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    [Les langues oubliées du Nobel] L’heure de la Corée: Hwang Sok-yong

    media L'écrivain sud-coréen Hwang Sok-yong. Raphael Gaillarde/Getty Images

    Le jury Nobel objectera peut-être que le poète Ko Un a déjà atteint la gloire universelle. Il est d’ores et déjà reconnu parmi les voix majeures de notre époque. Il est invité et couronné dans nombre de festivals. Jadis moine mendiant, il est aujourd’hui la grande figure littéraire de la Corée du Sud. C’est lui que son pays a choisi pour célébrer les 70 ans de l’Unesco.

    L’Académie suédoise pourrait donner un coup de projecteur sur un romancier plus jeune. Hwang Sok-yong est né en 1943 en Mandchourie, car ses parents avaient fui l’occupation japonaise. Etudiant contestataire, il connaît la prison dès 1964. Libéré, il s’engage dans les unités de l’armée coréenne qui combattent au Vietnam aux côtés des Américains, comme le firent 313 000 jeunes gens. De cette expérience, il tirera bien plus tard un roman, L’ombre des armes, qui vomit l’impérialisme et décrit les à-côtés sordides de la guerre, à savoir les trafics, la drogue, les trahisons, le double jeu.

    A l’issue de son service militaire, il produit un roman sombre qui le fera remarquer : Monsieur Han. Ce médecin de Pyongyang finit par passer au Sud juste avant la fin des hostilités, en 1953. Idéaliste, intransigeant sur les principes, incorruptible, mais naïf, Han n’arrive pas à naviguer au milieu des intrigues à Séoul. Même la dame qu’il épouse se met à croire aux rumeurs répandues par ses détracteurs. Torturé en prison, Han doit sa libération à l’armistice et sa survie à des petits boulots. Emouvant dans sa première partie, le roman plonge ensuite dans une zone sombre, tant sont grandes les turpitudes dans un pays en proie à la guerre civile.

    Hwang Sok-yong critique la dictature militaire des années 1970, en retraçant sous forme de feuilleton les aventures d’un justicier du XVIIIe siècle, ce qui lui vaut un énorme succès. Suite au massacre de Kwangju en 1980, il accepte de signer l’œuvre d’un journaliste sur cet épisode dramatique de l’histoire de la Corée du Sud. Il décide de se rendre illégalement à Pyongyang en 1989, et rencontre Kim Il-sung, dictateur patenté. Sachant qu’il ne peut rentrer à Séoul, sous peine de prison, il émigre à Berlin où il assiste à la chute du mur. Il se fixe ensuite à New York.

    L’arrivée d’un régime civil en 1993 lui fait espérer un adoucissement des lois. Mais quand il revient au pays, il se fait arrêter sur le champ. Condamné à sept ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat, il entreprend huit grèves de la faim et passe finalement cinq ans derrière les barreaux.

    Il publie dès lors deux de ses livres majeurs : Le vieux jardin (2000) et L’invité (2001).

    Le premier est un chef-d’œuvre par le caractère généreux des protagonistes, par sa construction fragmentée et par une description à vif de la vie carcérale. O, un activiste recherché par la police après les événements de Kwangju, trouve refuge chez une artiste peintre. Leur vie commune ne dure que quelques mois, avant qu’il ne soit retrouvé et condamné à la réclusion à perpétuité. Mais leur amour perdure tout au long des dix-huit ans d’emprisonnement de O. Libéré, l’homme mûr découvre toutes les lettres qui ne lui sont jamais parvenues. Son amante est décédée avant son élargissement. Pendant tout ce temps, elle a soutenu les amis politiques de son amant, et même passé une année créative à Berlin (belles descriptions de la ville en ébullition en novembre 1989). O ne reconnaît plus la Corée de jadis. L’auteur a l’art de retracer à coup d’observations bien croquées toute une tranche de l’histoire de son pays.

    Dans L’invité, un pasteur exilé aux Etats-Unis vient passer quelques jours en Corée du Nord dans le cadre d’une visite familiale. Le roman prend pour socle le rite chamanique destiné à consoler l’âme des défunts. Il mêle la voix des fantômes, des bourreaux à celle des vivants et se conclut sur un appel à la réconciliation.

    Hwang Sok-yong est un esprit lucide. Il se défend de vouloir révolutionner la Corée. Il fustige la tendance mercantiliste qui mine la société au Sud, détruisant les liens familiaux, sociaux, amoureux. Vis-à-vis de la Corée du Nord, il prône le dialogue avec le régime de Pyongyang : depuis 1953, le traité de paix n’a toujours pas été signé. Ce reliquat de guerre froide arrange nombre de chancelleries.

    En Corée, pour l’expression « Ça va ? », on dit : « Avez-vous mangé du riz ? ». Au Nord, suite aux famines du siècle dernier, la phrase prend tout son sens. Au Sud, on lutte contre le surpoids, à l’image du chanteur grassouillet PSY (célèbre pour le clip Gangnam Style). Hwang Sok-yong, qui a vécu en 2005 à Paris et dont les éditions Zulma ont déjà fait traduire sept romans, voit dans le succès de la chanson une métaphore du développement débridé du pays.

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