GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 14 Novembre
Mercredi 15 Novembre
Jeudi 16 Novembre
Vendredi 17 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 19 Novembre
Lundi 20 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • COP23: la communauté internationale s'accorde pour évaluer en 2018 ses émissions de CO2
    Afrique

    [Langues oubliées du Nobel] A quand le kikuyu?

    media L'écrivain kenyan Ngugi wa Thiong'o, ici en 2012. Wikimedia Commons/Niccolo Caranti

    Si les jurés Nobel désignaient Ngugi wa Thiong’o, c’est un message intéressant qu’ils enverraient : la mise en valeur des langues marginalisées par la colonisation. Le nom de cet écrivain kényan circule d’ailleurs depuis plusieurs années à Stockholm. L’Académie suédoise ferait en outre un clin d’œil à la démocratie, sachant que, sentence rare, la Cour suprême à Nairobi a invalidé le 20 septembre l’élection présidentielle.

    Avec sept millions de locuteurs, le kikuyu (orthographié aussi gikuyu) est la première des soixante-quatre langues parlées au Kenya. Le pays compte deux langues nationales, l’anglais et le swahili, mais très peu d’habitants les possèdent comme langue maternelle.

    Ecrire en kikuyu est une décision mûrement réfléchie par wa Thiong’o, né en 1938. Sa famille était impliquée dans la révolte des Mau Mau (1952-1956), matée par le pouvoir colonial britannique au prix de plus de 10 000 morts. Etudiant brillant, il est envoyé à Leeds et commence tout naturellement à écrire en anglais.

    Pétales de sang raconte ce passé douloureux qui entraina la misère en pays kikuyu. Notons au passage que Londres a fini par verser des indemnités à 5 000 survivants… en 2012. Au travers de plusieurs personnages accusés du meurtre de trois responsables d’une brasserie dans une bourgade, wa Thiong’o en profite pour dépeindre le désenchantement des campagnes après l’indépendance. La collusion entre la nouvelle bourgeoisie, qui a pris en main le pays, et l’ancien colonisateur « assèche » les terres et les fleurs rouges de l’hibiscus dont on fait le carcadé, boisson pleine de vertus.

    Le revirement de wa Thiong’o vient d’une pièce de théâtre qu’il a fait jouer en 1982. Ecrite en kikuyu, dénonçant les pressions autour du mariage, elle a un impact inattendu sur les spectateurs et sur son auteur. Détenu pendant un an, Ngugi décide de « décoloniser les esprits » et de promouvoir sa langue maternelle pour se rapprocher de son peuple. Le Nigérian Soyinka, pourtant fier de sa culture yoruba, n’aura pas cette audace-là.

    Certes wa Thiong’o continue à utiliser l’anglais dans ses essais. Mais pour son œuvre littéraire, il se fait traduire en anglais par une universitaire de talent, Wangui wa Goro. Son roman Caaitani mutharaba-Ini, en 1980 traduit sous le titre Devil on the cross, fait mouche : à travers les errances d’une jeune femme quittant son village pour la capitale où elle se fait exploiter, l’auteur décortique les méfaits d’un système économique importé. Composé pendant sa détention sur les marges de sa Bible et sur du papier toilette, le texte confisqué par les autorités pénitentiaires lui sera restitué et lui confèrera une aura supplémentaire.

    Ngugi wa Thiong’o se trouve à l’étranger quand survient une tentative de coup d’Etat contre le président Daniel Arap Moi en 1982. Monté par des officiers de l’armée de l’air, le pronunciamento échoue, faisant plus de cent victimes. L’écrivain, craignant pour sa vie, annonce qu’il ne remettra plus les pieds dans son pays tant qu’Arap Moi sera au pouvoir. Cela va durer vingt ans. Pendant ce temps wa Thiong’o part enseigner aux Etats-Unis.

    Son retour à Nairobi se passe mal. Son épouse et lui sont victimes d’une attaque crapuleuse dont on ne peut croire qu’elle soit due au hasard.

    Maître dans l’art de raconter, il publie Murogi wa Kagogo, traduit en 2006 sous le titre Wizard of the Crow, une immense fresque de 700 pages, drôle, absurde, ensorcelante, sur une république fictive dirigée par un kleptocrate. Par la suite, les textes qu’il produit portent sur ses souvenirs et ses combats : un handicap peut-être pour le jury Nobel qui apprécie les écrivains en pleine création.

    ►Tous les billets du blog littéraire de Georges Lory

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.