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    France

    Avignon: l’Ircam souffle «Le sec et l’humide» chez Guy Cassiers

    media «Le sec et l’humide», de Jonathan Littell, mise en scène par Guy Cassiers, réalisation informatique musicale Ircam par Grégory Beller, du 9 au 12 juillet au Festival d’Avignon. Christophe Raynaud De Lage

    Comment débusquer le monstre qui habite en nous ? Le metteur en scène belge Guy Cassiers se fait assister par la technologie pour explorer d’une nouvelle manière les racines du fascisme. Au Festival d’Avignon, il présente Le sec et l’humide, d’après le texte diabolique de Jonathan Littel sur la personne et le langage du Waffen-SS Léon Degrelle. Une technologie de voix développée par l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) va secouer le public. Entretien avec Grégory Beller, artiste, chercheur et directeur du département Interfaces recherches et création de l’Ircam.

    RFI : Le sec et l’humide, est-ce une pièce à trois bandes : Jonathan Littell pour le texte, Guy Cassiers pour la mise en scène et l’Ircam pour la technologie ?

    Grégory Beller : En effet, la technologie a une place importante dans Le sec et l’humide. Au début, c’était une expérience produite par l’Ircam. L’Ircam avait invité Guy Cassiers à venir tester et bousculer les technologies que l’Ircam développait pour le spectacle vivant. Finalement, dans la production finale, cette technologie-là a une place assez importante. Je ne dirais peut-être pas autant que la mise en scène et le texte, mais, en tout cas, étant un des éléments de la mise en son qui est fondamental dans l’approche de Guy Cassiers.

    Pour vous, la technologie est un acteur dans le théâtre et même un acteur principal de la pièce ?

    Cela dépend, si on parle de technologie au sens large : la technologie a toujours eu une place très importante dans le spectacle vivant, a toujours été mise en scène : des amphithéâtres grecs aux machines à effets sonores du XVIIIe siècle ou encore aujourd’hui. On le voit bien dans le spectacle peut-être un peu moins vivant d’Internet où l’on voit sans arrêt de nouvelles technologies apparaître en étant des éléments de divertissement. Effectivement, la relation entre la technologie et le spectacle vivant existe depuis toujours.

    Et à l’Ircam ?

    A l’Ircam, on a cette expérience en musique de l’utilisation des technologies sonores, notamment en jeu. On a réussi à rendre en temps réel les effets qu’on développe. Et on arrive à suivre les partitions dans le cas de la musique ou de la voix dans le cas du théâtre. On a cette expérience de l’« augmentation » du sonore qui a lieu en live. Cela on l’a transposé de la musique au spectacle vivant, au théâtre, par exemple, où l’on va travailler surtout sur la voix des comédiens. On arrive vraiment à des augmentations sonores du réel. Ce qui intéresse énormément les metteurs en scène, parce que la technologie devient presque un élément dramaturgique – comme cela serait un masque, un déguisement ou un corps ou un autre élément du théâtre.

    A l’Ircam, vous avez développé la technologie expérimentale « voice follower » que vous utilisez dans la pièce de Guy Cassiers. De quoi s’agit-il ?

    Le « voice follower » est l’idée qu’on puisse suivre un comédien de manière automatique par l’ordinateur. On va enregistrer une répétition et puis, sur cet enregistrement, on va prévoir plein d’événements. Par exemple, à ce moment-là on veut que la voix soit transformée d’un homme en une femme. On va changer le genre de la voix. A un autre moment, on souhaite que la voix soit démultipliée ou mise dans un espace différent. Ou alors, on veut simplement déclencher une musique sur tel mot. Et puis l’arrêter un peu plus loin sur tel phonème.

    Une fois que cette voix va se répéter, la machine va comparer sans arrêt ce qu’il avait enregistré pendant la répétition à la performance en live et va déclencher toutes les choses qui ont été prévues et composées sur la voix enregistrée. Cela permet d’arriver à des synchronisations très fortes entre des matériaux électroniques ou sonores ou des événements prévus à l’avance, et le jeu du comédien. Tout en lui laissant une grande flexibilité dans le rythme, dans la façon de parler, même dans les mots d’une certaine manière, parce qu’on ne suit pas le texte, mais le son de la voix.

    En quelque sorte, cette technologie n’est pas l’homme-orchestre, mais la voix-orchestre ?

    Tout à fait. D’ailleurs, on peut aller bien plus loin que simplement des traitements sonores sur cette voix. On peut très bien imaginer d’ouvrir les rideaux ou les fermer, lancer la machine à fumer ou changer la lumière, selon la voix du comédien, là où il est dans son texte et son jeu.

    Dans la pièce Le sec et l’humide de Guy Cassiers, vous prévoyez aussi « un dédoublement et une fusion des voix au service d’un mécanisme psychologique irréversible ». Comment peut-on lutter contre ce mécanisme ?

    Dans le spectacle de Guy Cassiers, il s’agit d’une personne qui va progressivement, malgré elle, changer d’identité. C’est un historien qui – à force de parler de son sujet qui est Léon Degrelle – va progressivement se transformer lui-même en Léon Degrelle. C’est là où Guy Cassiers joue sur la notion du sec et de l’humide, à savoir que, finalement, que ce soit la figure du dictateur ou la figure de l’historien qui en parle, on n’est pas dans un monde manichéen. Le blanc et le noir sont évidemment mêlés. Donc, là, la technologie sonore réalise véritablement cette transposition. Au départ, on est parti dans l’idée de convertir la voix d’une personne – qui était l’historien, qu’on va appeler la voix A – en la voix du Waffen-SS Léon Degrelle, la voix B. Guy Cassiers voulait le faire progressivement durant le spectacle.

    On le fait avec différentes techniques, à travers cette lecture qui est un solo. Et il y a un moment donné où l’on a véritablement une citation – alors l’historien cite Léon Degrelle – et là on a vraiment une hybridation, un hybride entre la voix en live de l’historien et une voix enregistrée de Léon Degrelle. Cela permet, tout d’un coup, de plonger l’auditeur dans un trouble perceptif où il va entendre à la fois l’historien en live, mais en même temps, comme un spectre derrière, la présence de Léon Degrelle et l’objet de l’historien.

    Dans la pièce, Guy Cassiers réinterroge la figure du « monstre » du nazisme. Avec votre technologie vous faites revivre ce « monstre ». Comment vous positionnez-vous par rapport au fait que le nazisme lui-même a beaucoup utilisé la technologie pour produire ses monstres ?

    C’est une question piège [rires]. Les aspects politiques de l’utilisation des outils qu’on développe sont tout à fait relatifs aux projets et à la façon dont les metteurs en scène les utilisent. De toute manière, ce qui nous intéresse avec la technologie, c’est de fabriquer des « monstres ». Ensuite, que ces monstres soient gentils ou méchants ou qu’ils puissent être associés notamment à la figure du nazisme, parce que dans le spectacle il est question de nazisme, c’est une question qui nous est totalement secondaire.

    Mais on fait beaucoup d’autres types de monstres. Par exemple, on a fait des voix de lions ou des voix entre les genres, entre l’homme et la femme, entre l’adolescent et la femme, pour le cinéaste Éric Rohmer, par exemple. Ou l’on crée des voix de personnalités disparues comme Marilyn Monroe ou – un autre monstre – le maréchal Pétain. Toutes ces opérations-là sont pour nous des défis sonores. Ensuite, la façon dont ils sont exploités, là cela appartient plus à l’artiste à répondre à cette question.

    Pour Guy Cassiers, c’était quand même un travail assez particulier et assez nouveau puisqu’il s’agissait de convertir la voix en temps réel, mais dans une voix spécifique. Parce que changer certaines caractéristiques de la voix en temps réel, c’est assez simple, par contre changer la voix A en la voix B véritablement en quelqu’un d’autre en temps réel, c’est beaucoup plus difficile.

    (Propos recueillis par notre envoyé spécial à Avignon)

    Le sec et l’humide, de Jonathan Littell, mise en scène par Guy Cassiers, réalisation informatique musicale Ircam par Grégory Beller, du 9 au 12 juillet au Festival d’Avignon.

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