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    Olivier Sylvestre raconte la quête de l’identité sexuelle chez les jeunes

    media L’auteur dramatique québécois Olivier Sylvestre a présenté aux Francophonies en Limousin « La loi de la gravité ». Siegfried Forster / RFI

    « La norme tue ». Chez l’auteur de théâtre québécois Olivier Sylvestre, La loi de la gravité est définie par la société. Dans sa pièce, créée au Festival des Francophonies en Limousin par le metteur en scène Anthony Thibault, ses deux protagonistes s’appellent Dom et Fred. À 14 ans, en quête de leur identité sexuelle, ils souhaitent tout simplement être comme ils sont et changer leur identité sexuelle aussi facilement et aussi souvent que leur profil Facebook. Entretien.

    RFI : La loi de la gravité est l’histoire de Dom et Fred, une fille qui ne se sent pas comme une fille, et un garçon qui adore se maquiller. Est-ce une pièce « transgenre » ?

    Olivier Sylvestre : Oui, on peut dire ça. Mais, c’est surtout une pièce sur l’amitié. Cette amitié nous emmène à nous définir, à mieux savoir qui on est, et de vaincre finalement certains de nos démons. La question du genre est intrinsèque à la pièce. Dom et Fred traversent des difficultés, aussi leur difficulté d’aller à l’école. Et cette école se trouve dans Presque-La-Ville. À l’autre côté du pont, il y a la ville.

    Presque-La-Ville, est-ce un lieu, un état sentimental ?

    C’est un peu un prototype de banlieue dans la définition nord-américaine, c’est-à-dire toutes les maisons construites uniformément, l’une à côté de l’autre, où la norme « tue », où il faut correspondre à un certain type très défini, sinon on passe tout de suite pour un marginal. Le fantasme des deux personnages est de partir à la ville où l’on peut être tout ce qu’on veut. À la fin, ils réalisent qu’ils peuvent être aussi eux-mêmes dans leur banlieue. Donc, c’est bien à l’intérieur de nous et non pas à l’extérieur de nous que le changement s’opère.

    Se chercher, se trouver, cette question existe depuis la nuit des temps. Avec toutes les technologies qui se sont introduites dans nos vies, la question est-elle devenue plus complexe, à l’image du profil Facebook que les deux ados n’arrêtent pas de changer ?

    Oui, je pense, c’est une grande métaphore. Les réseaux sociaux encadrent leur vie. Ils n’ont pas seulement leur identité personnelle, mais aussi leur identité virtuelle. Et il existe une friction entre les deux : qu’est-ce qu’on est ? Qu’est-ce qu’on présente comme image ? Cela peut être à la fois un frein et nous aider à définir. Mais cela peut être aussi très violent. Les jeunes d’aujourd’hui ont une double identité. La pièce est le reflet de ce phénomène-là.

    Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus perdus que les générations précédentes ?

    Je ne sais pas, mais il y a quelque chose de violent dans l’obligation de se définir rapidement avec une identité sociale vue par toute la classe, toute l’école, et cela instantanément. Mais, ils finissent par trouver une partie de la réponse, malgré toutes les embûches. Donc, ce n’est pas pire qu’avant, il y a juste la technologie qui change. Les humains restent avec les mêmes besoins, les mêmes questionnements.

    Vous avez aussi adapté la pièce Agokwe, à travers laquelle vous avez découvert le concept amérindien du Two Spirit, une manière millénaire de gérer la diversité sexuelle. Expliquez-nous.

    C’est une conception traditionnelle qu’on trouve chez plusieurs premières nations canadiennes et certains peuples qui habitent au Québec. Le concept est que les deux esprits, le masculin et le féminin sont dans le même corps. Les gens qui s’identifient à cette conception se reconnectent avec une tradition où les gens avec une sexualité différente étaient très bien acceptés et intégrés dans leur communauté ou leur nation. La pièce de Waawaate Fobister, un auteur canadien-anglais, est une grande dénonciation de l’homophobie qui règne encore à ce jour dans les petites communautés. Quand j’ai découvert cette tradition, je m’y suis tout de suite intéressé et fait un lien avec les thèmes que j’aborde : l’identité, l’orientation sexuelle…

    Quentin Laugier et Alison Valence dans « La loi de la gravité », création aux Francophonies en Limousin. Texte : Olivier Sylvestre. Mise en scène : Anthony Thibault. Christophe Péan

    Votre langue est rythmée, lyrique, caractérisée par une grande empathie envers les personnages, mais surtout très proche de la vie des jeunes. Comment travaillez-vous vos textes pour y intégrer la sensibilité des jeunes ?

    Comme auteur de théâtre, je tiens toujours compte du public. Je sais à qui ma pièce s’adresse. Après, bien sûr, cela peut parler à tout le monde. Dans le cas de La loi de la gravité, cela s’adresse en particulier aux 12-15 ans. Après, je dis toujours, si la pièce arrête d’être bonne après 16 ans et un jour, on a un problème [rires]. Et le public a toujours raison. C’est lui qui décide s’il aime ça ou pas. Et c’est à nous à lui en mettre à plein la gueule et à lui raconter une belle histoire.

    Si quelqu’un cherche à savoir comment vous êtes devenu auteur, il va découvrir que vous êtes diplômé en écriture dramatique, vous avez un bac en criminologie et vous intervenez aussi en toxicomanie. Quel est le point commun entre ces trois sphères ?

    Quand je suis intervenant ou auteur, je suis la même personne. Je travaille avec les mots, avec qui je suis. Je suis mon propre outil de travail, mon propre instrument. Je n’ai pas l’impression d’être une personne différente. Ce qui change est simplement le chapeau que je mets. Intervenir en toxicomanie signifie intervenir à petite échelle, un à un. Et intervenir sur une scène signifie intervenir avec notre société, essayer de faire une différence, de prendre conscience de certaines choses.

    Dom et Fred parlent beaucoup de Facebook. Les réseaux sociaux ont-ils changé le théâtre ?

    L’écoute du théâtre est peut-être différente aujourd’hui. On est habitué que tout aille vite, que tout soit instantané. On a tous développé un certain déficit d’attention. Même être dans une salle de théâtre et fermer pendant une heure son téléphone est devenu difficile pour tout le monde. Donc, dans ce sens, le théâtre doit s’adapter. Après, la force du théâtre reste les mots. Si on essaie de faire du théâtre qui n’est plus du théâtre, je pense qu’on est dans l’erreur. Moi, je fais confiance au texte. Les mots résonnent toujours. Mais peut-être on va un jour dématérialiser le théâtre et il va se trouver dans un podcast ou une vidéo. Mais on ne va pas perdre le geste de raconter une histoire.

    ► Pour connaître les dates de la pièce et de la version mobile (pour les établissements scolaires) de La Loi de la gravité, cliquez ici.

    Le programme du 34e Festival des Francophonies en Limousin, à Limoges, jusqu'au 30 septembre 2017.

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