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    Culture

    Photographie: l’ahurissant spectacle d'une génération obsédée par l'argent

    media L'imposant livre de Lauren Greenfield met à nu les comportements troublants autour de l'argent. Lauren Greenfield/INSTITUTE

    L'Américaine Lauren Greenfield, photographe et réalisatrice, traque depuis plus de 25 années la vie quotidienne et les outrances d'une génération obsédée par l'argent. Modes de consommation et comportements autour de la richesse sont devenus un phénomène contagieux tout autour de la planète. Ce sont les dessous comme les dessus très ostentatoires de ce groupe de gens qui sont regroupés dans un énorme livre de photographies. L’occasion de revenir sur le travail singulier de cette photographe américaine.

    « Quand je travaille, je prends des tonnes de photos, plus de 1 500 par jour ! » Lauren Greenfield, photographe et réalisatrice américaine, dévoile depuis 25 années les habitudes des riches de cette planète. Son film documentaire Queen of Versailles a été plébiscité et c’est maintenant un épais livre de photos qui a été publié chez l’éditeur Phaidon retraçant des années de travail qu’elle compare à un « voyage de 25 ans au cœur du surgissement de la culture des célébrités et la façon avec laquelle elle nous a changés. » RFI a rencontré la photographe pour la présentation de son livre mais aussi la réalisatrice du film autour du même sujet sur lequel elle travaille et qui sortira fin 2017.

    « Mes journées de travail, je les passe surtout de façon nonchalante à traîner avec les gens. Je les suis au travail, dans leur dressing, mais aussi en discothèque. Quoi qu’ils fassent je les suis ! Je suis douée pour le contact, je sais faire partie du monde qui m’entoure. Je ne juge pas, je suis encore moins manipulatrice, j’écoute les opinions différentes des gens. »

    « J’ai décidé de revenir à ma culture d’origine, celle de Los Angeles »

    L’univers que Lauren Greenfield étudie est extrêmement singulier, elle s’intéresse aux gens riches, opulents, dans une ostentation qui frise l'obscénité, mais elle peut aussi se retrouver dans un strip-club à Atlanta. Elle privilégie les sujets sulfureux. Une anecdote décrit son choix radical de terrain de travail : « Je prenais déjà des photos quand je suis allée étudier la sociologie à Harvard, mais je ne pensais pas devenir photographe. Pourtant, par le biais de la photographie, je sentais que je captais mieux l’environnement qu’en l’étudiant intellectuellement. Alors, j’ai commencé à voyager, à regarder au travers de la photographie les différentes cultures et j’ai réalisé mes débuts à National Geographic. Pour mon premier reportage, je suis allée dans un village maya, et quand j’étais là-bas, luttant pour comprendre leur fonctionnement, avoir un accès suffisant aux informations, j’ai réalisé que je n’étais pas forcément la bonne personne pour raconter cette histoire et que je n’en avais pas non plus la compréhension profonde. Alors j’ai décidé de revenir à ma culture d’origine, celle de Los Angeles et d’observer cette culture avec le même angle qu’un anthropologue aurait sur une culture exotique. »

    Mais pourquoi Los Angeles ?

    « Los Angeles, c’est Hollywood et c’est aussi un lieu sans passé, sans tradition culturelle, avec comme vecteurs principaux les médias et les marques qui sont devenus globaux, envahissants. Mon histoire débute à Los Angeles, tout comme une grande partie de la culture, devenue mondiale aussi, a commencé à Los Angeles aux débuts des années 1990. Rétrospectivement, je réalise même que toutes ces histoires sont connectées et proviennent d’une narration plus large, elles se sont étendues autour du monde comme un virus contagieux que j’ai suivi jusqu’en Chine, en Russie, à Dubaï, en Islande... »

    Tester son swing en talons aiguilles dans une chambre Versace, what else ? Lauren Greenfield/INSTITUTE

    Elle ajoute : « A la fin de mes études, j’étais dans une école privée qui m’a mise en contact avec la richesse d’Hollywood, de l’industrie du divertissement, mais ce n’était pas juste la richesse, cela avait aussi un côté Bret Easton Ellis (Il est l’auteur principal du mouvement littéraire génération X et a publié des anticipations sociales aux allures de dystopies comme Moins que zéro, American psycho ou Glamorama, ndlr). J’étais témoin de cette tendance qu’ont les " teenagers " à rechercher le plus gros, le plus flashy et le plus cher ! » Lauren Greenfield a donc constaté en photos de quelle façon la génération X est passée à la génération W pour wealth, la richesse.

    L'amour débordant du selfie, comme des alcools forts. Tester son swing en talons aiguilles dans une chambre Versace, w

    « Une maison de millionnaire avec des nounous mexicaines, pas loin de Disney World »

    C’est à quelques heures d’avion en Floride que la carrière Lauren Greenfield a pourtant connu un véritable point d’orgue. Le film documentaire Queen of Versailles est l’histoire d’une famille, celle de David Siegel qui a fait fortune dans le time-sharing. Il souhaite construire la plus grande maison des États-Unis, leur Versailles à eux, mais il se retrouve ruiné par la crise des subprimes. Cette plongée dans les méandres du quotidien d’une famille américaine vraiment folle a révélé le talent d’observatrice et de narratrice de Lauren Greenfield : « C’est lors d’un shooting pour Donatella Versace, pour le magazine Elle, que j’ai appris que la famille Siegel voulait construire la plus grande maison en Floride. Comme le rêve américain m’intéresse et que la maison représente le rêve ultime, on a commencé à filmer leur aventure. C’était passionnant ! On y trouvait le microcosme de l’Amérique : une maison de millionnaire avec des nounous mexicaines transportant elles aussi leurs morceaux du rêve américain dans un lieu qui se voulait une inspiration de Versailles à Orlando en Floride, pas loin de Disney World... »

    Les amies de Jackie Siegel, la queen de Versailles. Lauren Greenfield/INSTITUTE

    Vous ne les dérangiez pas durant le tournage ?

    « On était une équipe de cinq mais franchement dans cette maison, on était souvent perdu ! On ne prenait pas de place. Et puis il y a eu cette crise financière qui a déstabilisé l’entreprise de David Siegel et en quelques jours, ils ont dû remettre leur maison sur le marché. L’histoire de mon film s’est transformée en une étude de cas grandeur nature des effets de la crise des subprimes. Mais c’est aussi une allégorie sur les super riches aux États-Unis : leur avidité, ce côté " j’en veux plus " quand on en a déjà plus qu’assez. »

    Le sapin de Noël de la famille Siegel à Orlando en Floride. Lauren Greenfield/INSTITUTE

    Et un constat troublant sur les États-Unis mais aussi les riches en général ?

    « Je n’ai réalisé que très récemment que mon travail tournait autour des mécanismes de l’addiction. Car enfin, pourquoi toujours vouloir de plus grandes maisons ?! La richesse dans ce travail n’est pas juste drôle, elle est difficile à définir. C’est de l’argent mais aussi tout ce que vous prétendez avoir. Un de mes personnages dans le livre dit : " Fake it till you make it. ", " fais semblant en attendant d’y parvenir. " »

    Le travail de Lauren Greenfield ressemble à l'accident d'une société éblouie par les phares d’une voiture de luxe. Ses personnages ressemblent à des lapins au bord de la route qui se jettent sous les roues des véhicules rutilants, fascinés par la lumière. Des lapins cabossés, amochés qui s'amusent sur la planète entière maintenant et qui sont devenus un peu chacun de nous. Des Etats-Unis à la Russie, du white trash (beauf américain) au gang de rue, de la télé-réalité au club de striptease… Tous sont intoxiqués à l'adrénaline du « je » ; aux enthousiasmes vains autour des « j'aime » en dessous des statuts Facebook ou des clichés Instagram. Il est impossible de lire ce livre sans penser à notre propre rôle dans cette histoire.

    Plus belle la vie ? Comme un accident de voiture... Lauren Greenfield/INSTITUTE

    « Les Américains ne détesteront jamais les riches »

    « Les recherches montrent que lorsqu'on voit des images de richesse, on imagine que les gens ont beaucoup plus qu’ils n’ont réellement. Et en même temps, nos désirs sont stimulés par ces images clinquantes. Avec les médias sociaux, on voit de plus en plus d’images de richesse, de pseudo bonheur, cette disproportion est effarante ! On ne se compare plus à des gens qu’on connait (comme nos voisins) mais à des gens qu’on voit à la télé ou sur les réseaux sociaux. Keeping with the Johns devient Keeping up with the Kardashians. » En d’autres termes, quand autrefois on se comparait avec les Groseille ou les Le Quesnoy du coin de la rue, aujourd’hui on se compare avec la famille Kardashian. Et Lauren Greenfield de ponctuer avec ironie : « Les Américains ne détesteront jamais les riches parce qu’ils croient qu’un jour ils le deviendront. On est tous des aspirants millionnaires, des aspirants Donald Trump. »

    Je suis ce que je possède ? Lauren Greenfield/INSTITUTE

    Lauren Greenfield a le sourire très américain de ceux qui semblent avoir tout vu. Le sémiologue Jean Baudrillard lors de son séjour aux États-Unis dans les années 1980 était revenu sidéré après avoir observé cette hyper consommation, l’étalage de l’opulence, le « je » omniprésent, le désert sidérant, la télévision et l’univers de l’image qui allaient devenir notre quotidien. Il avait compris cette interpénétration de la sphère de l'intime avec celle publique qui rend au final le spectacle évidemment obscène et vide de sens. Il s’est, pour ainsi dire à l’époque, retrouvé dans la peau du replicant de Blade Runner à « voir des choses que nous ne pouvions pas encore croire ». Maintenant, c’est Lauren Greenfield qui, par son travail de photographe mais aussi de réalisatrice, nous confronte à une réalité qui n’est désormais plus de la science fiction.

    Le livre de Lauren Greenfield est édité par Phaidon. @Phaidon

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