GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 16 Octobre
Mardi 17 Octobre
Mercredi 18 Octobre
Jeudi 19 Octobre
Aujourd'hui
Samedi 21 Octobre
Dimanche 22 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Europe

    «Body Revolution», Mokhallad Rasem, l’homme révolté entre l’Irak et la Belgique

    media Mokhallad Rasem, metteur en scène irakien de « Body Revolution », présenté aux Francophonies en Limousin. Né à Bagdad, il est depuis 2013 artiste associé à la Toneelhuis à Anvers, en Belgique. Siegfried Forster / RFI

    Comment capter et expliquer le geste universel de la Révolution ? Eh bien, il faut lire une douzaine de livres, regarder une grande exposition ou assister tout simplement à la pièce Body Revolution de l’Irakien Mokhallad Rasem. Avec trois danseurs-acteurs et quelques draps en guise d’écrans vidéo et de sculptures humaines, il réussit en 25 minutes un exploit incroyable. Il nous fait traverser les siècles et partager les gestes du corps face aux révolutions et drames de l’humanité. Une œuvre théâtrale immersive époustouflante présentée aux Francophonies en Limousin. Entretien avec l’artiste né à Bagdad, habitué à Attendre et qui vit et travaille en Belgique.

    RFI : Body Revolution, la révolution est-ce toujours une question du corps ?

    Mokhallad Rasem : Quand une révolution se passe, elle se passe aussi dans votre corps. Elle change votre vie, votre mentalité et bien d’autres choses encore. Cette pièce a été inspirée par la révolution dans les pays arabes qui a commencé en Tunisie. Quand j’avais vu dans les médias comment les gens ont bougé, comment ils ont essayé de dire quelque chose avec leur corps, j’ai observé cela. Cela a déclenché cette création.

    La pièce démarre avec une peinture historique projetée sur le drap blanc suspendu au-dessus de la scène, puis il y a des images de beaucoup de manifestations, de révoltes et révolutions, jusqu’aux maisons détruites ou bombardées des guerres d’aujourd’hui. Enfin, les personnages du « tableau » commencent à bouger et à sortir de l’image pour fusionner les gestes du passé avec les gestes d’aujourd’hui. Quel était le premier mouvement, le premier geste qui vous a inspiré pour faire votre pièce ?

    Quand la guerre commence, avec toute sa violence et ses agressions, les victimes sont toujours les gens. Complètement impuissants, ils subissent la guerre. Donc l’homme nu est la première image venue dans ma tête, car, après la guerre, vous n’avez plus rien. Il faut totalement recommencer sa vie. Quand il y a une révolution, c’est comme être né une deuxième fois et commencer une nouvelle vie. Mais comment peut-on tout recommencer ? Au début de la vie, on n’a rien. On a juste notre corps.

    Dans votre pièce, il y a des gens debout, allongés, à genoux, nous tournant le dos… Il y a des positions de la prière, du prisonnier, de la victime, de l’insurgé… Face à la révolution et à la guerre, y a-t-il des archétypes de gestes à observer ?

    Oui, je crois. Une révolution vous met dans différentes positions et crée des images. J’ai observé comment les gens ont bougé avant, pendant et après la guerre : comment ils s’assoient, se mettent ensemble, expriment leur peur ou protègent leur intimité.

    Votre deuxième pièce, Attendre, suit exactement l’approche envers. C’est le regard vers les mouvements intérieurs, ce que les gens pensent quand ils attendent ou ce qu’ils pensent de l’attente en général.

    Attendre est pour moi une pièce très importante. Quand vous attendez, vous attendez ce qui va se passer avec vous. Mon spectacle montre surtout ce que les gens ressentent quand ils attendent leurs papiers de séjour. Moi, par exemple, en Belgique, j’ai attendu cinq ans avant d’avoir des papiers. Après, je me suis posé la question ce que signifie « attendre ».

    « Body Revolution », de Mokhallad Rasem. Kurk van der Elst

    Les gens dans votre spectacle disent d’attendre pour Dieu, pour la paix, pour l’amour… Pour d’autres, c’est juste une perte de temps. Vous-mêmes, qu’attendez-vous aujourd’hui ?

    J’attends qu’il y ait quelque chose qui se passe dans le monde pour que les guerres cessent d’exister. Je réfléchis beaucoup sur la guerre, sur les réfugiés, et j’espère qu’un jour plus personne ne sera obligé de quitter son pays à cause d’une guerre. J’attends la paix.

    Vous êtes né en 1981, à Bagdad. Vous êtes devenu acteur et metteur en scène en Irak, avant de fuir l’Irak. Depuis 2005, vous travaillez en tant que metteur en scène en Belgique. Est-ce toujours la même raison qui vous motive d’être metteur en scène ?

    Oui, même si ce n’est pas facile de trouver sa place en Europe. Il faut du temps. Les gens ne vous connaissent pas, vous ne parlez pas leur langue, mais j’avais toujours gardé l’espoir. C’est mon travail, ma mission, ma vie. À Bagdad, j’ai étudié le théâtre pendant neuf ans. Après, j’ai dû quitter l’Irak à cause de la guerre. Mais j’ai continué à faire des pièces, des performances, des stages, j’ai enseigné dans les conservatoires et petit à petit des festivals internationaux ont commencé à me programmer.

    Dans vos autres pièces, pourquoi travaillez-vous si souvent sur Shakespeare ? Est-ce toujours la meilleure façon à comprendre le monde d’aujourd’hui ?

    J’ai étudié l’histoire du théâtre, des anciens Grecs en passant par Shakespeare jusqu’au théâtre d’aujourd’hui. J’ai mis en scène trois pièces de Shakespeare : Roméo et Juliette, Hamlet et Othello. En revanche, je l’ai mis en scène dans ma langue théâtrale. J’ai essayé de comprendre Shakespeare avec ma mentalité. Dans les pièces de Shakespeare, à la fin, les personnages meurent souvent. Chez moi, je rends aux gens une nouvelle vie. Alors c’est vraiment différent de Shakespeare [rires].

    « Body Revolution », de Mokhallad Rasem. Kurk van der Elst

    ► Lire aussi : «Soulèvements» au Jeu de Paume: «Je veux montrer des images d’espérance»

    Le programme du 34e Festival des Francophonies en Limousin, à Limoges, jusqu'au 30 septembre 2017.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.