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    Afrique

    [Lettres du monde] Bakhita, la chanceuse

    media «Bakhita», de Véronique Olmi, édité chez Albin Michel. Albin Michel

    C’est en visitant Langeais, sur les bords de la Loire, que Véronique Olmi a appris l’existence de Joséphine Bakhita, la patronne du Soudan. Dédier une église de Touraine à une sainte africaine, cette manœuvre audacieuse vient d’un ecclésiastique atypique : Emmanuel Lafont a exercé longtemps son ministère à Soweto, puis a regagné un temps son diocèse de Tours avant de repartir comme évêque de Cayenne en Guyane.

    Personne ne connaît le vrai prénom de cette petite fille du Darfour. Bakhita, « la chanceuse » est un surnom arabe donné par les esclavagistes qui l’ont enlevée à l’âge de six ans. Peut-on vraiment parler de chance quand on est arrachée aux siens, forcée à marcher, mal nourrie, battue, tatouée, vendue et revendue ? Certainement pas, mais l’enfant montre un calme à toute épreuve, beaucoup d’empathie à l’égard de ses codétenus, une résilience hors du commun. Elle a sans aucun doute l’oreille pour les langues et des traits réguliers.

    A Khartoum qui vibrionne à l’approche du Mahdi, son propriétaire turc la vend au consul d’Italie. C’est ensuite l’embarquement pour l’Europe et la découverte d’une autre vie tout aussi déconcertante. Libre, Bakhita ne l’est pas. Elle choisit une forme de liberté intérieure en entrant dans les ordres, où on lui donnera le prénom de Giuseppina. Elle montre obéissance à chaque nouvelle affectation, même quand on la nomme sœur tourière pour répondre à la curiosité du public.

    Si une personne est à même de comprendre les orphelins et les pauvres, c’est bien elle : son attitude consolatrice, ses paroles rares et son regard profond font merveille. Bientôt, l’Eglise catholique se saisit de son histoire hors du commun et, alors que le fascisme relance la guerre en Afrique, confère un rôle public à cette religieuse discrète et meurtrie.

    Véronique Olmi met son style clair au service du destin de Bakhita, ce qui ne l’empêche pas de glisser quelques belles formules, comme ces « regards qui se fondent comme un baiser ». Elle sait donner de l’épaisseur à une personnalité complexe qui ne s’est livrée qu’à reculons. Elle donne de la vie aux personnages qui croisent l’exilée perpétuelle, tout en inscrivant ce parcours unique dans son contexte historique et social.

    Après son décès, Joséphine Bakhita (1869-1947) passe par toutes les étapes qui mènent à sa canonisation par Jean-Paul II en 2000, miracles compris. Il s’agit de la première sainte africaine qui ne soit pas morte en martyr.

    Pour ce beau roman, Véronique Olmi a obtenu le Prix FNAC 2017. Le livre a manqué de peu le prix Goncourt. Gageons que l’œuvre d’une écrivaine sur une femme digne saura émouvoir le jury du prix Femina.


    Véronique Olmi, Bakhita, Albin Michel, 2017

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