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    Culture

    [La vie des mots] Trois jours de francophonie à Francfort

    media «Francfort devient française», pouvait-on lire sur une banderole exposée à la foire du livre de Francfort, en Allemagne, le 10 octobre 2017. REUTERS/Ralph Orlowski

    Un Astérix gonflable domine l’agora. Sous le soleil d’octobre, crêperie, flammekueche et pizzeria végan font recette. L’immense place est bordée par six bâtiments. La Foire de Francfort a la réputation d’être le plus grand rassemblement du genre, avec 300 000 participants, dont 60% sont des professionnels. En cette année 2017, la France et la francophonie sont les invités d’honneur de la célèbre Buchmesse.

    Il s’agit d’abord de business : tous les stands sont jalonnés de petites tables où l’on vient discuter affaires. Mais, contrairement à l’irascible Demesmaeker de Gaston Lagaffe, les contrats finissent par se signer. Le public n’est admis que le week-end, car les libraires allemands, partenaires de la Foire, veulent éviter que la manifestation ne vide trop leurs échoppes. Un étage est réservé aux seuls agents littéraires. Il faut montrer patte blanche à chaque rendez-vous.

    Pour cette fête francophone, le pavillon d’honneur est divisé en grande Bühne et petite Bühne. La première accueille les conférenciers. Quand je passe, Boris Cyrulnik, Valérie Zanetti et Ramona Badescu disent tout le bien qu’ils pensent de la déclaration des droits de l’homme. La seconde abrite des planches de BD et la presse de Gutenberg. L’inventeur de l’imprimerie a vécu en exil à Strasbourg. Est-ce pour cette raison symbolique qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron ont assisté au tirage d’une grande feuille devant les caméras des télévisions ? Il faut beaucoup de force pour activer le timon de la presse (quelqu’un connaît-il le terme adéquat ?)

    Les débats télévisés se tournent sur un sofa (das blaue Sofa), perché sur des marches en forme de livres. Daniel Cohn-Bendit se montre optimiste sur les réformes en France. Un peu plus tard, il quittera la Foire sur un solide vélo noir, équipé d’une judicieuse loupiote clignotante.

    Au stand albanais, une grande bannière annonce que le livre Kosova, mon amour, de Klara Buda a remporté un prix. Les imposants stands Hachette US et Hachette UK se trouvent à l’étage des anglophones. L’Afrique du Sud a réuni ses petits éditeurs sous un grand drapeau national.

    Plusieurs maisons africaines ont fait le voyage. Parmi les éditeurs indépendants, je retrouve Dodo vole de Madagascar, Bakamé (qui signifie lièvre en kinyarwanda), Graines de pensées du Togo, Ntsame du Gabon, Presses universitaires d’Afrique et Editions Proximité du Cameroun, Ruisseaux d’Afrique du Bénin… Beaucoup misent sur leurs beaux livres pour la jeunesse. On discute censure, projets de coédition, impact des dons de livres. Certains se retrouveront à Conakry, capitale mondiale du livre jusqu’en avril 2018.

    On me remet un opuscule, un jeu* truffé d’expressions francophones.

    Motamoter (Cameroun) : répéter mot à mot

    Blondiste (Algérie) : fumeur de cigarettes blondes

    Se dallasser (Côte d’Ivoire) : frimer comme dans la série Dallas

    Camembérer (Sénégal) : sentir des pieds

    Prendre l’apollo (Rwanda) :  voyager sur le toit d’un bus bondé

    Au Tchad, un enfant nivaquine est hyperactif. En Nouvelle-Calédonie, un soutien-gorge se dit cache-papaye et au Québec magasiner fait plus élégant que lèche-vitrine.

    En pensant à mes amis belges, je crains qu’à force de guindailler en slaches dans son kot, le blogueur ne soit busé (… à force de faire la fête en tongs dans sa chambre, le blogueur ne soit recalé).


    * Salah Ben Meftah, Romain Eyheramendy, Yves Hirschfeld. Casse-moi l’os ! Parlez-vous francophone ? (Le livre de poche, 2017)

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