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    Culture

    «L’Ivresse du sergent Dida»: un roman puissant sur les dérives du pouvoir

    media Olivier Rogez, grand reporter du service Afrique pour RFI, auteur de son premier roman «L'Ivresse du sergent Dida», à paraître le 31 août 2017. Tirthankar Chanda/RFI

    L’Ivresse du sergent Dida sort le 31 août prochain. C'est l’un des 581 romans qui paraissent en cette très féconde rentrée littéraire 2017. Un premier roman puissant aux couleurs de l’Afrique sous la plume d'Olivier Rogez. En tant que grand reporter au service Afrique de RFI, l'auteur a parcouru le continent africain de long en large, enquêtant sur ses heurs et malheurs avec talent. Comment s’étonner qu’il ait alors campé son premier ouvrage de fiction en Afrique, dont il raconte les espoirs et les soubresauts à travers l’ascension vers le pouvoir de son héros ? Or, le sergent Dida n’est pas un militaire ambitieux quelconque. Il y a du Thomas Sankara en lui, mais aussi du Bonaparte et du Lénine. A travers son destin, Olivier Rogez livre le récit universel d’un patriote, dans les idéaux duquel beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté pourront se retrouver.

    «L'ivresse du sergent Dida», aux éditions Le Passage. DR

    RFI : L’Ivresse du Sergent Dida est votre premier roman. En général, le premier roman est souvent autobiographique, mais vous nous proposez avec L’Ivresse du sergent Dida une fiction sur la conquête du pouvoir en Afrique, très éloignée de votre adolescence, votre jeunesse, qui se sont déroulées à Roubaix, dans le nord de la France…

    Olivier Rogez : Effectivement, on est très loin ici de ma jeunesse et de mon adolescence. Mais on n’est pas très loin du quotidien, de ce que je vis et expérimente depuis 25 ans, à travers mon métier de grand reporter à RFI, puisque je parle en fait de situations et d’ambiances que j’ai vécues, que j’ai vues, que j’ai pu connaître de près dans cette Afrique de l’Ouest qui est aujourd’hui mon principal terrain d’enquête. Mais ce sont aussi des situations que j’ai connues dans l’Union soviétique devenue la Russie, où j’ai voyagé avant d’aller en Afrique de l’Ouest. Finalement, les histoires de coups d’Etat et de conquêtes de pouvoir sont les mêmes d’un continent à l’autre et d’un pays à l’autre.

    Il y a quand même des différences, par exemple entre le 18-Brumaire d’un Louis-Napoléon Bonaparte et le coup d’Etat contre Thomas Sankara…

    Je ne sais pas s’il y a des différences fondamentales. Il y a sans doute des différences de degrés, mais pas véritablement de différences de nature. Si vous prenez L’Ivresse du sergent Dida, c’est finalement l’histoire d’un homme venu de nulle part, qui va réussir à la surprise générale à conquérir le pouvoir. Avec Emmanuel Macron en France, vous vous retrouvez exactement dans le même cas de figure. De même, au Bénin, Yayi Boni était un homme qui, arrivant de nulle part, a réussi en 2006 à remporter l’élection présidentielle à la plus grande surprise générale.

    Prenons un autre exemple, celui de Donald Trump. Personne ne pensait qu’un homme comme lui arriverait un jour à la Maison-Blanche et pourtant il l’a fait, ce qui a surpris la planète entière. Finalement, ces histoires de conquêtes et de chutes sont des histoires universelles. Les exemples abondent à travers le monde où l'on voit les inconnus s’imposer aux autres. Ils imposent leur volonté, leur agenda, leur rythme et leurs idées… à la surprise générale. Ils semblent surgir de nulle part et réussissent à faire ce que peu croyaient possible de faire.

    La conquête du pouvoir par votre héros occupe les 50 premières pages du livre. Le cœur du récit est ailleurs. Qu’est-ce que vous vouliez raconter dans ce roman ?

    Ce qui m’a intéressé le plus, je pense, c’est d’expliquer en quoi le pouvoir pouvait transformer les hommes. On a souvent vu, malheureusement, des hommes transformés négativement par le pouvoir. Ils sont devenus des dictateurs, des cleptomanes, des autocrates… Parfois même des psychopathes. Je voulais montrer que le pouvoir pouvait aussi provoquer le contraire, c’est-à-dire le bien, la volonté de s’élever, de s’agrandir, de se transformer positivement, de s’auto-éduquer et de vouloir surtout réaliser un projet pour le pays.

    J’ai placé mon héros dans une situation très difficile, puisqu’il vient de tout en bas de la société. Il arrive par un coup d’Etat à s’élever sur le trône du potentat qui vient de décéder et partant de là, il est confronté à cette question existentielle : que faire du pouvoir ? C’est la question que posait Lénine déjà en son temps après le coup d’Etat de 1917. Et Dida, mon héros, décide qu’il ne va pas être comme les autres militaires qui prennent le pouvoir par les armes. Il veut faire quelque chose de ce pouvoir.

    Il fomente un projet révolutionnaire pour son pays, avec le souci de vouloir le faire grandir tout en grandissant lui-même. Comment sortir de la médiocrité ambiante dans laquelle baigne son pays depuis plus d’un demi-siècle ? Telle est la question qui le taraude. Il va se découvrir finalement un petit peu le même talent, la même envie ou la même ambition que ce que Thomas Sankara avait pu avoir au Burkina Faso au début des années 1980.

    Malheureusement, les coups d’Etat, comme les histoires d’amour, se terminent toujours mal. Mais auriez-vous pu imaginer une fin heureuse ?

    Je ne sais pas si les histoires d’amour se finissent toutes mal, mais je pense que le plus important n’est pas forcément la conclusion, c’est peut-être le chemin, comme l’ont dit certains philosophes asiatiques. On pourrait dire la même chose des coups d’Etat. Ce qui finit toujours mal, c’est la volonté de pouvoir pour le pouvoir, de pouvoir sans autre ambition. Quand les dirigeants qui parviennent au pouvoir avec la seule volonté prédatrice de capter un pays, de capter une situation, les richesses d’une nation à leur propre profit, cela en général finit mal.

    Mais en soi, un coup d’Etat peut générer quelque chose de positif. Prenez l’exemple de Jerry Rawlings au Ghana dans les années 1990. Ce militaire a finalement engendré le modèle démocratique d’un pays, une stabilité assez remarquable. Pensez aux coups d’Etat qui ont eu lieu en France dans l’histoire, notamment celui de Napoléon ; par exemple, on sait ce qu’il a créé et ce qu’il a permis d’engendrer dans un pays comme la France où certaines des institutions qu’il a créées lui ont survécu. Un coup d’Etat peut parfois engendrer des choses positives.

    C’est un véritable appel à des coups d’Etat que vous semblez lancer !

    Je ne veux pas du tout faire l’apologie des coups d’Etat, ce n’est pas du tout le propos ni le but, mais ce qui engendre les choses positives, ce n’est pas tellement le fait de prendre le pouvoir, c’est le fait de l’exercer. Qu’on prenne le pouvoir à la faveur d’une élection ou à la faveur d’un coup d’Etat, la question est de savoir ce qu’on va en faire de ce pouvoir.

    On peut en faire une multitude de choses, c’est ce que je voulais montrer dans ce livre. Celui qui dirige le pays a la responsabilité immense sur ses épaules, celle de décider le chemin vers lequel il va mener sa nation, qu’il ait été élu, qu’il ait pris le pouvoir à la faveur d’une transition ou à la faveur d’une élection démocratique, ou semi-démocratique comme il en arrive parfois.

    Ce qui m’a aussi beaucoup frappé dans ce livre, c’est sa structure. Il y a une économie de moyens très efficace qui contribue à la force du propos. Est-ce que c’était difficile de trouver ce ton juste ?

    Le plus difficile pour moi, dans ma situation de l’auteur venant du journalisme, était de passer d’une écriture du réel – l’écriture concrète du journaliste – à une écriture romanesque. Il me fallait me débarrasser des oripeaux du journalisme, de cette écriture trop précise, trop soucieuse de coller à la réalité, de ne pas transformer les choses. Abandonner ces réflexes de journaliste pour passer justement à quelque chose de beaucoup plus débridé, de beaucoup plus libre et finalement de beaucoup moins en phase avec les réalités. Au final, il y a un arrière-plan totalement réaliste dans ce roman, mais les personnages sont inventés. Ils ne sont pas réinventés, ils sont complètement inventés.

    Vous parliez à l’instant de Thomas Sankara ?

    Le sergent Dida, mon héros principal, peut ressembler à certains personnages politiques, militaires, qu’a connus, par exemple, l’Afrique de l’Ouest, mais il n’est en rien lié d’une quelconque manière que ce soit à ces figures. J’ai totalement réinventé en partant d’une base réelle composée de pratiques, de schémas de pensées, de manières de fonctionner, de dérives de certains systèmes, de jeux d’alliance, de jeux politiques et de l’influence des grandes puissances… Je me suis inspiré de tout ça, mais j’ai totalement réinventé. Et les personnages sont purement fictionnels. Il n’y a pas dans ce livre un seul personnage réel que j’ai croisé dans ma vie ou dans ma carrière. Tout est inventé.

    Le seul reproche qu’on pourrait peut-être vous faire, c’est d’avoir consacré beaucoup de pages à l’analyse et aux explications. Trouver l’équilibre entre le « showing » (montrer) et le « telling » (raconter) est la difficulté que rencontrent souvent les primo-romanciers comme vous.

    Certes, il n’y a pas beaucoup de dialogues dans mon roman, mais je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’analyse non plus. Quand on parle politique, c’est difficile de tout montrer et il faut parfois raconter. Mais effectivement, un bon récit tient au fait que l’on puisse montrer les choses plutôt que de les expliquer. L’une des difficultés d’ailleurs qui m’a demandé beaucoup de travail, c’était justement de me départir de cet aspect analytique au profit d’un aspect beaucoup plus narratif, beaucoup plus basé sur des exemples et des histoires personnelles.

    Je pense que l’une des boussoles qu’on peut avoir dans ces cas-là, ce sont les personnages. En inventant les vies et en les imaginant, on s’affranchit justement de la pesanteur analytique pour entrer beaucoup plus facilement dans une construction narrative basée sur le récit, sur des exemples et finalement sur une pente beaucoup plus douce qui permet d’amener des choses plus complexes que sont les relations de pouvoir, les trahisons, les mécanismes à l’œuvre dans le fonctionnement d’un Etat. Tout part des personnages.

    Votre roman commence par une citation de Macbeth, de William Shakespeare, mise en exergue. Pourquoi Shakespeare ?

    Pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un roman africain. L’Afrique est ici un arrière-plan. Mais elle n’est en aucun cas le cœur de cette fiction. Le cœur de cette fiction, ce sont les hommes et le pouvoir et la façon dont ils interagissent. Nullement l’Afrique et ses dérives, même si le cadre est choisi pour y placer cette fable romanesque. En aucun cas, il ne s’agissait pour moi ni de donner une leçon, ni de parler des problèmes politiques africains en tant que tels. Il s’agissait plus, justement, de parler des hommes et de ce que ces problèmes politiques mettent en jeu dans chacun de nous.

    L’Ivresse du sergent Dida, par Olivier Rogez. Editions Le Passage, 313 pages, 18 euros (Parution le 31 août).

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