma au monde souhaite obliger la création cinématographique de passer par le grand écran. Ainsi, il se privera de plus en plus d’acteurs, dont Netflix qui investit chaque année plusieurs milliards de dollars pour des films regardés par des dizaines de millions de gens dans le monde. Avec Okja de Bong Joon Ho et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach, la plateforme américaine n'a certainement pas offert au Festival de Cannes les pires films de la compétition. Assortis de stars (Tilda Swinton, Ben Stiller, Adam Sandler ou encore Dustin Hoffman), ces films ont tenu leurs promesses. En se privant de cette source, Cannes se privera aussi de rencontres et de confrontations essentielles pour développer l'iconographie du 7e Art de demain.

    Frontières technologiques, frontières géographiques

    Cette restriction prévue pour l’année prochaine s'ajoute à une sélection déjà très restreinte géographiquement. Cette année, la Chine et l'Inde étaient complètement absentes de la liste des 55 films. Parmi les réalisateurs d’Asie, à part de Bong Joon-ho, seuls les plus cannois des cinéastes asiatiques comme le Sud-Coréen Hong Sang-soo et la Japonaise Naomi Kawase sont entrés en sélection officielle.

    L'Afrique avec son mastodonte Nollywood et ses 2 000 films produits annuellement, était également absente de la compétition. Seul le Maghreb, avec La Belle et la Meute de la Tunisienne Kaouther Ben Hania et En attendant les hirondelles de l'Algérien Karim Moussaoui ont pu tirer leur épingle du jeu avec la section parallèle Un certain regard.

    On comprend alors pourquoi un cinéaste débordant de talent et de créativité comme le Franco-Sénégalais Alain Gomis n’a pas hésité de montrer son film Félicité au Festival du cinéma panafricain Fespaco au Burkina Faso au lieu de la Croisette. D'autres comme le réalisateur burkinabè Tahirou Tasséré Ouédraogo considèrent que « Cannes n’est pas mieux que le Fespaco. Cannes est plus européen, même s’ils disent : mondial, mondial, mondial… »

    La réalité virtuelle, le monde comme écran

    Donc, le monde bouge et les lignes du Festival de Cannes bougeront aussi. Et Thierry Frémaux en est naturellement conscient. Pour cela, il a invité le cinéaste oscarisé Alejandro Gonzalez Inarritu à présenter pour la première fois dans l'histoire du Festival un film en réalité virtuelle, avec un dispositif loin de « l'expérience collective sur grand écran » qui a valu à Netflix d'être désormais écarté de la course au trophée. Dans Carne y arena, le spectateur plonge dans une expérience aussi immersive que solitaire, dominée par une technologie qui triomphera peut-être dans quelques années sur cette invention du XIXe siècle nommée salle de cinéma. 
     

    Et puis, il y a la volonté de faire confiance aux autres et l’impossibilité de le faire réellement, comme le démontre si bien la Palme d’or Ruben Östlund avec son film-exposition The Square : « Cette contradiction illustre bien à quel point il est difficile d’agir selon ses principes. »
     

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