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    Europe

    Regard nouveau sur une guerre oubliée: «France-Allemagne(s) 1870/71»

    media Le musée de l’Armée, aux Invalides, à Paris, accueille l’exposition « France – Allemagne(s) 1870-1871, la guerre, la Commune, les mémoires ». Siegfried Forster / RFI

    C’est à la fois une guerre oubliée et un moment fondateur pour les relations entre la France et l’Allemagne. Le musée de l’Armée, aux Invalides, à Paris, propose un nouveau regard sur la guerre de 1870-1871. Ce conflit avait provoqué des centaines de milliers de morts et laissé jusqu’à aujourd’hui des traces dans les villes et les subconscients français et allemands. L’exposition « France – Allemagne(s) 1870-1871, la guerre, la Commune, les mémoires » réunit 320 œuvres, objets et documents de collections françaises et allemandes reflétant les points de vue des deux côtés du Rhin.

    Quelle guerre a permis à l’Allemagne de parachever son unification et à la France d’installer véritablement la République et la démocratie ? C’est le même conflit qui a traumatisé toute une génération en France et libéré l’idéologie militariste en Allemagne, avec la proclamation de l’Empire allemand, le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces au château de Versailles et le défilé des troupes allemandes sur les Champs-Élysées en mars 1871.

    Les déclarations de guerre de Napoléon III et Guillaume Ier

    Aujourd’hui, comment d'anciens ennemis peuvent-ils raconter ensemble l’histoire de cette guerre ? « Dans l’exposition, on a essayé à chaque fois d’alterner les deux points de vue allemands et français, avance Mathilde Benoistel, une des trois commissaires de cette exposition conçue grâce au travail collégial d’une vingtaine de spécialistes français et allemands. Par exemple, pour illustrer la déclaration de guerre, on a les deux appels de Napoléon III et de Guillaume Ier à leurs peuples où ils expliquent pourquoi ils vont au combat. Napoléon III fait référence aux idéaux civilisateurs de la Révolution française. Guillaume Ier reprend dans les termes l’appel au peuple allemand qui a été fait pendant les guerres de libération contre l’empire napoléonien en 1813-15. »

    La guerre de 1870/71 provoqua 139 000 morts côté français et 65 000 morts côté allemand. Jusqu’à aujourd’hui, aussi bien dans des villes françaises et allemandes, des noms de rue portent le souvenir de ce que Victor Hugo qualifia d’« année terrible » et des monuments - comme la Siegessäule à Berlin ou le quartier La Défense à Paris - rappellent jusqu’à nos jours ce conflit meurtrier. Mais où en est l’enseignement scolaire en France et en Allemagne ?

    Anton Von Wrener : « Le comte Moltke dans son cabinet de travail à Versailles » (détail) [Graf Moltke in seinem Arbeitszimmer in Versailles], 1872. Hambourg, Hamburger Kunsthalle, legs Beer Carl Heine, 1882. BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Elke Walford

    « Une ligne dans les manuels scolaires »

    « Je pense que cette guerre est enseignée de la même manière en France et en Allemagne, c’est-à-dire qu’elle n’est pas enseignée, répond sous forme de boutade Christophe Pommier, l’un des trois commissaires de France-Allemagne(s) : la guerre de 1870/71, la Commune, les mémoires au musée de l’Armée. En France, il doit y avoir une ligne dans les manuels scolaires pour parler ensuite de la Commune de Paris sur une demi-page. En Allemagne, on voit aussi que cette guerre n’est pas étudiée à l’école. »

    Et pourtant, malgré l’absence de cette guerre dans les manuels scolaires, beaucoup de visiteurs de l’exposition vont retrouver dans l’iconographie générée par la guerre de 1870/71, les stéréotypes perpétués jusqu’à aujourd’hui. « Ce conflit a très largement disparu de la mémoire collective, explique la commissaire Sylvie Le Ray-Burimi. C’est une raison pour laquelle nous avons souhaité organiser cette exposition. Nous voulons comprendre la constitution des stéréotypes et montrer en quoi ils ne remontent pas forcément à la guerre de 1914-18, mais bien en déca. Pour le jeune Français, l’Allemand à casque à pointe et le uhlan continuent à symboliser une partie de ce militarisme qu’on attribue aux Prussiens. Du côté allemand, l’image du franc-tireur, du Français indiscipliné, mais rebelle, ce stéréotype naît, en partie, de ce conflit. »

    Édouard Detaille : « Fantassins dans un chemin creux, fragment du panorama de la Bataille de Champigny » (1882-1883). Paris, musée de l’Armée, legs Detaille, 1920. Paris, musée de l’Armée, Dist. RMN-GP / Emilie Cambier

    « Les jeunes Français nourris au lait de l’esprit de revanche »

    La pensée martiale de Bismarck apparait dès le début de l’exposition et nous renseigne quelque part aussi sur les origines de l’idéologie militariste exploitées plus tard par les nazis : « Ce n’est pas par les discours et les votes à la majorité que les grandes questions de notre temps seront décidées [...], mais par le fer et le sang. » Le côté français prépare très tôt le terrain pour la politique d’une revanche à prendre avec la proclamation du Conseil des ministres français annonçant la capitulation de Sedan, le 3 septembre 1870 : « Français, Un grand malheur frappe la Patrie. Après trois jours de luttes héroïques […] le général Wimpfen […] a signé une capitulation. Ce cruel revers n’ébranle pas notre courage. »

    Après la défaite, « les jeunes Français d’après-1870, donc les futurs combattants de la guerre de 1914, ont été véritablement nourris au lait de l’esprit de revanche, commente Sylvie Le Ray-Burimi. Beaucoup de livres d’enfants et de livres scolaires de la période exaltaient cette "glorieuse" défaite française. Il y régnait surtout l’impératif moral à venger ces combattants malheureux et à retrouver les provinces perdues de l’Alsace-Lorraine. »

    « L’Alsace. Elle attend »

    Le peintre alsacien Jean-Jacques Henner créa alors son allégorie L’Alsace. Elle attend (1871), une jeune Alsacienne en deuil représentant l’abandon impardonnable de l’Alsace au nouvel Empire allemand. Cette époque de la guerre de 1870/71, nommée par Victor Hugo « L’Année terrible », a été représentée sur beaucoup de supports et par de nombreux artistes dont certains étaient missionnés ou mobilisés par l’État-major, comme Meissonier ou Manet, d’autres jouaient un rôle de témoins engagés à l’image de Carpeaux, Corot ou Menzel. Dans L’Énigme, Gustave Doré, né alsacien, symbolise en 1871 la guerre franco-prussienne par un paysage de cadavres avec une ville en flammes à l’arrière-plan et un sphinx comme la figure vengeresse.

    Gustave Doré : « L’Énigme », 1871. Paris, musée d’Orsay, achat par les Musées nationaux, affecté au musée d’Orsay, 1982. RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Jean Schormans

    « En France, on a beaucoup insisté sur le fait que c’était une "glorieuse défaite", remarque la commissaire Mathilde Benoistel. Et les artistes ont souvent sublimé ce désastre en une défaite honorable. On se disait : certes, on a perdu, mais on s’est bien battus, on a fait preuve de courage, de valeurs militaires. Du côté allemand, les représentations sont peut-être un peu plus classiques. Dans l’exposition, on a notamment un tableau de Wilhelm Trübner : L’Empereur Guillaume Ier sur le champ de bataille, escorté des Walkyries (1897). »

    Le siège de Strasbourg

    Après les bains de sang de la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale avec son horreur du génocide, la guerre de 1870/71 apparait pour certains presque comme une « petite » guerre ancienne avec des charges de cuirassiers et des uniformes rutilants. Mais, c’est oublier les 480 000 Français faits prisonniers par les troupes allemandes et les bombardements violents sur Paris, Strasbourg ou Belfort qui ont laissé des traces profondes : « Quand on va à Strasbourg, la mémoire du siège est encore très présente, rappelle Mathilde Benoistel. Sur la place devant le parvis de la cathédrale, sur une des façades d’un hôtel en face, il y a encore un obus qui date du bombardement. Et on parle encore du siège de Strasbourg. C’est resté comme un traumatisme dans la ville. »

    Une vitrine de l’exposition présente de petits objets de métaux fondus qui ont été ramassés par les familles dans les champs de ruines, après un siège de 46 jours et un tiers de la ville détruit. « Ces objets ont été gardés dans les familles pendant des décennies. C’est resté imprégné dans les mémoires. »

    Strasbourg, Faubourg-de-Pierre après les bombardements, 1870. Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Musée de Strasbourg / M.Bertola

    Une histoire oubliée

    Aujourd’hui, ces mémoires risquent de tomber aux oubliettes, comme les histoires des pigeons voyageurs et des ballons montés pour franchir les lignes de l’ennemi ou les Parisiens obligés de manger les animaux du Jardin des Plantes. Dans l’exposition, les cornes du dernier bœuf tué pour l’alimentation à Paris sont fièrement accrochées aux cimaises. Et qui connait encore l’origine de La Défense, du plus grand quartier d’affaires en Europe ? « Le nom provient du groupe sculpté par Barrias, La Défense de Paris, installé sur l’ancien rond-point de Courbevoie, d’où sont parties les troupes françaises le 19 janvier 1871 pour la seconde bataille de Buzenval, explique Mathilde Benoistel. La statue se trouve encore dans le quartier. Elle a été restaurée, il n’y a pas si longtemps. Donc elle est à nouveau visible, mais elle est complètement encerclée des tours et cette statue aussi est oubliée aujourd’hui. »

    La suite, on la connait. Il fallait encore deux Guerres mondiales pour arriver à une Union européenne où les anciens adversaires deviennent des partenaires dotés d’une volonté de construire leur avenir ensemble. D’autant plus important de ne pas ignorer cette page essentielle de l’histoire franco-allemande et européenne.

    France-Allemagne(s) 1870-1871, la guerre, la Commune, les mémoires. Exposition au musée de l’Armée, aux Invalides, à Paris, jusqu’au 30 juillet.

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