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    La faim déboule dans la rue

    media Nkosinathi Sithole DR

    Le prix littéraire du Sunday Times est le mieux doté d’Afrique du Sud (100 000 R, soit 6 800 € par les temps qui courent). Il est décerné par un jury tournant. L’édition 2016 était présidée par le poète Rustum Kozain. C’est un jeune auteur inconnu, Nkosinathi Sithole, qui a été couronné dans la catégorie « roman ».

    « Il apporte quelque chose de complètement nouveau à la littérature sud-africaine », a commenté Kozain. « Son écriture est exceptionnelle dans sa manière de tordre l’anglais pour servir sa cause. Un beau roman, déstabilisant, hautement original, avec un humour inattendu. »

    On en a l’eau à la bouche, en dépit de son titre curieux, La faim mange l’homme*. Il renvoie au nom du village zoulou où se déroule l’action.

    Le personnage central s’appelle Priest, car il est… pasteur. Mais c’est un homme pauvre, peu influent, velléitaire. Son épouse, qui a en assez de tirer le diable par la queue, le presse d’aller travailler dans l’exploitation agricole d’un Blanc. Le livre commence donc comme un roman social. Au milieu d’une foule de chômeurs, Priest attend le camion qui l’emmène planter des arbres, pour un salaire quotidien misérable. La grogne dans les rangs ne vise pas que le patron, Priest et son ton moralisateur ne sont pas bien perçus.

    Le récit oblique alors vers la comédie de mœurs. Le fils de Priest écrit. Il voit venir des torrents de sang. Le directeur de l’école, Bongani Hadebe, méprise la prose du jeune homme, la jette par terre. L’enseignant est obsédé par le refus de son épouse de lui faire un héritier, une étape capitale dans la société zouloue.

    La dame est une personnalité piquante, mais elle souffre d’un traumatisme ancien : on apprend que son père a souvent abusé d’elle dans son enfance. Le notable s’en va consulter un guérisseur traditionnel, dans sa voiture de fonction, bien sûr. Le charlatan s’empresse de le rouler dans la farine en lui conseillant des médicaments farfelus, soi-disant capables de passer outre les réticences de sa moitié.

    Cette dernière milite dans une association de dames du village. Le groupe s’émeut des agressions sexuelles qui se multiplient dans la région, en toute impunité. Elles décident de faire la chasse aux violeurs de petites filles et finissent par en émasculer un.

    Ce roman laisse perplexe, tant il joue sur des registres différents. Il s’achève sur un morceau de bravoure : la descente pacifique du village affamé dans le bourg voisin, nommé Canaan. En tête du cortège marchent les handicapés, les enfants à demi-nus, les mères allaitant leur bébé. La tension s’exacerbe. « A quoi sert d’avoir une armée si elle ne nous protège pas  ? », hurle Hadebe en conclusion.

    Rébellion au sein des couples, manque de concertation locale, conflits non résolus en zone rurale, tous ces ingrédients se mélangent dans une fable gentiment biscornue. Pour conjurer le sort ?

    *Nkosinathi SITHOLE, Hunger Eats a Man, Penguin Books, 2015

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