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    Culture

    Le massacre des innocents, une peinture terriblement d’actualité

    media Le tableau de Nicolas Poussin à découvrir au château de Chantilly. © RMN - Grand Palais - Michel Urtado

    C’est autour de l’éclair de génie du plus italien des peintres français que l’exposition au château de Chantilly se déroule. Dans l’idée de confronter les lectures d’alors, aux relectures d’aujourd’hui, Le massacre des innocents de Nicolas Poussin a été exceptionnellement extrait de la collection permanente de la salle du musée Condé. Le tableau retrouve une nouvelle lumière, le temps d’un original accrochage au résultat étourdissant.

    Le massacre des innocents, tableau de Nicolas Poussin du 17e siècle, indispose et sidère encore. Francis Bacon resta sous le choc de ce tableau « qui est le cri le plus poignant de toute la peinture française, celui d’une mère dont on tue l’enfant sous ses yeux », selon l’académicien Pierre Rosenberg ex-directeur du Louvre et expert de Nicolas Poussin (1594-1665). Pablo Picasso se plaisait à surnommer Le charnier, un tableau autour des horreurs de la guerre, « Mon massacre ! » Le même peintre s’est exclamé après avoir visité les camps d’Auschwitz : « dire qu’autrefois les peintres croyaient qu’ils pouvaient peindre le Massacre des Innocents ! » Avec comme référent le fameux tableau de Nicolas Poussin, c’est un peu comme si chaque artiste avait voulu représenter la part du mal, éclairer cette ombre maudite qui habite la planète, tout comme parfois la psyché de l'être humain.

    Mais en quoi le massacre représenté par Nicolas Poussin est-il différent et si essentiel ? Pierre Rosenberg explique : « Le massacre des innocents est un tableau très lisible, facile à comprendre. L’histoire en est simple, il illustre l’épisode biblique durant lequel le roi Hérode décide de la mort de tous les garçons âgés de moins de deux ans. Mais ce qu’il a d’extraordinaire, c’est que ce n’est pas le massacre des innocents, mais le massacre d’UN innocent. Chez tous les peintres qui ont traité le sujet avant Poussin, il y a dans leurs tableaux, d’une part Hérode qui donne l’ordre de tuer tous les enfants et d’autres part beaucoup de monde et des cadavres en quantité. Chez Poussin, il n’y a pas Hérode, pas beaucoup d’enfants et pas de personnages bibliques ! Poussin a eu l’intuition d’éliminer ce qui est anecdotique et d’en faire une image différente, intemporelle qui a frappé les contemporains.  »

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    Le tableau de Nicolas Poussin © RMN - Grand Palais - Michel Urtado

    Pierre Rosenberg s’enthousiasme devant le tableau de Nicolas Poussin (il a étudié le travail de cet artiste de long en large) maintenant entouré d’un impressionnant Pietro Testa, un violent Cornelius Schut, mais aussi et surtout : « une œuvre de Guido Reni qui n’avait jamais quitté l’Italie depuis Napoléon ! Le prêt du tableau a été une grosse affaire, et très longue à négocier, mais c’était vraiment très important pour Nicole Garnier conservateur au musée Condé d’obtenir le prêt de ce tableau essentiel. En gage du tableau, le musée du Louvre a envoyé une grande composition de Guido Reni qu’il possède », sourit-il.

    Guido Reni © Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Cultur

    « Mais ma casserole, regardez comme elle peut aussi crier ! »

    Voilà la gageure de cette exposition dans le bâtiment du Jeu de Paume qui jouxte le château de Chantilly : confronter Le massacre des innocents du 17e siècle à ses inspirations contemporaines comme à ses “rivaux” classiques, tel l’oppressant Léon Cogniet au 19e siècle. On pourrait s’amuser à parler de solution de continuité avec toute la confusion que cette expression suscite, car l’équilibre est bien souvent précaire, la ligne rompue par des artistes comme Francis Bacon, Pablo Picasso, Markus Lupertz, Ernest Pignon-Ernest… Ainsi, Alberto Alberola pour illustrer le génocide au Rwanda « s'est appuyé sur le soldat, son geste. Alors que pour d'autres peintres, c'est le corps et le visage de cet enfant qui va bientôt mourir qui les inspirent. Ou est-ce plutôt la mère ? » s’interroge perplexe Laurent Le Bon, président du musée Picasso.

    Trois créations ont été réalisées spécialement par Annette Messager, Pierre Buraglio et Jérôme Zonder. Sur la toute fin, le parcours de cette exposition pensée par les quatre commissaires (Pierre Rosenberg, Nicole Garnier, Laurent Le Bon et Emilie Bouvard) est jalonné des images d’actualité encore brûlante comme le corps du petit Aylan échoué sur une plage turque, les alentours du Bataclan ensanglanté, les visages d’enfants tués lors d’une attaque chimique en Syrie... Autant de massacres des innocents, autant de chocs visuels qui demeurent dans l’inconscient collectif et se rattachent involontairement de par leur effet médiatique à l’iconographie de Nicolas Poussin. Comme si ce cri (sans le son) demeurait assourdissant sur ce monde où tout semble hurler encore. Et Laurent Le Bon de citer Picasso quand il présentait son tableau : « Mais ma casserole, regardez comme elle peut aussi crier ! »

    Le charnier, Pablo Picasso The Museum of Modern Art, New York/ Scala, Florence

    On se doit auparavant de traverser la superbe salle du musée Condé du château de chantilly : « Ici, c’est l’accrochage typique du 18e siècle. On a un mur français et un mur italien ! » s’exclame Laurent Le Bon. Il ajoute : « C’est le temple de la raison, celui du duc d’Aumale, un environnement magique qui est encore plus magique quand on y installe une oeuvre contemporaine (en l'occurrence, un tableau vert de Vincent Corpet a pris la place du chef d’œuvre de Poussin). Car on avait aussi l’option de soit laisser l’espace vide, soit de faire une reproduction quasi identique ? Ce type de projet par la contrainte du duc d’Aumale (le tableau de Nicolas Poussin ne pourra jamais quitter l’enceinte du château, ordre posthume du duc) créé une liberté et c’est une modeste contribution au débat entre collection permanente et collection temporaire. » Il ajoute aussi : « Cette proposition autour du Massacre des innocents est un petit clin d’œil à nos amis qui pratiquent de la peinture qu’on ne voit pas tous les jours, et qui se plaignent de ne pas être reconnus par les institutions. »

    Annette Messager © Marc Domage

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