GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 15 Octobre
Lundi 16 Octobre
Mardi 17 Octobre
Mercredi 18 Octobre
Aujourd'hui
Vendredi 20 Octobre
Samedi 21 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Moyen-Orient

    L’art contemporain saoudien, une bonne surprise exposée à l’Unesco

    media « In the Howdah » (Dans le palanquin) (2017), détail de l’installation de Maisa Shaldan, artiste saoudienne, exposée dans « Route de l’encens », à l’Unesco, Paris. Siegfried Forster / RFI

    Cette « Route de l'encense » nous mène de surprise en surprise sous forme de magnifiques œuvres saoudiennes à découvrir. Un événement d’autant plus précieux que les artistes saoudiens présentent en personne jusqu’au 13 octobre leurs sculptures, installations, peintures et vidéos au siège de l’Unesco, à Paris. Des artistes hommes et femmes, de l’art abstrait et figuratif, dégageant un esprit étonnamment libre pour un pays redouté pour être soumis à la rigueur de la charia. L’exposition, la première édition européenne de la fondation saoudienne MiSK Art, avance avec bravoure et conviction à contre-courant.

    « En Arabie saoudite, les femmes sont à partir de l’année prochaine autorisées à conduire une voiture, mais dans cette exposition d’art contemporain saoudien, elles mènent déjà cette semaine la danse. » Avec cette boutade, Ahmed Mater, artiste saoudien renommé, commissaire de « Route de l’encens » et directeur exécutif du MiSK Art Institute, nous démontre son ambition et le chemin parcouru. En effet, parmi les onze artistes exposés il y en a quatre femmes. Mais laissons parler les œuvres…

    Le black box artistique doré de Maisa Shaldan

    Mi-ouvert, un scintillant rideau composé de losanges nous invite à prendre place dans le palanquin doré de Maisa Shaldan. L’artiste saoudienne a créé un univers mystérieux et miroitant où chaque pas, chaque geste et chacune de nos expressions nous renvoient à nos propres souvenirs. In The Howdah s’apparente à un black box artistique en or destiné à projeter nos émotions et cueillir nos mémoires :

    « Ground », une sculpture peinte de l'artiste saoudien Talal Al-Zaid. Siegfried Forster / RFI

    « Autrefois, quand les Arabes voyageaient, leurs femmes étaient à l’intérieur de cet howdah placé sur le dos d’un chameau, explique Maisa Shaldan. Les rideaux ont voilé leur regard, mais elles ont entendu tout le temps le bruit de leurs bijoux ou de cette caisse merveilleusement décorée et dorée. Avec cette installation interactive, les visiteurs peuvent imaginer ce qu’elles ont vécu. Ils sont invités de toucher les pièces à l’intérieur pour créer leur propre musique et leur propre expérience et de les lier avec la mémoire de ces femmes. »

    Quand les femmes font du bruit

    Ceux considérant que de faire de l’art contemporain en Arabie Saoudite ressemble à une balade dans des sables mouvants reconnaitront le génie de l’installation The Tale of Success. 400 pièces triangulaires - suspendues à une plaque verticale en acier et laiton cautérisés et colorés - construisent une plateforme ondulatoire. Chaque personne pénétrant dans cette zone en mouvement perpétuel provoque un changement de l’environnement et de la sonorité :

    L'artiste saoudien Talal Al-Zaid. Siegfried Forster / RFI

    « Dans mes œuvres, vous trouvez le son des femmes. Les femmes ont un impact très important dans notre société et elles peuvent faire du bruit – aussi dans le sens figuratif. Les sons de mes installations me rappellent aussi le bruit des bracelets en or de ma grand-mère », explique cette artiste à juste titre de plus en plus exposée et menant de front aussi son métier de psychologue et de mère de famille, et cela « sans problème », rajoute-t-elle, avant de se mettre le voile pour la séance photo.

    MiSK Art, « proposer un nouveau concept de partage culturel »

    C’est curieux à quel point les œuvres et la vie des artistes exposés vont à rebours de l’image véhiculée sur l’Arabie Saoudite dans les médias. Sachant que cette exposition est organisée et financée par MiSK Art, la fondation philanthropique créée et présidée depuis 2011 par Mohammed ben Salmane ben Abdulaziz, nommé en juin 2017 prince héritier d’Arabie saoudite et vice-Premier ministre.

    Vue de la vidéo « Reversed symmetry » de l’artiste saoudien Rashed Alshahsai, exposée dans « Route de l’encense ». Siegfried Forster / RFI

    Le but de la Fondation ? « Proposer un nouveau concept de partage culturel, affirme Ahmed Mater, à la fois artiste, médecin dans un hôpital et directeur de MiSK Art, créer des ponts culturels à l’intérieur et à l’extérieur de l’Arabie saoudite, être une plateforme pour les artistes. MiSK est une ONG. Ce n’est pas politique. Il ne s’agit pas de diplomatie culturelle. » Néanmoins, il explique la nouvelle vague d’art contemporain saoudien par « beaucoup de changements des deux côtés. Artistes et gouvernement repoussent les limites. Et les artistes se montrent très courageux en amplifiant ce mouvement à travers des sujets abordés et des dialogues entamés. »

    Arabie saoudite : une ouverture culturelle en marche ?

    Difficile de ne pas penser à une contre-offensive culturelle pour éclaircir l’image bien ternie du royaume wahhabite. L’Arabie Saoudite est considérée de pratiquer une des plus répressives censures au monde, de discriminer les femmes et les homosexuels. Sans parler des restrictions de la liberté d’expression, son 168e rang du classement mondial de la liberté de presse ou la condamnation du blogueur Raef Badaoui à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouet pour « insulte envers l’islam ».

    L’artiste saoudien Rashed Alshahsai. Siegfried Forster / RFI

    Malgré tout cela, dans ce pays sans salle de théâtre ni cinéma, une ouverture culturelle semble bien être en marche. En 2010, à Riyad, avait lieu la première exposition mixte où hommes et femmes pouvaient contempler l’art contemporain ensemble. En 2013 sortait Wadjda, le premier film jamais produit et tourné en Arabie saoudite, et de surcroit réalisé par une femme, Haifaa Al-Mansour. En février 2017, Sarah Al-Souhaimi est la première femme nommée à la tête d’une institution gouvernementale, la bourse. Egalement en février s'est tenu pour la première fois le festival pop culture Comic Con à Jeddah. Et en septembre 2017 est passé le décret avec lequel l’Arabie saoudite arrête en juin 2018 d’être le dernier pays où le volant est interdit aux femmes.

    À Riyad, l’intérêt monte pour l’art contemporain saoudien

    Pendant la dernière décennie, le nombre de galeries en Arabie Saoudite a doublé pour arriver aujourd’hui au nombre de six, remarque Talal Al Zaid, 36 ans, qui a grandi en Italie et pratiqué là-bas l’art du graffiti avant de revenir à Riyad. « Quand je suis retourné en Arabie saoudite, il y a douze ou treize ans, le défi d’être artiste contemporain en Arabie saoudite était qu’il n’y avait pas beaucoup de public pour ce genre d’art. En ce qui concerne mon travail, ici, il n’y a pas plus de limites qu’ailleurs. La seule chose qui a changé ces dernières années, l’intérêt pour l’art contemporain a incroyablement augmenté. »

    Détail de « The Tale of Success » de l’artiste saoudienne Maisa Shaldan. Siegfried Forster / RFI

    Son travail Ground paraît presque métaphorique pour une situation où les artistes détournent pas mal de choses et rendent visible ce qui était longtemps ignoré. Un peu à l’image des pneus éclatés trouvés sur le bord de la route et sublimés par Talal Al-Zaid. « Je ramène souvent des choses de l’extérieur à l’intérieur. En les plaçant hors de leur contexte d’origine, le dialogue commence déjà. Et chaque pneu a sa propre couleur et sa propre histoire à raconter… »

    « Ce n’est pas vraiment vous, mais seulement votre image »

    Rashed Alshahsai, 40 ans, propose une sorte de réinterprétation de l’aspect de symétrie dans l’art islamique. Cette figure proéminente de la scène artistique saoudienne a construit une installation ingénieuse, un espace cunéiforme tapissé de miroirs et rempli de tapis de prières : « Les gens peuvent participer à l’œuvre artistique, prendre les tapis de prière et les mettre ou accrocher où ils veulent. En réaménageant l’espace selon leurs souhaits ils deviennent partie de l’installation. »

    L’artiste saoudienne Maisa Shaldan. Siegfried Forster / RFI

    Son œuvre Reversed symmetry précède d’une certaine manière l’engagement et la participation grandissants de la population et offre un moyen et un endroit d’expression : « L’effet de mon installation repose sur un constat : à l’extérieur, d’un point de vue anatomique, les êtres humains sont très similaires. Mais à l’intérieur, leurs pensées et croyances sont très différentes. En même temps, ils peuvent être très proches de quelqu’un qui vient de l’autre bout du monde. »

    Pour lui, tout est finalement une question de point de vue : «Les miroirs provoquent un flou entre la réalité et l’image projetée. Quand vous regardez le miroir, vous savez que c’est vous. En même temps, vous savez que ce n’est pas vraiment vous, mais seulement votre image. »

    La question de l’art figuratif en Arabie saoudite

    Quant à l’idée reçue d’une interdiction totale de l’art figuratif en Arabie saoudite, il répond : « La scène artistique saoudienne était longtemps très isolée de la scène internationale. D’où l’idée très exagérée que des artistes saoudiens ne montrent pas des représentations humaines. Il y a des gens pour qui cette représentation ne devrait pas être montrée en art, mais il s’agit de certaines gens et non pas d’une interdiction générale. Comme vous voyez dans cette exposition, il y a beaucoup d’artistes qui ne suivent pas cette règle et créent librement. »

    Vue de l’installation vidéo « The Question » d’Abdullah Al-Othman dans l’expo « Route de l’encense ». Siegfried Forster / RFI

    « Oui, avant, il était difficile de montrer des œuvres figuratives, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, nous pouvons montrer ces images au centre-ville de Riyad, confirme Ahmed Mater. Regardez The Question. » L’œuvre en question consiste à un mur avec 28 vidéos montrant des visages en noir et blanc. L’artiste Abdullah Al-Othman a questionné 28 hommes et femmes sur Dieu et nous confronte uniquement avec les expressions faciales des réponses sans mettre le son. Le résultat est déroutant et révélateur pour un art cherchant à remettre le périphérique au centre. On pourrait continuer avec les personnages fantomatiques dans Epiphamania de la photographe Nora Alissa. Elle fait renaître l’ambiance du pèlerinage à La Mecque dans un film en 8 mm projeté en format panorama…

    « Route de l’encens » célèbre l’art, la vie et des valeurs

    Il faut saluer la puissance poétique et la profondeur artistique des œuvres exposées. Elles mériteraient bien de rencontrer un public beaucoup plus large, bien au-delà de cette présence de cinq jours à l’Unesco de Paris. Route de l’encens célèbre l’art et la vie, d’une manière subtile, sensuelle et surprenante. L’homme en sortira agrandi, doté d’une conviction renforcée de l’énergie universelle de la beauté et de la valeur fondamentale des droits de l’homme, aussi en Arabie saoudite.

    Route de l’encens, la nouvelle vague de l’art saoudien, Hall Ségur, Unesco, 7 place de Fontenoy, 75007 Paris, du 9 au 13 octobre 2017.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.