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    Li Chevalier, la Chine et la France, tout un art

    media L'artiste peintre Li Chevalier dans son atélier en région parisienne. Siegfried Forster / RFI

    Être artiste entre la Chine et la France, c’est tout un art. Dans ses créations, l’artiste peintre Li Chevalier concilie l’éphémère et l’éternel, le délicat et le monumental. Née à Pékin, sous la terreur de la révolution culturelle, et formée à l’art contemporain en Europe, la Franco-Chinoise adore la beauté, synthétise les paradoxes et célèbre le croisement, à l’image de « l’encre expérimentale sur toile ». La première monographie sur son œuvre vient de paraître aux éditions du Cherche Midi. « Trajectoires de désir » rassemble sur 216 pages en grand format ses toiles ténébreuses et ses installations folles comme sa « Symphonie visuelle », une forêt d’instruments à cordes peints. Il y a aussi des éclaircissements apportés par des philosophes comme Luc Ferry et Raphaël Enthoven ou l’historien d’art Gérard Xuriguera. Entretien avec Li Chevalier dans son atelier en région parisienne.

    RFI : Votre atelier à Ivry-sur-Seine, est-ce pour vous le lieu où l’œuvre naît ou juste l’endroit où vous exécutez une idée sur une toile ?

    Li Chevalier : Ce n’est pas le lieu des idées, parce que les idées, on les puise dans la vie, dans la rencontre, dans les voyages. S’il n’y a pas de vie, il n’y a pas d’idées de création. L’atelier ici est le lieu où les idées vont se concrétiser, où les sentiments sont extériorisés sur une toile. Quand j'étais étudiante, un de mes maîtres me disait : Question numéro 1, avez-vous des choses à dire ? Sinon la peinture va sortir un peu fausse. Il y a cette corrélation très forte entre ce qu’on peut décrire à travers les couleurs ou les formes et la vie de chaque artiste.

    De quelle façon commencez-vous une toile ?

    Prenons l’œuvre devant nous, La tentation de croix. L’escabeau à gauche de la toile représente le désir, une force qui tente vers le haut. En même temps, cet escabeau de désir ne s’appuie sur rien, sur le vide. Parce que, comment nous allons définir le désir ? Dès que vous allez satisfaire un désir, d’autres désirs vont se substituer. Donc, c’est un concept fluctuant, sans arrêt changeant. En haut, à droite, vous voyez une lumière. C’est peut-être l’idéal que nous voulons atteindre sachant qu’on n’y arrivera jamais. Le désir nous attire et provoque la souffrance. Mais le renoncement au désir, l’ennui, c’est encore pire…

    Expliquez-nous votre approche de « l’encre expérimentale ».

    C’est une peinture à la croisée de l’esthétique de l’Orient, l’encre de Chine, travaillée à l’eau, et en même temps, je travaille sur toile. Alors que traditionnellement, en Chine, la peinture à l’encre se réalise sur du papier de riz, un papier très fragile qui se rompt très vite. Donc, pour augmenter la force de l’encre de Chine, je transpose cet art du papier sur la toile. En revanche, la toile ne réagit pas de la même façon. Pour compenser ce manque de nuances, je rajoute des textures : du sable, du quartz, de la colle, même un produit chinois qu’on met dans la friture [rires].

    Pour vous, la nature profonde de l’encre de Chine est d’être imprévisible ?

    L’encre, mélangée avec de l’eau, cela court dans tous les sens… La nature de l’encre de Chine est d’être incontrôlable, mais, en même temps, l’artiste cherche à le contrôler, à exploiter les accidents à sa faveur. C’est une belle métaphore de la vie.

    Li Chevalier : « 8 Sept 11 The Sky of Beijing » (2014), 150 x 150 cm. Li Chevalier

    Vous avez un atelier en région parisienne, un autre à Pékin. Derrière, il y a deux manières différentes à créer ?

    Avant 2003, je faisais de la peinture à l’huile assez pure. Depuis, j’ai commencé ce grand virement vers la peinture à l’encre expérimentale. C’est une révolution de textures, donc l’intégration de collages et différentes matières à la surface. Ce sont des séries que je fais à la fois à Paris et à Pékin. J’ai vécu dans beaucoup de pays : deux ans au Japon, deux ans en Indonésie, beaucoup de temps en Moyen-Orient, deux ans en Angleterre, beaucoup de temps en Italie. Et, au total, sept ans en France. Chaque pays m’apporte quelque chose. Surtout le Japon avec cette simplicité, ce grand rapport, presque d’intimité, avec la nature.

    Vous êtes né en 1961, à Pékin, en pleine révolution culturelle en Chine. À l’époque, la « beauté » était plutôt interdite en Chine. Votre trajectoire artistique, comment est-il né ?

    Depuis le très jeune âge, j’étais sûre que j’allais être artiste. Et rien d’autre. La musique a pris le pas en avant, parce que j’avais une belle voix. C’était mon premier amour.

    Un premier amour rencontré dans la chorale de l’Armée rouge…

    Comme Mao Zedong avait supprimé tous les concours dans les conservatoires, les universités, etc., le seul débouché pour les jeunes Chinois sortant du lycée était d’aller dans une usine ou aller se faire recruter comme fonctionnaire ou militaire. L’armée populaire de la Chine a plein de troupes opératiques et elle choisit les meilleurs artistes. Il y a même un studio de production de films qui appartient à l’armée. Vous vous souvenez du film de Bertolucci, Le dernier empereur ? L’actrice qui jouait l’impératrice était une artiste de l’armée, comme moi. J’étais recrutée à l’âge de 15 ans.

    Quand est-ce que la peinture est entrée dans votre vie ?

    Au moment où je suis arrivée en France. Comme je chantais de façon traditionnelle, je ne trouvais plus de troupe de style chinois. Si je voulais continuer la voie artistique, c’était soit l’écriture, soit l’art visuel. Le jour où j’ai visité Florence, c’est là où tout est né. La découverte de l’héritage de la Renaissance, ça fut un coup de massue sur la tête. Au retour, j’ai rêvé en couleur, des rêves remplis de peintures murales florentines. Depuis, je ne peux pas passer un été sans Florence, sans l’Italie, sans toutes ces villes chargées de l’histoire, de beauté.

    Vue de l’œuvre de Li Chevalier, « Au-delà de l’horizon » (détail), 290 x 350 cm, 2010. Siegfried Forster / RFI

    Mais après votre arrivée en France, vous avez d’abord fait des études à Sciences Po…

    … complétées ensuite par un DEA de philosophie politique. Vous comprenez certainement pour quelle raison… Regardez mon tableau là-bas, celui avec un grand point d’interrogation. Ce point d’interrogation est le résumé de mon parcours. C’est un questionnement portant sur un régime, sur les valeurs de l’homme, sur tout ce qu’un peuple a dû subir durant ces dix ans de destruction massive de notre culture, de l’homme lui-même. Cette souffrance m’a apporté quelque chose à Sciences Po et à la Sorbonne et aujourd’hui je l’ai réalisée sur la toile avec ce grand point d’interrogation. C’est vraiment une œuvre qui me représente.

    Lors de votre examen aux Beaux-Arts du College Central Saint Martins des Arts et du Design de Londres, vous avez intitulé vos œuvres « A la recherche de la beauté perdue ». Entretemps, avez-vous retrouvé la beauté ?

    L’un des meilleurs compliments que mon professeur m’a donnés lors de cette grande exposition de fin d’études était de dire : « tout va bien, sauf une chose : c’est trop beau ». Est-ce que le beau peut aller avec le mot « trop » ? On n’a jamais trop de beauté. Lorsque je suis arrivée en France dans les années 1980, j’étais très surprise de l’orientation prise par l’art contemporain en Europe où l’on privilégie le vrai, l’invention, la multiplication de différents formats d’expressions artistiques.

    Moi, je viens de loin. Durant la révolution culturelle, on a piétiné la beauté. Si une femme mettait du rouge à lèvres, comme moi aujourd’hui, elle était tout de suite critiquée, par les professeurs, les voisins, par tout le monde. À l’époque, dans ma classe, il y avait un garçon qui avait des cheveux bouclés. Quand les contrôleurs sont passés dans la classe, ils l’ont tiré de sa chaise en disant : pourquoi as-tu frisé tes cheveux ? Toute tentative de se rendre beau était absolument interdite. Ma grand-mère avait caché sa très belle robe en soie au fond d’une valise. Elle nous a dit : le jour de ma mort, vous pouvez me la remettre.

    La couverture de votre livre Trajectoires de désir montre une de vos installations monumentales, une Symphonie visuelle avec ses violons peints entourés de voiles d’idéogrammes.

    Symphonie visuelle signifie de faire une symphonie, mais visuellement, pas par les sons. C’est très difficile. Cette installation a été créée en 2013, avec le concours musical de l’Orchestre national symphonique de Chine. J’avais invité le violon solo de l’Opéra de Paris, Frédéric Laroque, qui m’a accompagné fidèlement dans tous les vernissages. L’Opéra de Pékin voulait inviter aussi Philippe Jordan comme chef d’orchestre dans ce lieu si symbolique pour la rencontre culturelle entre la Chine et la France. L’Opéra de Pékin, c’est le chef-d’œuvre de l’architecte français Paul Andreu.

    Au début de l’année 2017, au musée d’art contemporain de Rome, j’ai réadapté et réintitulé la Symphonie visuelle, parce que j’ai utilisé le mot « polyphonie ». Pour moi, cela colle peut-être encore plus au contenu que je voudrais exprimer. La polyphonie, par rapport à l’harmonie, c’est que chaque partie a sa propre singularité. L’harmonie, c’est un peu : tout le monde chante en même temps, mais il y a un thème principal pour contribuer à la beauté. Dans la polyphonie, chacun garde une individualité et en même temps, on chante ensemble. C’est une métaphore de la vie. Aujourd’hui, les rencontres culturelles, dans un monde globalisé, c’est inévitable. Donc, il faut vivre de façon polyphonique [rires].

    « Polyphonie » (détail), installation de 30 œuvres de peintures expérimentales à l’encre de Li Chevalier au musée d’art contemporain à Rome. Li Chevalier

    Dans Trajectoires de désir, ce sont surtout les philosophes comme Luc Ferry et Raphaël Enthoven qui prennent la parole. La philosophie reflète-t-elle mieux votre œuvre que l’histoire de l’art ?

    À travers de ma vie, je suis très liée aux philosophes. Les personnes que j’admire le plus au monde, ce sont les philosophes. Ils m’ont rempli ma vie. Pour moi, la philosophie, c’est l’âme de l’humanité. Je peux exprimer mes sentiments, mes idées, visuellement, à travers mes peintures, mais ce n’est pas assez précis.

    Une de vos toiles est accrochée dans l’ambassade de France en Chine. Vous étiez aussi invitée à Bordeaux pour commémorer en 2014 le cinquantenaire des relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine. Quel est le rôle de l’art dans les relations entre la Chine et la France ?

    Je pense que je suis ambassadrice des deux côtés. Mon nom, Li Chevalier, résume bien ma position. Et mes toiles sont vraiment cette rencontre. Cette peinture à l’encre, mais sur toile, avec tous ces mixed médias que j’ai pu apprendre en Europe. En même temps, on voit tout de suite qu’il s’agit d’un peintre oriental.

    Je fais fréquemment des allers-retours entre Paris et Pékin. J’ai organisé aussi énormément de rencontres et d’expositions. Luc Ferry est venu et a été introduit à l’Académie des beaux-arts de Chine pour une conférence portant sur l’esthétique. Dès que je peux, je fais ce type de liaisons pour que les personnes puissent se croiser. Le manque de communication crée la tension, la méfiance mutuelle. Pour moi, l’art est la plus grande arme pour franchir cette barrière.

    Li Chevalier dans son atelier à Ivry-sur-Seine. Siegfried Forster / RFI

    Li Chevalier : Trajectoires de désir. Éditions du Cherche Midi, 216 pages. Monographie préfacée par Luc Ferry et commentée par Gérard Xuriguera, Raphaël Enthoven, Emmanuel Lincot, François Jullien, Geneviève Galley et Daniel Bougnoux.

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