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    Jean-Marie Piemme: «Le théâtre est le combat entre spectateurs et acteurs»

    media Jean-Marie Piemme, auteur et dramaturge belge, au 34e Festival des Francophonies en Limousin. Siegfried Forster / RFI

    « Je m’appelle Jean-Marie Piemme, je suis de nationalité belge, auteur de théâtre et j’ai écrit une cinquantaine de pièces. » Ainsi se présente l’un des auteurs majeurs du théâtre francophone. Entretien à l’occasion de sa nouvelle pièce, Eddy Merckx a marché sur la Lune, un regard sur les utopies enterrées depuis un demi-siècle, délicieusement écrit, à la fois acerbe et drôle, présenté en première aux Francophonies en Limousin dans une mise en scène savamment orchestrée par Armel Roussel. En plus, Piemme a publié son autobiographie, déguisée en Journal de théâtre, Accents toniques, des anecdotes hilarantes et des réflexions très profondes sur ses premiers 44 ans dans la galaxie théâtrale.

    RFI : Vous êtes né en 1944, en Wallonie, fils d’un ouvrier  je savais ce qu’est la grève avant de savoir que je suis belge ») et vous faites aujourd’hui partie des auteurs les plus prolifiques du théâtre francophone. Après 50 ans dans l’univers théâtral, pouvez-vous nous donner avec certitude une définition du théâtre ?

    Jean-Marie Piemme : Le théâtre est d’abord un contact avec des gens. S’il n’y a pas un contact entre la salle et la scène, il y a quelque chose qui rate, qui manque. Pour moi, le théâtre est le combat – mais un combat positif – entre des spectateurs qui sont mués, provisoirement, le temps de la représentation, et des acteurs qui leur parlent. Et entre les deux, il y a une interaction. S’il n’y a pas d’interaction, il n’y a pas de théâtre.

    Vous dites même que chaque théâtre « utile » est basé sur une utopie du spectateur. Quelle est votre utopie du spectateur ?

    On essaie toujours d’imaginer le spectateur. Mon utopie à moi est un spectateur qui vient, parce qu’il est intéressé par quelque chose qui est un peu nouveau, qu’il ne connaît pas vraiment ou qu’il n’a pas vu de telle ou telle façon. Donc, c’est un spectateur ouvert. C’est un spectateur qui désire d’aller vers quelque chose qu’il ne connaît pas.

    Dans votre autobiographie déguisée, Accents toniques, trois noms d’auteurs apparaissent beaucoup plus que d’autres : Bert Brecht, Heiner Müller et Shakespeare. Quel auteur vous a guidé le plus dans votre aventure théâtrale pour tenir le cap ?

    Oui, ces auteurs sont pour moi des auteurs de référence. C’est-à-dire quand je suis un peu en panne, quand cela ne va pas trop bien sur le plan de l’écriture, eh bien, je les relis et je les relis… Quand on relit ces auteurs-là, on fait une espèce de plein d’énergie. C’est comme si on captait une part d’énergie de leur écriture qui vous aide à redémarrer votre propre écriture à vous.

    Jean-Marie Piemme, auteur et dramaturge belge, ici avec Antoine Laubin, éditeur de son livre « Accents toniques » aux éditions Alternatives théâtrales, lors de lecture aux Francophonies en Limousin. Siegfried Forster / RFI

    Dans votre nouvelle pièce Eddy Merckx a marché sur la lune, vous dressez un bilan des utopies avortées du demi-siècle passé, depuis la victoire d’Eddy Merckx au Tour de France et les premiers pas de Neil Armstrong sur la lune. C’est un texte écrit avec fougue, doté d’un élan incroyable qui a beaucoup enthousiasmé les jeunes venus nombreux au théâtre. Comment avez-vous réussi à garder ce lien avec la jeune génération ?

    C’est une nécessité pour moi. Si je ne fais pas ça, je vais vieillir encore plus vite que je vieillis pour le moment [rires]. J’ai absolument besoin d’occuper la place de la jeunesse. Et comme je suis aussi prof dans une école de théâtre, j’étais longtemps confronté à des jeunes qui veulent faire du théâtre. Donc, forcément, leurs questions m’aident à vivre.

    Selon vous, la question clé de votre nouvelle pièce est de définir son passé. Pourquoi ?

    Parce que je pense que le passé est quelque chose qu’on crée à partir du présent. Évidemment, il y a des événements qui se sont passés, mais la signification que peuvent avoir ces événements, c’est le regard du présent qui va le déterminer. Donc il est très important de ne pas considérer le passé comme une espèce de coffre dans lequel les événements se sont entassés, mais, au contraire, de se dire : à partir de ce que je suis aujourd’hui, comment est-ce que je peux trouver de la nourriture dans le passé ?

    Neige en décembre était votre première pièce, écrite en 1986, une allusion au philosophe Louis Althusser, entre le savoir et le ressenti. Qu’est-ce que vous a donné le déclic pour commencer à écrire pour le théâtre ?

    Je n’en sais rien. Au mois du juin 1986, je n’étais pas du tout un auteur et je n’avais aucun projet d’écriture. Deux mois plus tard, au mois d’août 1986, j’avais écrit une pièce. Qu’est-ce qui a fait le déclic de l’écriture ? Je n’en sais strictement rien. Il est sûr que l’histoire d’Althusser, assassinant sa femme, m’avait impressionné. Mais de là d’en faire une pièce de théâtre. Et encore, c’est juste le point de départ et non pas le thème de ma pièce de théâtre. Mais pourquoi, après 40 ans d’existence, l’écriture me tombe sur la tête comme la pluie sur les ailes d’un canard, je n’en sais pas.

    L’auteur Jean-Marie Piemme lors de la lecture de « Accents toniques », entouré des comédiens qui avaient joué aussi « Eddy Merckx a marché sur la lune » aux Francophonies en Limousin. Siegfried Forster / RFI

    Dans votre livre, vous racontez une anecdote sur Une Saison au Congo, la pièce d’Aimé Césaire qui raconte la mort du leader africain Patrice Lumumba. Comme vos étudiants ne réagissent pas vous demandez « à ceux qui connaissent le nom de Patrice Lumumba de bien vouloir lever la main. Calme plat. Lumumba vient de mourir une seconde fois. » Quelle est l’importance de l’Afrique pour un homme de théâtre comme vous ?

    Pour moi, c’est important de rencontrer la réalité. Pas de faire du théâtre « réaliste », pas de faire le théâtre comme le cinéma, mais, en même temps, on ne peut pas refermer les portes du théâtre sur le monde. On ne peut pas dire que c’est une petite bulle dans laquelle on raconte des histoires, mais au fond cela n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. Ma conception, c’est que, à un moment donné, il faut arriver à parler de tout ce dont on parle dans le monde, mais de le faire avec les moyens spécifiques du théâtre. Ne pas faire un théâtre qui lorgne vers le cinéma ou autre chose, mais un théâtre qui se dit : voilà, j’ai deux coulisses, un fond et des spectateurs. Et avec ça, il faut que je parle du monde.

    Vos pièces comme Toréadors ont tourné aussi, entre autres, au Congo. Quelle est votre expérience avec l’Afrique ?

    C’est une bonne expérience pour moi. Quand ils ont décidé de monter Toréadors, à un moment donné, un des acteurs m’a expliqué que chez eux, les gens allaient réagir très fort, presque verbalement et physiquement, sur les propos échangés. Donc, il fallait inventer un griot qui – entre les séquences - allait chanter un certain nombre de chants qui permettraient de nouer le contact avec le public. Je trouvais cela magnifique, parce que, au fond, cela va réinventer le chœur de la tragédie. Dans le chœur de la tragédie, généralement, le chœur ne fait que commenter les actions des protagonistes. Et ici, tout d’un coup, les Africains réinventaient le chœur avec une pièce qui n’en comportait pas.

    Pour vous, le théâtre est un univers de lenteur dans un monde qui va de plus en plus vite. Internet et les réseaux sociaux, ont-ils changé le théâtre ?

    Cela modifie certainement le théâtre au sens où c’est un moyen en plus, mais à côté d’autres moyens comme la peinture, la musique, le langage électronique… Mais, en même temps, le théâtre n’ira jamais plus vite que le temps qu’il faut à un acteur pour aller de court à jardin ou de jardin à court. Le théâtre est lié au corps humain. On est dans un monde où, d’une certaine façon, les vitesses sont infinies. On pousse sur un bouton et, à la seconde, quelque chose se passe à Tokyo ou à New York. Le théâtre, lui, c’est le temps qu’un homme met pour traverser un plateau, pour aller de court à jardin. Et cela sera toujours comme ça !

    Scène de « Eddy Merckx a marché sur la lune », pièce écrite par Jean-Marie Piemme, mise en scène par Armel Roussel et créée aux Francophonies en Limousin. Christophe Péan

    Eddy Merckx a marché sur la lune, le texte de Jean-Marie Piemme a été mis en scène en première aux Francophonies en Limousin par Armel Roussel. Pour connaître les dates de la tournée en France et en Belgique, cliquez ici.

    Accents toniques, Journal de théâtre (1973-2017), éditions Alternatives théâtrales, préface de Stanislas Nordey, 435 pages, 12 euros.

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