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    [Langues oubliées du Nobel] Qui en veut aux lettres néerlandaises?

    media Cees Nooteboom à Montevideo, la capitale de l'Uruguay, en 2013. AFP/Panta Astiazaran

    C’est une histoire de fesse qui, dit-on, prive depuis des lustres le monde néerlandophone d’un prix Nobel. Cet ensemble de 23 millions de locuteurs, réparti entre les Pays-Bas, la Flandre, le Surinam et les Antilles, fait émerger depuis des siècles des écrivains de talent, dont plusieurs auraient mérité la célèbre récompense.

    Le Flamand Louis Paul Boon (1912-1979) a été pressenti dans les années 1970. Ce socialiste libertaire, pourfendeur de l’occupation dont son pays a été longtemps victime, abordait des thèmes qui plaisaient à Stockholm. Son chef d’œuvre datait de 1953 : De Kapellensbaan (traduit en français par La route de la chapelle), peignait une fresque héroïque et glauque du monde ouvrier par le biais d’une construction étonnante, deux récits se croisant avec les récits médiévaux du Roman de Renart.

    L’Académie suédoise délégua un représentant à Aalst auprès de l’écrivain afin de faire sa connaissance. Il fut reçu très cordialement à déjeuner. Après le repas, l’écrivain le prit à part dans son bureau. Dans le fond de la pièce, il écarta deux rideaux, dévoilant sa collection d’objets érotiques. Pour le Suédois puritain l’affaire était entendue.

    Il semble que cette malédiction se soit étendue à d’autres grands noms des lettres néerlandaises, proposées jadis pour le prix. Hugo Claus (Le chagrin des Belges) a choisi de mourir en 2008, ainsi que l’autorise la législation du royaume. Harry Mullisch (L’attentat) disparu en 2010 et Hella Haase (En la forêt de longue absence) en 2011, pourtant peu provocateurs, n’ont pas ému le jury.

    Il reste à ce jour un monument, il s’appelle Cees Nooteboom.

    Né en 1933, cet érudit est avant tout un voyageur philosophe. Son premier roman racontait un tour d’Europe en autostop. Observateur des sociétés qu’il traverse, maniant le latin, le français, l’allemand et l’espagnol, il aime tracer des parallèles dans le temps ou entre les civilisations.

    Ainsi dans Rituels (1980), il aborde la question du suicide et du temps. Le temps est le maître de toutes choses estime l’un des protagonistes, misanthrope qui règle sa vie sur des horaires stricts, alors que son fils méditatif juge que le temps n’a aucune valeur. Nooteboom établit une comparaison entre la cérémonie du thé au Japon et la Cène. Son livre est construit en trois parties volontairement désordonnées (1963, 1953, 1973), illustrant ce que l’auteur précisera plus tard : « Le souvenir est balloté entre le parfait et l’imparfait, de même que la mémoire, pour peu qu’on lui laisse libre cours, préfère le plus souvent le chaos à l’ordre chronologique ».

    Avec Mokusei ! (1982) l’auteur aborde la complexité des amours transculturelles. Un photographe néerlandais s’éprend d’une Japonaise et constate, à l’issue de leur relation de cinq ans, qu’il ne sait rien d’elle. Il la contemple endormie avec trois masques superposés : un masque asiatique naturel, son masque personnel impénétrable et le masque du sommeil.

    La notoriété de Nooteboom en France doit beaucoup à la finesse de son principal traducteur, Philippe Noble. Parmi ses écrits récemment traduits, signalons Le visage de l’œil, poèmes recueillis sur plusieurs décennies. On est admiratif devant les multiples références aux artistes du monde entier, de Thalès à Paula Modersohn-Becker, d’Ungaretti à Basho. Sous le beau titre J’avais bien mille vies, mais je n’en ai pris qu’une ont été rassemblés des aphorismes, des extraits de voyages ou de romans, soulignant la multiplicité des talents de l’auteur. Avec, entre autres, cette remarque : « Les Hollandais ne se fréquentent pas, ils se confrontent… Ils laissent leurs rideaux ouverts et y voient une forme de vertu. »

    Si, pris par un souci d’alternance entre les sexes, le jury se décidait à couronner une femme de lettres néerlandaise, Anna Enquist ne déparerait dans le palmarès. Ce pseudonyme scandinave pourra faire bonne impression en Suède, mais l’écrivaine est née Christa Broer à Amsterdam en 1945. Pianiste et psychiatre, elle a d’abord publié de nombreux poèmes avant de se lancer dans la prose. Ses romans (Le chef d’œuvre, Contrepoint, Quatuor) ont toujours trait à la musique, à la psychologie, à l’éthique. On lui doit aussi un long roman sur la vie d’Elisabeth Cook, l’épouse du grand navigateur anglais. Le retour retrace l’attente d’une femme meurtrie par le décès de six enfants. On y découvre des personnalités attachantes : le roi George III qui veut implanter des bœufs anglais à Tahiti, Omaï, un pilote hawaïen qui n’a plus trop envie de quitter Londres et Isaac Smith, cousin de Mme Cook, qui finit contre-amiral.

    Si les Académies de Gand et d’Amsterdam avaient commencé plus tôt à conjuguer leurs énergies, nul doute que la cause des lettres néerlandaises aurait été mieux défendue à Stockholm. Après tout, elles valent bien les lettres suédoises qui ont déjà sept prix Nobel à leur actif.

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