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    Parcours des mondes: «Ce lien invisible avec les arts africains»

    media Javier Peres, galeriste de Peres Projects et président d’honneur du Parcours des Mondes 2017. Siegfried Forster / RFI

    Le plus grand et le plus prestigieux salon pour les arts premiers vient d’ouvrir ses portes à Paris jusqu’au 17 septembre. Le Parcours des mondes rassemble une soixantaine de galeries et de nombreux collectionneurs venus du monde entier, dont Javier Peres, président d’honneur de l’édition 2017. Réputé pour créer des événements en rapprochant l’art contemporain avec les arts classiques africains, ce galeriste d’art contemporain avoue être un collectionneur « obsédé » des arts africains. Il nous explique le « lien invisible » entre les arts. Entretien.

    RFI : Comment un galeriste d’art contemporain né au Cuba, passé par San Francisco et aujourd’hui établi à Berlin est-il arrivé à collectionner les arts classiques africains ?

    Javier Peres : Bonne question [rires]. Je me suis depuis toujours intéressé aux arts classiques africains. J’ai commencé à 13 ou 14 ans. À cet âge-là, j’étais intéressé à toutes les formes d’art et puis j’ai collectionné de l’art brut. À travers de l’œuvre de Jean Dubuffet, il y avait une connexion avec Cy Twombly, Basquiat… Basquiat était mon premier vrai point d’entrée dans l’art africain. Mais j’ai commencé à collectionner l’art africain qu’à partir de l’année 2000.

    Quel est le point fort de votre collection privée ?

    Ma collection n’est pas si grande, moins de 150 sculptures et objets, donc ce n’est pas encyclopédique. Je voulais me concentrer sur la qualité. Il y a deux directions : la plus importante, ce sont des arts de l’Afrique de l’Est, du nord et du sud-est d’Afrique de l’Est, mais aussi l’art Igbo. L’autre direction est l’art de Sierra Leone et Liberia, en particulier l’art des masques-heaumes, les masques bundu de la société Sande. J’en possède quelques-uns, considérés comme les plus beaux du monde. J’ai aussi des œuvres de l’ethnie Kaka de Nigeria. La dernière pièce que j’ai achetée a été montrée ensuite au musée du Quai Branly.

    Comment définissez-vous « ce lien invisible de l’art contemporain avec les arts africains » que vous évoquez souvent ?

    Je pense que les artistes sont connectés entre eux. Et ces connexions transgressent les frontières nationales, du temps et de l’espace. Je suis très sensible à ce genre de connexion, aux artistes qui découvrent une affinité avec un autre artiste. Et j’essaie toujours de mettre cela en lumière. Grâce à ce lien invisible, l’histoire de l’art n’est jamais terminée.

    Dans votre exposition installée dans l’Espace Tribal au sein du Parcours des mondes, on découvre des peintures d’art contemporain à côté de sculptures d’art classique africain. Par exemple une statue Igbo à côté d’une peinture de Melike Kara. Pourquoi cette association ?

    La prolongation du corps dans ces figures religieuses utilisées par les Igbo me procure le même effet que les peintures de Melike Kara. Les scarifications sur les visages me rappellent les masques qu’elle peint sur ses œuvres. Melike vient d’une famille kurdo-turque de chamanes du centre de la Turquie. Elle n’a aucun lien avec l’art africain, et quand même, je trouvais qu’il y a une affinité. Quand je lui ai montré des œuvres africaines, elle m’a confié que cela ressemble à ce qu’elle voit parfois dans sa tête.

    Vue de l’exposition « Le Lion et la perle », conçue par Javier Peres, dans le cadre du Parcours des Mondes. Siegfried Forster / RFI

    Dans le Parcours des mondes, pourquoi avez-vous intitulé cet accrochage spécial de peintures contemporaines et de sculptures du Nigeria (Ijo, Montol, Wurkum, Idoma, Mumuye, Kaka, Idoma, Mama) Le lion et la perle ?

    C’est le nom d'une pièce de théâtre très importante de l’écrivain nigérian Wolé Soyinka sur le défi entre la modernité et la tradition. Dans la pièce, à la fin, la tradition gagne contre la modernité [corrompue]. J’ai utilisé ce titre pour avoir une connexion avec la culture nigériane. Je voulais souligner l’importance de comprendre le passé. Dans le monde actuel, il y a un grand écart entre la réalité et comment les Africains et l’art africain sont souvent vus. Il est important que tout le monde comprenne l’importance de l’art africain pour écrire ensuite mieux l’Histoire.

    Dans votre galerie Peres Projects, les collectionneurs traitent-ils toujours différemment l’art africain et l’art contemporain ou est-ce devenu tout simplement de l’art à collectionner ?

    Pour moi, les deux sont simplement de l’art. Mais pour beaucoup de gens, cela reste deux choses complètement différentes. Pour moi, c’est la même chose.

    À travers votre hyperconnectivité et le hashtag #obsession, vous faites part de votre obsession par rapport à l’art africain. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram ont-ils changé la perception et la relation entre l’art africain et l’art contemporain ?

    Je le pense absolument, car cela aide à porter plus d’attention à l’art africain quand nous utilisons nos plateformes digitales. Beaucoup d’artistes, collectionneurs, écrivains, commissaires d’exposition découvrent ainsi des images d’œuvres que j’aime et veulent savoir ce que c’est. J’aime partager mes intérêts et mes passions. Longtemps, j’avais des réticences, parce que je voulais séparer mon travail de mes passions. Aujourd’hui, à l’âge de 45, je me dis : pourquoi pas ?

    En tant que galeriste d’art contemporain et collectionneur d’art classique africain, qu’attendez-vous de l’ouverture du musée Zeitz d’art contemporain en Afrique du Sud, le plus grand musée du continent africain, le 23 septembre ?

    Les musées sont très importants. Tellement de culture vient de l’Afrique et de la diaspora africaine. Et aujourd’hui, il y a très peu de musées sur le continent africain. Le plus de musées et de fondations privées ouvrent en Afrique, le mieux c’est. Et c’est toujours pas bien quand un musée ferme. Par exemple, je suis attristé par la fermeture du musée Dapper à Paris. Pour moi, ce musée était aussi important que le Vatican pour un catholique. Même si la collection continue à être montrée autrement.

    Javier Perez, président d’honneur du Parcours des mondes 2017 entre la peinture de « On the other doorbell » (2015) de Melike Kara et un cimier Ejhagam de Nigéria. Siegfried Forster / RFI
    Il y a de plus en plus de collectionneurs d'art qui sont intéressés par l'art tribal. La symbiose se fait...
    Pierre Moos, directeur général du Parcours des mondes 14/09/2017 - par Siegfried Forster Écouter

    Parcours des mondes, Salon international des arts premiers, du 12 au 17 septembre à Paris.

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