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    France

    «Le Redoutable», le cinéaste Godard ignoré par Hazanavicius

    media Louis Garrel (Jean-Luc Godard) dans «Le Redoutable», de Michel Hzanavicius. Philippe Aubry – Les Compagnons du cinéma

    À l’origine, «Le Redoutable» était le premier sous-marin nucléaire français. Avec la sortie de son film ce mercredi 13 septembre, le réalisateur Michel Hazanavicius emprunte le nom de cette arme de la dissuasion nucléaire française pour pasticher le cinéaste Jean-Luc Godard. À l’écran apparaît alors le portrait du maitre de la Nouvelle Vague pendant les quatre ans de son mariage avec Anne Wiazemsky. Mai 68 et une violente remise en question artistique du cinéaste sont passés par là.

    L'histoire démarre en 1967 avec beaucoup de joie et un brin de folie. « Wolfgang Amadeus Godard » est le premier d’une dizaine de chapitres qui rythment le récit. Godard avait à l’époque 37 ans et un mot d’ordre simple : « On devrait tous mourir avant l’âge de 35 ans, avant de devenir des vieux cons. » Des épisodes racontés par sa femme avec qui il s'est marié en 1967. Anne Wiazemsky, de 17 ans sa cadette, est belle comme le soleil. Quand, à la radio, la France entière s’enthousiasme pour le lancement du premier sous-marin nucléaire français, Le Redoutable, la caméra tâtonne volontiers - avec un travelling ultra jouissif - le corps nu de la jeune élue Anne allongée sur le lit.

    À cette époque, le maestro Jean-Luc Godard est adulé par le monde entier, célébré comme les Beatles, admiré comme Jean-Paul Sartre, symbole d’une révolution artistique en marche : « La Nouvelle Vague, c’était lui. » Puis le ton se gâte, et le film libère un brûlot certainement plus Gala que Cahiers du cinéma. À la manière de Merci pour ce moment, le livre-choc de Valérie Trierweiler sur la personnalité de François Hollande, Le Redoutable de Michel Hazanavicius dresse le portrait d’un Jean-Luc Godard bavard, brassant du vent avec une terminologie maoïste-marxiste, méprisant à l’égard de ses collègues cinéastes, tournant autour de lui-même.

    Des slogans publicitaires-révolutionnaires

    Un imposteur qui avance par slogans publicitaires-révolutionnaires tout en gardant son confort de petit bourgeois et sa jalousie envers sa jeune épouse. La révolution de 68, il l’a flairée, mais son épouse doit rester dans les clous. Et le révolutionnaire jetant des pavés sur les « CRS-SS » est perdu comme un garçon de 12 ans dès qu’il n’a plus ses lunettes d’intello sur le nez. En 1968, quand il appelle à annuler le Festival de Cannes pour protester contre la politique du gouvernement de Gaulle, il ne se gêne pas pour résider en même temps dans la villa prêtée par le fervent pro-gaulliste Pierre Lazareff.

    Bref, les capacités rhétoriques de Godard s’avèrent inépuisables, l’application concrète de ses idéologies à géométrie variable. Bien sûr, sa femme n’est pas issue du prolétariat si choyé par Godard pour ses idées révolutionnaires. Anne Wiazemsky est issue d’une famille princière russe et la petite-fille de François Mauriac. Et avec son corps beau comme un tableau, sa bouche sensuelle à la Bardot et ses yeux à la Marilyne Monroe, ce n’est pas forcément l’esprit de l’étudiante que Godard cherche en elle.

    « Comment Jean-Luc Godard a tué Godard »

    Le film raconte « comment Jean-Luc Godard a tué Godard avant de tuer Jean-Luc et se trouver soi-même ». De La Chinoise, un film expérimental et très mal accueilli où Anne Wiazemsky joue une jeune révolutionnaire prochinoise, jusqu’à un western maoïste. Là encore, Godard échoue à appliquer sa nouvelle idéologie, un tournage de cinéma autogéré avec le groupe Dziga Vertov, où chaque plan doit être discuté et voté collectivement. Entre les deux films, Godard a renié toute son œuvre et accusé tous les autres réalisateurs (de Bertolucci à Truffaut) de fabriquer des films de petit bourgeois ou de merde (c’est selon).

    À la fin, Le Redoutable semble victime de sa propre logique d’une imagerie de slogans comme « Godard, le plus con des Suisses prochinois ». La tentation de Michel Hazanavicius de créer des images en négatif en noir et blanc ou de faire apparaître les non-dits sous forme de sous-titres colorés s’apparente alors à faire du « sous-Godard », vue l’ingéniosité avec laquelle le cinéaste de 86 ans avait tourné Adieu au langage, présenté en sélection officielle à Cannes en 2014.

    Stacy Martin, une sensualité redoutable

    Sans parler du traitement ultraléger de moments historiques : mai 68 est présenté sucré comme la mélodie d'une boîte à musique. Quant au portrait du cinéaste, on suppose que même en pleine dépression artistique, la manière de Godard de réaliser un film ne se réduit pas à tenir une caméra dans les manifestations comme on tient une bouteille de champagne dans une fête. Reste l’interprétation d’un Godard souvent bluffant de ressemblance par Louis Garrel et la découverte de Stacy Martin. L’actrice franco-britannique de 26 ans, qui avait déjà incarné Joe dans Nymphomaniac de Lars von Trier, crève l’écran. Avec une sensualité et une aura naturelle folles, elle fait vivre la muse qui quittera Jean-Luc Godard.

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