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    Afrique

    Et voilà Finuala

    media Finuala Dowling Simone Scholtz

    La première fois que j’ai écouté Finuala Dowling, c’était dans une maison-musée extraordinaire du Cap. A Wrensch House, les murs sont couverts de tableaux, souvent insolents, tels ceux de Brett Murray se moquant de Louis XIV ou d’un certain chef d’Etat américain : la pipe de Magritte avec une légende en français, Ceci n’est pas un président. Dans le salon, des dizaines de dessins de Breyten Breytenbach (datant des années de plomb) et d’Anton Kannemeyer, l’animateur grinçant du magazine Bittercomix. Le feu de bois dans la cheminée était bienvenu cet hiver-là.

    Les poèmes de la dame ne déparaient pas du lieu : des vers piquants, graves dans leurs thèmes, légers dans le ton, élégants dans la forme. Un exemple :

    BEURRE

    Tu sais ce qui arrive avec le beurre parfois ?

    après une période sans, librement choisie, tu en as envie,

    il est là, caché doux et pâle dans sa fermeté,

    il te relance tranquillement de son pot de terre frais.

    Jusqu’à ce qu’enfin tu cèdes, tu te fais une tranche

    de pain grillé :

    tu n’en as pas vraiment envie

    des miettes cramées ça ne te dit rien

    mais beurrée pour beurrée, c’est le beurre que tu veux.

    Bon, avec toi c’était comme ça.

    Je te le dis de façon aussi tranchée que possible

    il y a peut-être des enfants présents :

    tu étais n’importe quelle tranche de pain grillé.

    Je ne peux pas être plus explicite :

    je ne peux pas l’étaler plus finement.

    Tu pensais peut-être être le beurre

    mais non : tu étais une tranche de pain grillé.

    Le seconde fois que j’ai entendu Finuala Dowling, l’amphithéâtre était bondé. Alerte quinquagénaire, elle parlait de sa mère, une actrice descendue lentement dans la sénilité. Peut-on tout dire en poésie, comme elle l’a fait dans ses Notes du quartier des déments ? « Si c’est écrit avec amour, ce n’est pas grave de décrire la décrépitude d’un être cher. Ma mère m’aurait approuvé. »

    BRÈVE AVENTURE DANS LA SALLE DES MALADES ATTEINTS DE DÉMENCE SÉNILE

    Ma mère a un flirt éclair avec M. Otto,

    l’un des rares mâles du Centre de soin.

    Il a l’allure d’un chef d’orchestre slave,

    chevelure argentée rejetée de chaque côté du visage,

    ce qui compense le scratch visible de la couche-culotte.

    « Comme c’est bizarre », dit ma mère parlant de M.Otto,

    « de rencontrer l’amour de sa vie dans une cuisine ».

    Et se retournant vers lui, à portée de voix des infirmières :

    « On va chez toi ou chez moi ? »

    Puis, illico, elle l’oublie

    et M. Otto reprend son errance dans les couloirs,

    demandant si quelqu’un a vu sa femme ;

    cela ne ressemble pas à Mme Otto de rentrer si tard.

    (traductions de Katia Wallisky et Denis Hirson)

    C’est en quittant le pays, à la librairie de l’aéroport, que j’ai appris que Finuala était aussi romancière.

    The Fetch est une tragicomédie qui se déroule dans une bourgade de la péninsule du Cap, autour d’une maison sur le front de mer. Le titre est un terme climatique mesurant le vent sur une surface d’eau : de fait, dans la région, les habitations tremblent sur leurs fondations quand mugit le vent du sud-est.

    Dans la belle demeure vit Chas, journaliste excentrique aux prises avec le fantôme de sa mère. Dans un immeuble voisin habitent Fundiswa, femme déterminée dont l’amant est évêque, et Nina, bibliothécaire timide. Dans sa cahute, William l’écologiste rêve d’amour.

    Chas a épousé la fantasque Dolly. Elle est partie, mais elle revient quelques années plus tard et lui laisse leur fils, le petit Oro. Chas a d’autres soucis en tête. Un ami de passage lui a transmis une grave maladie. De fil en aiguille, William se charge de l’enfant qui démontre une grande aptitude à capturer les serpents - qu’il relâche, d’ailleurs.

    Les personnages évoluent avec humour, avec faiblesse, avec solidarité. Rapides sont les changements de saisons, vifs les dialogues. Il faudra quelques années et plusieurs entrelacs pour que la timide et le rêveur se trouvent.

    Il est des livres qu’on se sent obligé de lire pour se tenir au courant, ou par curiosité intellectuelle, ou pour combler ses lacunes scolaires. Des épopées lointaines, des récits tendus qui minent le sommeil. Il existe aussi des romans affectueux. Ceux dont, le soir, on reprend le fil avec une pointe de tendresse. En voilà un !

    Finuala DOWLING, The Fetch, Kwela Books, 2015

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