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    Culture

    [Langues oubliées du Nobel] Jurés, osez l’albanais

    media Fatos Kongoli (à gauche) et Ismail Kadaré (à droite). Wikimedia/Albinfo & AFP/John Macdougall

    L’albanais compte 7 millions de locuteurs, répartis entre l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine, la Grèce, la Serbie et d’autres pays méditerranéens. Je ne résiste pas aux sonorités des deux parlers principaux : le guège au nord et le tosque au sud.

    La langue ne se limite donc pas à la seule Albanie, pays traumatisé par la dictature d’Enver Hoxha (1945-1985), qui fut d’ailleurs étudiant en France, puis professeur de français dans les années 1930.

    La Macédoine, la Serbie et l’Albanie ont chacune le statut d’Etat candidat à l’Union européenne. L’Académie suédoise pourrait envoyer un geste d’encouragement à l’égard d’une région mal-aimée, en distinguant une littérature particulièrement intéressante, d’où ressortent deux noms.

    Le plus connu en France est Ismail Kadaré. Né en 1936, dans la ville méridionale de Girokastër, il l’a décrite dans sa célèbre Chronique de la ville de pierre, agglomération pentue à l’histoire tourmentée. Connue dans l’empire byzantin comme Argyrokastron (« le château d’argent »), elle est passée sous contrôle ottoman, avant de connaitre une succession d’occupations (grecque, française, italienne et allemande) avant sa libération en 1944.

    Je garde un souvenir poignant de son premier roman, Le Général de l’armée morte, relatant, vingt ans après la guerre, les déplacements en Albanie d’un militaire italien, à la recherche des ossements de soldats disparus. Accompagné d’un prêtre, il s’interroge sur l’objet de sa mission.

    Marquée par la dénonciation de la dictature, l’œuvre de Kadaré compte plus de cinquante titres. Citons Spiritus (1996) où la police de Hoxha traque un esprit, Froides fleurs d’avril (2000) qui détaille les traumatismes consécutifs à l’oppression et pointe le retour de certaines lois coutumières médiévales comme la vendetta, Le diner de trop (2009) dans lequel un médecin de Girokastër négocie avec l’occupant nazi la grâce pour des otages, démarche qui lui vaudra des ennuis après la libération.

    Kadaré a survécu tant bien que mal à la dictature d’Hoxha, natif de la même ville. La possibilité (rarissime dans un pays verrouillé) de voyager en France a constitué pour lui des bouffées d’oxygène, ainsi qu’il l’exprime dans Matinées au café Rostand (2017). On peut croiser en effet l’écrivain dans cette brasserie parisienne.

    L’écrivain a reçu plusieurs prix prestigieux (Man Booker en 2005, Prince des Asturies en 2009, Prix Jérusalem pour la liberté des individus dans la société en 2015). Cette dernière distinction, Paz, Naipaul, Coetzee et Vargas Llosa l’ont obtenue par le passé. De bon augure pour le pilier des lettres albanaises ?

    A moins que, soucieux d’honorer une langue tout en saluant un écrivain moins en lumière, le jury Nobel ne choisisse Fatos Kongoli. Ce professeur de mathématiques, né en 1944, n’a pas écrit pendant les années Hoxha. Il s’est rattrapé depuis, avec des romans sombres, puissants, fort bien ciselés, qui contrastent avec sa personnalité joviale. Il aime partir de la réalité pour mener ensuite le lecteur dans un monde absurde, dans une poésie cauchemardesque.

    Je signale Le Dragon d’ivoire sur les tribulations d’un étudiant albanais en Chine, visiblement inspiré à l’auteur par ses trois années d’études à Pékin : son attirance pour une Chinoise lui vaut une pluie de menaces et plus tard à Tirana, sa femme le quittera pour des motifs politiques.

    Dernier volet d’une tétralogie, Le rêve de Damoclès se passe dans la tête d’un jeune homme, perturbé par un amour fou. Sur fond d’un quotidien mafieux et corrompu, spectres du passé et pistes brouillées donnent un roman hallucinant.

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