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    «En attendant les hirondelles», Karim Moussaoui raconte l’Algérie contemporaine

    media Mehdi Ramdani (Fjalil) et Hania Amar (Aïcha) dans «En attendant les hirondelles» de Karim Moussaoui. Hichem Merouche

    Trois histoires en un film pour raconter l’Algérie contemporaine. C’est l’audace du premier long métrage du cinéaste algérien Karim Moussaoui, né en 1976 à Jijel. Pour percer la réalité contemporaine de son pays, le cinéaste algérien a recours à un titre métaphorique. « En attendant les hirondelles », qui sort ce mercredi 8 novembre en salles, nous fait rencontrer le promoteur immobilier Mourad, la jeune fille Aïcha et le neurologue Dahman et chacun de ces protagonistes fait à sa façon face au passé.

    RFI : Votre film montre les dégâts provoqués par la politique et la société chez les individus en Algérie. Le titre En attendant les hirondelles, est-ce aussi une allusion au Printemps arabe qui n’a jamais eu lieu en Algérie ?

    Karim Moussaoui : Pas du tout. Ce n’est pas une allusion au Printemps arabe. C’est un titre que j’avais trouvé avant. J’avais commencé le scénario en 2009. Je parle du printemps des individus, peut-être d’un pays, en attendant que de meilleurs jours arrivent, que des choses soient un peu meilleures. Donc, je raconte ce qui se passe, le cheminement des individus au sein d’une société. Un cheminement naturel que je considère comme nécessaire. C’est une étape dans la vie de tout le monde pour évoluer. Au final, il s’agit de l’évolution d’un pays, d’un territoire.

    Au début du film, on voit un fils qui n’a pas de projet pour sa vie, on voit une voiture en panne, et on entend dire une femme : « j’ai l’impression que tout est arrêté. » Voulez-vous montrer le temps suspendu où rien ne se passe et en même temps tout change ?

    Oui, c’est ça. Je raconte cette étape où les personnages arrivent au bout de leur logique, au bout de leurs désirs, parfois aussi au bout de leurs illusions. Ils ne savent plus comment se renouveler, comment se réinventer. Donc tout est à cet endroit-là du questionnement : comment refaire les choses ? Est-ce qu’on les referait de la même manière ? C’est un sujet qui m’intéresse énormément, parce que c’est le processus même de l’évolution, du changement qui s’opère à ce moment-là.

    On a aussi droit aux rêves et aux déceptions d’une jeune fille, Aïcha. Elle est tiraillée et déchirée entre deux amours : l’une de raison, l’autre de passion. Vous exprimez cela dans le film surtout par la danse, par exemple avec une chorégraphie sur les gravats. Quel est le rôle de la danse dans votre film ?

    La danse est l’expression du corps, du désir. Je préfère de montrer la danse que de faire parler les personnages. Chaque fois, la danse exprime la libération du corps.

    Et aussi les non-dits ?

    Je ne suis pas sûr qu’il y ait des non-dits. Justement, ce film ne traite pas les non-dits. En fait, tout est dit. Le problème est à un autre niveau, c’est au niveau des décisions que doivent prendre ces personnages. Ils doivent faire des choix. Ce ne sont pas des personnages qui subissent. Je n’ai montré à aucun moment qu’Aïcha est contrainte de quoi que ce soit. Elle décide elle-même, sauf qu’elle est effectivement tiraillée entre un monde et une relation où les choses sont moins certaines. Elle préfère peut-être une illusion de sécurité. Moi, je ne crois pas à la sécurité. Je ne crois pas à la stabilité.

    Vous êtes aussi un réalisateur engagé pour les autres cinéastes en Algérie. Vous êtes membre fondateur de l’association culturelle de promotion du cinéma Chrysalide à Alger. Comment va aujourd’hui le cinéma en Algérie. Est-ce qu’il y a assez de salles et assez de public pour des films comme le vôtre ?

    Des spectateurs, oui. Bien sûr, il n’y a pas encore assez de salles. J’espère que d’ici quelques années, on pourra trouver de plus en plus de salles qui vont faire naître de plus en plus de distributeurs et de producteurs et de réalisateurs et peut-être même des écoles de cinéma.

    Et plus de subventions d’Etat ?

    La subvention d’Etat est nécessaire, mais je pense qu’il y a aussi une économie à créer : par la billetterie, etc. C’est vraiment un enjeu très important de fabriquer des images qui viennent de l’Algérie. Peu importe la nature des images. Il s’agit de raconter la vie qui se passe là-bas et c’est dommage que cet aspect de l’Algérie n’apparaisse pas souvent.

    Karim Moussaoui, réalisateur du film « En attendant les hirondelles ». Siegfried Forster / RFI

    [L'interview a été réalisée pendant le Festival de Cannes]

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