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    Europe

    La cinéaste allemande Valeska Grisebach: «Le western est un genre universel»

    media Scène de «Western», un film de la cinéaste allemande Valeska Grisebach. Komplizen Film

    La réalisatrice allemande interroge et réinterprète le genre du western, ainsi qu'un certain esprit allemand, d’une manière très originale et maîtrisée. Présenté en sélection officielle du 70e Festival de Cannes qui s’achève ce dimanche 28 mai avec le palmarès, Valeska Grisebach raconte dans Western l’épopée d’un chantier d’ouvriers allemands près d’un village au fin fond de la Bulgarie. Le pays de l’Est prend alors le rôle du Far West, les Bulgares remplacent les Indiens, les ouvriers allemands la cavalerie et la pelleteuse le chemin de fer. Entretien.

    RFI : Dans votre film Western, un western est entre autres un drapeau allemand planté quelque part dans la campagne bulgare. Est-ce un western crépusculaire avec la Bulgarie comme Far West et des ouvriers allemands essayant de conquérir un petit village bulgare ?

    Valeska Grisebach : [Rires] Ce qui m’a intéressé, c’était comment se confrontent en Europe des visions différentes. C’est filmé du point de vue des Allemands. Ils arrivent sur un lieu qui représente pour eux plusieurs choses à la fois : c’est l’inconnu, c’est excitant, c’est l’aventure qui réveille des sentiments très divers. Il y a l’envie de prendre contact, mais en même temps une méfiance, des préjugés et aussi cette envie de dire : nous voilà ! Et à ce moment, ils lèvent les couleurs. Bien sûr, c’est un moment très ambigu, provocateur et une manière provocatrice d’entrer en contact [avec les autochtones, ndlr].

    Pour vous, la fascination du western est toujours là. Vous reprenez les éléments d’un western classique à la John Wayne – cheval, fusil, alcool, femmes, conquête d’un territoire – pour en faire un western d’aujourd’hui situé à l’Est.

    Le western est un genre universel. Nous tous, même si nous ne venons pas d’Amérique, nous savons beaucoup de choses sur le western. J’ai grandi dans les années 1970 avec les westerns à la télé. Ce dernier temps, je me suis aperçue de ma fascination personnelle pour ce genre, même si c’est un genre très masculin. Quand j’étais petite, regarder un western était toujours quelque chose de doux-amer. En tant que fille, je devais m’identifier avec ces héros masculins. En même temps, je suis restée naturellement toujours un peu exclue. Avec ce film, je voulais prendre le dessus sur cette fascination et ce héros masculin. C’était intéressant de faire une réflexion cinématographique sur ce sujet.

    « Cette rivière, là où elle est actuellement, elle ne devrait pas y être. » Cette phrase du chef du chantier révèle un certain esprit allemand, une certaine rigidité allemande.

    C’est intéressant d’observer comment les rôles sont distribués en Europe. Je ne veux pas exprimer des généralités sur les Allemands ou les Bulgares. En revanche, ces grands projets d’infrastructures amènent bien sûr aussi une position très ambivalente. D’un côté, on vient pour aider, même s’il est toujours question d’argent, mais en même temps on intervient et prend une posture : voilà, nous sommes arrivés avec nos gros engins, la pelleteuse, etc., et maintenant c’est nous qui décidons où les choses ont leur place. Cela crée une situation très fragile et difficilement tenable.

    Au-delà de la pelleteuse, vous creusez le terrain aussi avec la grand-mère bulgare et l’ancien « légionnaire » allemand devenu ouvrier. La guerre est très présente dans votre film : la Seconde Guerre mondiale, mais aussi les guerres actuelles en Irak et en Afghanistan. Est-ce qu’il y a pour vous des parallèles entre faire des affaires à l’étranger et faire la guerre ?

    La question est intéressante. En tout cas, cela exige de prendre une position par rapport à l’autre. Et souvent aussi de se sentir au-dessus de l’autre. Les hommes développent dans cette situation des fantaisies guerrières. Ils ont le sentiment de devoir se défendre. Il y a cette envie soudaine de tirer des balles dans la prairie. Et ce village bulgare est naturellement marqué par l’histoire. Il y a encore des traces de la Seconde Guerre mondiale [où la Bulgarie a servi comme base d’opérations pour l’armée allemande, ndlr]. Dans ces villages, on se raconte encore des histoires des Allemands. Donc, la guerre est de toute façon présente.

    La cinéaste allemande Valeska Grisebach a présenté au Festival de Cannes « Western ». Siegfried Forster / RFI

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