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    France

    La Maison Caillebotte, nouveau haut lieu de l’impressionnisme

    media La maison Caillebotte, l’ancienne demeure du célèbre impressionniste Gustave Caillebotte à Yerres, au sud de Paris. Siegfried Forster / RFI

    Ne réduisons pas le célèbre peintre Gustave Caillebotte à sa maison à Yerres, près de Paris. Néanmoins, magnifiquement restaurée depuis juin dernier, cette demeure splendide constitue après vingt ans de travaux un lieu incontournable sur le parcours de l’impressionnisme. Et elle s’apprête aussi à rehausser encore plus la réputation de cet artiste longtemps peu considéré, car trop souvent cantonné à son mécénat en faveur de ses amis Manet, Renoir et Cézanne. Reportage.

    Première impression après vingt-cinq minutes de train depuis Paris et dix minutes à pied ? Ce qu’on découvre après avoir franchi un petit portail ne ressemble en rien à la résidence d’un artiste, mais plutôt à la propriété d’un seigneur. En effet, Gustave Caillebotte n’a jamais eu à se faire des soucis financiers. Son père fit fortune en vendant de draps aux armées de Napoléon III et a laissé après sa mort à sa femme et ses quatre enfants deux millions de francs en héritage.

    L’art de vivre à l’époque de Caillebotte

    En 1860, l’aîné Gustave a douze ans, le père achète pour sa famille à Yerres cette luxueuse villa néo-palladienne dotée d’un grand parc de 11 hectares. D’où aujourd’hui le double intérêt de la Maison Caillebotte : elle nous fait plonger dans l’univers du peintre et en même temps, elle s’avère être un bijou et un témoin extraordinaire de la richesse sous la Restauration. Notamment la salle à manger – avec sa table pour une douzaine de convives et sa vaisselle en faïence fine de Creil-Montereau – et la chambre à coucher se montrent d’un raffinement digne d’un roi. L’inspecteur des collections du Mobilier national, en charge de l’ameublement de la propriété Caillebotte, est visiblement très fier de cette restitution aussi unique que spectaculaire de l’art de vivre sous la Restauration.

    « Ce qui est unique, ici, vous avez un ensemble d’origine, c’est-à-dire six meubles en acajou avec un décor de bronze doré absolument magnifique, s’enthousiasme Jean-Jacques Gautier devant le lit fastueux des Caillebotte. Généralement, on a des meubles de style Empire dans les palais nationaux, des meubles qui ont appartenu à l’empereur et à l’impératrice. Ici, on a un décor privé dans une demeure qui est à la campagne. »

    La luxurieuse chambre à coucher de Gustave Caillebotte dans sa propriété à Yerres. Siegfried Forster / RFI

    Quand sa peinture devient claire et lumineuse

    Aujourd’hui, naturellement, cette belle maison de maître nous permet surtout de respirer l’ambiance qui avait tellement inspiré l’artiste. C’est ici que Gustave Caillebotte s’est initié à la peinture avant d’être admis à l’École des beaux-arts. Et c’est un lieu déterminant pour l’évolution du peintre vers l’impressionnisme, souligne Pierre-Nicolas Sainte Fare Garnot, le conseiller scientifique et culturel pour la rénovation de la Maison Caillebotte : « Lorsqu’il va commencer à peindre à Yerres, il va éclaircir sa palette et transformer sa peinture obscure en peinture très claire et très lumineuse. Yerres est donc déterminant pour l’évolution de sa peinture. De cette façon-là, il va rejoindre ses amis impressionnistes. »

    Dans l’atelier situé sous les combles, Caillebotte a préparé et terminé presque 90 de ses compositions. Dans la maison, le parc ou la nature autour, il a trouvé de très nombreux motifs pour ses œuvres. Une visite de la Maison Caillebotte permet aujourd’hui d’aller à la chasse de tous les points de vue peints par l’artiste ici, par exemple le célèbre potager avec ses cloches en verre immortalisé par le peintre, remarque Dominique Renonciat, conseillère municipale à Yerres, déléguée à la culture :

    « On retrouve vraiment l’esprit de ses tableaux et la manière dont Gustave Caillebotte peignait. Ces cloches dans le potager occupaient une place très importante dans son œuvre. Plusieurs tableaux représentent Caillebotte en train de jardiner et d’utiliser ces cloches pour protéger notamment ses salades qui étaient dans le potager. »

    Des « Raboteurs de parquet » aux impressionnistes

    L’ironie de l’histoire. Ce richissime héritier devint d’abord célèbre pour un tableau sur la corvée de raboter le parquet. De surcroit, ses Raboteurs de parquet ont été refusés au Salon de 1875. Le jury académique trouvait le sujet de la toile trop banal et trop quotidien pour être considéré comme de l’art. C’est là le point de bascule. Gustave Caillebotte décide alors d’exposer dorénavant à côté des impressionnistes, sans véritablement adhérer aux exigences de l’impressionnisme :

    « Le voilà avec ses amis impressionnistes Monet, Renoir, Pissaro et les autres… Que font-ils ? Ils vont sur le motif. Ils planquent leur chevalet à la campagne, aux bords des rivières et ils attendent la bonne lumière pour exécuter rapidement leur tableau. Ce n’est pas du tout comme ça que Caillebotte travaille. Il va sur le motif. Il fait une pochade, un petit tableau, ensuite, il rentre à l’atelier, c’est à dire là où nous sommes maintenant, et là, il fait comme tous les peintres depuis toujours, il recompose son sujet. »

    L'atelier du peintre Gustave Caillebotte à Yerres transformé en salle d'exposition. Au fond, la fameuse toile « Portraits à la campagne » (1876), confiée pour l’ouverture de la Maison Caillebotte par le musée de Bayeux. Siegfried Forster / RFI

    L’atelier d’artiste sous les combles

    Ce petit atelier, au deuxième étage, reste le cœur de la Maison Caillebotte. C’est là aussi où le commissaire expose aujourd’hui une sélection prestigieuse de tableaux peints à Yerres, comme la fameuse toile Portraits à la campagne, à la césure entre la peinture « sombre » et la peinture « claire » de Caillebotte, explique Pierre Nicolas Sainte Fare Garnot : « Regardez ce premier plan sombre, des veuves presque habillées en noir. À l’inverse, au fond de la composition, vous voyez des éclats de lumière extrêmement vifs. Cela installe la composition dans une atmosphère lumineuse, celle de l’extérieur avec le parterre fleuri qui explose de couleurs. Ça, c’est la nouvelle peinture de Gustave Caillebotte. »

    Après la mort de Caillebotte, en 1894, à l’âge de 45 ans, suite à une attaque cérébrale, la pensée de Pissarro résume le rôle de Caillebotte joué auprès des impressionnistes : « Nous venons de perdre un ami sincère et dévoué… Il a été bon et généreux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent. »

    Pissaro : « Un peintre de talent »

    Pourtant, très longtemps, la réputation de Caillebotte restera limitée à son rôle de mécène ayant soutenu ses amis Manet, Monet, Renoir ou Cézanne (dont il était le témoin de mariage), exposé et acheté leurs œuvres avant de les léguer après sa disparition aux collections nationales de l’État français. En revanche, de dire que Caillebotte se considérait lui-même comme un peintre de second plan est une légende à corriger, affirme Pierre Nicolas Sainte Fare Garnot :

    « Il faudrait peut-être rectifier un point d’histoire. On a dit qu’après la mort de ses parents et la vente de la propriété d’Yerres en 1879, il s’était retiré à la propriété au Petit-Gennevilliers, au nord de Paris, en bord de Seine. Et là qu’il s’était livré à une nouvelle passion : la navigation, les régates et mêmes la construction navale. Tout ceci est parfaitement exact. Il y a juste une chose qu’il faut préciser : il n’a jamais arrêté ni de peindre ni d’exposer ! Jusqu’à la fin de sa vie ! »

    Vue d’un « Autoportrait » (détail, vers 1889) de Gustave Caillebotte exposé dans la Maison Caillebotte. Collection particulière. © Comité Caillebotte, Paris Siegfried Forster / RFI

    La Maison Caillebotte, un enjeu artistique et touristique

    Avec l’ouverture de la Maison Caillebotte, le rayonnement du peintre aura trouvé un lieu à la hauteur de sa valeur et, on prend le pari, croîtra encore. Déjà aujourd’hui, la Maison Caillebotte s’est hissée au rang du premier site touristique du département de l’Essonne. Et la petite ville d’Yerres se trouve désormais citée à côté des destinations cultes de l’impressionnisme comme Auvers-sur-Oise, Giverny ou Honfleur.

    Le site officiel de la Maison Caillebotte

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