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    Découvrir les archives inédites de Jean Rouch

    media DVD 10 : Ciné-portrait de Raymond Depardon par Jean Rouch et réciproquement (France, 1983) 12 min. @ Télélibération. Restauration argentique, numérisation CNC. Capture d'écran @ Editions du Montparnasse 2017.

    Temps fort de la deuxième saison du Centenaire Jean Rouch, les Éditions du Montparnasse publient « Jean Rouch, un cinéma léger », un coffret de 10 DVD. Au total, 26 films inédits de l'un des précurseurs du cinéma documentaire sortent ce 5 décembre en librairie. Andrea Paganini, délégué général du Centenaire, en a assuré la direction éditoriale. Un ouvrage coproduit par le Centre national du cinéma sous la houlette de Béatrice de Pastre, sous-directrice du Patrimoine et directrice des collections, qui a rassemblé, restauré et numérisé depuis 2008 l’ensemble de ce qui fonde aujourd'hui la Collection Jean Rouch du CNC. Récits croisés.

    Une aventure incroyable, ces inédits de Jean Rouch. Le coffret des Éditions du Montparnasse dévoile une partie jusqu’ici invisible de l’œuvre prolifique de ce génie protéiforme, ce « Maître fou » dont on ne finit pas de découvrir la richesse dans le cadre du Centenaire Jean Rouch. Au point que ses manifestations « vont se poursuivre » en 2018, confie à RFI Andrea Paganini, le délégué général qui a dirigé l’édition.

    Jean Rouch a tourné environ 180 films, finis ou pas finis, et « les 10 DVD proposent seulement 26 films, ironise-t-il. Presque autant que les 24 films en 5 coffrets déjà publiés par cet éditeur depuis 2005. »

    Précurseur du cinéma direct, acteur majeur de la Nouvelle Vague, l’ethnographe, ingénieur des Ponts et Chaussées, très aimé des cinéphiles, a enseigné son cinéma au travers de cursus universitaires en Afrique et ailleurs. Une école dont ses élèves se sont emparés, propageant chacun à leur manière son regard audacieux sur le monde. Notamment son approche des sociétés africaines au temps colonial et postcolonial. Mais pas seulement.

    « Le cinéma, art du double, est déjà le passage du monde réel au monde de l’imaginaire, et l’ethnographie, science des systèmes de pensée des autres, est une traversée permanente d’un univers conceptuel à un autre. » Jean Rouch, 1981.

    Le titre du coffret, Jean Rouch, un cinéma léger, traduit tout autant le mode de fabrication des films de Rouch, « leur intention, leur philosophie, leur dynamique fluide », que leur forme finale, « un cinéma souple, qui s’occupe des interstices, estime Paganini. Un cinéma agréable aussi, une anthropologie d’autrui, un désir de partager, de rire, de s’amuser ». Un spectacle.

    Le choix de ces inédits reflète « l’ensemble de cette œuvre vivante, organique, multiple et complexe, et ses différents types de films» explique-t-il. Le coffret s’ouvre sur les « Ethno-fictions », entre doc et fiction. Avec son fleuron, Babatu, les trois conseils, une épopée présentée en copie restaurée dans la section Cannes Classics 2017 et nommé en 1976 pour la Palme d’or. On y retrouve Damouré Zika et sa bande comme dans Jaguar ou Petit à petit... En plus, deux grands du cinéma nigérien, Oumarou Ganda et Moustapha Alassane, acteurs pour l'occasion. De même, Mariama Hima, autre grande amie de Rouch, ex-directrice du Musée national de Niamey, joue les guides à Venise entre pirogues et gondoles dans Cousin Cousine. Craquante.

    Les deux autres parties réunissent des films sociologiques ou anthropologiques. Elles mêlent, comme Rouch aime à le faire, les regards d’autres cinéastes, Raymond Depardon, Bill Witney ou l'Iranien Farrock Gafary, qu’il défie en leur tendant sa caméra. Il y a aussi les entretiens avec des monstres sacrés dont il a partagé les « terrains », comme Germaine Dieterlen en pays dogon, Amadou Hampâté bâ, Théodore Monod. A ne pas manquer, Funérailles à Bongo, fulgurant, spirituellement et esthétiquement. Et La Goumbé des jeunes noceurs, dont le rythme émeut aux larmes. Allez savoir pourquoi !

    Dialogue entre l’achevé et l’inachevé

    « Jean Rouch a un usage très particulier du cinéma, reprend Paganini. Dans sa période la plus abondante, entre 1960 et 1970, autour de Chronique d’un été, il pouvait avoir 40 projets de films en même temps ». Des films en tournage ou qui sortent en salle dans le cas des productions privées. « Son cinéma, très vivant, fait feu de tout bois. Il arrive qu’il prenne des bouts de films pour les mettre dans un autre. On a trouvé aussi parfois des grands blocs noirs, des amorces, en attente d’images complémentaires... »

    Les films de Jean Rouch sont des documents de travail. « Il les montre chez lui, au Comité du film ethnographique [qu’il a fondé en 1952 au sein du Musée de l’Homme], dans des colloques aux États-Unis, au Brésil ou au Japon. Il amène les bobines sous son bras, raconte-t-il. Il arrive qu’il les montre en cours de montage ou pas encore montées, parfois sans le son. Dans ce cas, il prend le micro et commente, lui-même, dans la salle. Une improvisation très construite. »

    C’est ce mélange qui produit un « effet réalité », très spontané, mais très préparé et pensé en amont. « Un cinéma qui a l’apparence du direct mais qui est bâti sur la longue durée ». Rouch effectuait des recherches pendant plusieurs années avant de tourner ce qui enrichit son cinéma.

    « Sur 80 films inachevés, une cinquantaine ont été éliminés, difficiles à exploiter en raison de leur état. Ensuite, le choix a été plus facile. Il s’est porté sur les plus près d'être terminés, se souvient Andrea. Cela est dû à « la méthode Jean Rouch ». Le dialogue tendu entre l’achevé et l’inachevé fait partie intégrante de la vision qu’il a de son œuvre, toujours sur le métier, toujours à reprendre et à finir… Mais Rouch a deux règles d’or. Il tourne une prise par plan, one shot. Et il filme l’histoire dans son déroulement chronologique. »

    Des rushes très proches de la version finale. De sorte qu’une partie du montage est déjà réalisée, hormis les coupes des claps artisanaux dont le coffret nous a laissé des exemples.

    Rassembler

    En fait, derrière le coffret Jean Rouch, un cinéma léger, c’est toute l’histoire de la « Collection Jean Rouch » que restitue pour nous ici Béatrice de Pastre. La directrice adjointe du patrimoine cinématographique et directrice des collections du CNC pilote depuis 2008 la collecte, l’inventaire et la restauration de ces films.

    La décision de sauver la collection intervient au moment où le Musée de l’Homme ferme ses portes pour travaux et où le Comité du film ethnographique (CFE) doit déménager. « Il fallait trouver un lieu d’accueil pour ces archives, raconte-t-elle. Et nous nous sommes partagés le travail avec Alain Carou, de la Bibliothèque nationale de France, en fonction des compétences de nos institutions respectives. Au CNC les archives filmiques et à la BNF les archives photographiques et papiers. »

    Témoignant des façons dont travaillait Rouch, les archives filmiques à rassembler se trouvent alors dans différents lieux. Le cinéaste visionnaire « montait ses films au Comité du film ethnographique. Mais il avait aussi des éléments au CNRS où il était chercheur, poursuit-elle. Sans oublier les films produits par Pierre Braumberger ou Anatole Dauman, Argos (Chronique d’un été), dont les éléments se trouvaient en partie aux laboratoires Neyrac et chez Eclair ».

    Une centaine de films restaurés

    En dix ans, le CNC a restauré et/ou numérisé une centaine de films. Des films de durées très variables, allant de 270 minutes pour Les Deux chasseurs (hors coffret) à moins de 10 minutes… Ces films figuraient dans les filmographies, mais n’avaient été présentés que dans des séminaires qu’animait Rouch à la Cinémathèque française et au Musée de l’Homme ou lors de ses conférences à Harvard, mais « pas au-delà de cet usage personnel. » Il était impossible de les projeter dans les festivals, et pour cause.

    La spécificité de Jean Rouch est de tourner en pellicule 16 mm inversible. La bobine développée en laboratoire est un positif et non un négatif (copie de l’original). « Si cet élément unique vient à être perdu, explique la spécialiste, alors il n’y a plus de film ! Cette « économie de production » a permis à Rouch de beaucoup tourner, justement, mais ses éléments sont très fragiles du fait de leur unicité. »

    Rouch tournait aussi avec une bande image et une bande-son séparées. Pour certains inachevés, il fallait synchroniser. Ou encore, la bobine image existait, mais pas la bande-son. « Des films muets pour le moment, reprend-elle. Certaines bandes-son, par nature plus fragiles que les bandes image, étaient atteintes du "syndrome du vinaigre", une forme de décomposition. Cela fait partie de l’histoire de cette collection qui a été d’un lieu à l’autre. » Il fallait aussi « enlever un maximum de poussière, dérayer les bandes qui avaient été projetées ». Et plus largement, restaurer des films détériorés par le temps.

    Une archéologie de Jean Rouch !

    Seuls les premiers films de Rouch, Banghawi, Hombori et Les magiciens de Wanzerbé sont en noir et blanc. Dès 1949, à partir de Circoncision, il tourne en couleur. Des bandes images qui n’ont pas été conservées à bonne température: 20 à 24 degrés au Musée de l’Homme au lieu des 12 ou 13 degrés requis. La pellicule a rapidement vieilli. D’où un gros travail pour retrouver « la bonne tonalité colorimétrique ».

    Ce réétalonnage s’approche le plus possible des couleurs originelles tout en gardant les nuances de la pellicule 16 mm qui n’a rien à voir avec l’image des caméras numériques. « Les émulsions photographiques n’étaient pas aussi contrastées qu’aujourd’hui. Les teintes sont beaucoup plus douces. »

    Priorité a été donnée aux films très abimés, pour tenter d’en sauver un maximum. Le CFE a indiqué les plus en danger, « ceux qui n’avaient plus de matériel projetable. Et on s’est concentré sur eux », précise Béatrice. Des films comme Ispahan, Lettres persanes, les Ciné-portraits, Taro Hokamoto ou Couleur du temps : Berlin. « Il n’y a eu pas de films perdus pour des causes matérielles. Tout ce qui a été collecté a pu être exploité, affirme-t-elle. Il y a encore des films qui ont des éléments manquants. Mais on a la trace de tous. Y compris pour Promenade inspirée : nous n’en avons qu’un fragment, en fait les coupes et les chutes, mais pas le film lui-même ! »

    La collecte, puis l’inventaire... Une archéologie de Jean Rouch ! Il y avait par exemple « des cartons pleins de petites chutes, plus ou moins importantes, qu’il a fallu raccrocher aux films auxquels ils appartenaient… Un vrai puzzle. » Les restaurations ont commencé parallèlement, argentiques en 2009, numérisées et étalonnées par la suite, puis numériques (Babatu) et, pour le DVD, numérisations, scans et légers réétalonnages.

    « On a été au bout de ce qu’on peut connaître de Jean Rouch, résume-t-elle. Tout n’a pas été restauré, mais les inventaires du CNC et de la Bibliothèque de France sont terminés, hormis des descriptions documentaires à compléter ». Et de souhaiter que « différents regards soient portés dessus. Plein de choses vont être écrites et dites sur Jean Rouch dans les années à venir grâce à cette collecte archivistique d’une richesse vraiment impressionnante. Des dizaines de recherches peuvent naître de l’exploration de ces archives. »

    À la demande des ayants droit

    Le CNC a beaucoup investi au titre de ces archives, mais dans la durée. « Jean Rouch a mangé une partie du budget alloué chaque année, indique-t-elle, précisant que le travail a été engagé à la demande des ayants droit : Jocelyne Rouch, ayant droit moral et ayant droit auteur, les ayants droit producteurs étant le CNRS et le CFE, ainsi que les Films de la Pléiade et du Jeudi pour deux films du catalogue Braumberger.

    « En laboratoire, indique-t-elle, ce type de travaux coûte entre 80 000 et 100 000 euros pour un film de 90 minutes ». Cela donne une idée des sommes engagées. Et pour le coffret des Editions du Montparnasse, le CNC a pris en charge 100% des frais techniques (sauf ceux des films de la Pléiade qui ont bénéficié toutefois d’une petite subvention du CNC).

    La directrice du Patrimoine rappelle enfin que « le CNC n’exploite rien ». Il met son matériel à la disposition de ceux qui exploitent leur catalogue et qui, en théorie, touchent une part sur les ventes du DVD. Mais de par les conventions qu’ils ont signées avec le CNC, « ils devront rembourser notre apport à hauteur de 30% de leurs bénéfices jusqu’à remboursement des restaurations », conclut-elle.

    Pour en savoir plus

    Jean Rouch, un cinéma léger. Coffret de 10 DVD. 26 films. Paris, Éditions du Montparnasse, 2017. 55 euros. Une proposition de la Fondation Jean Rouch et de l’association Centenaire Jean Rouch 2017. Editions Montparnasse est l’éditeur de l’œuvre de Jean Rouch en DVD depuis une douzaine d’années (5 éditions DVD).

    Une mallette de l'Institut français propose un certain nombre de ces films en diffusion non commerciale.

    Jean Rouch, l’Homme-Cinéma. Découvrir les films de Jean Rouch. Paris, CNC, BNF et Somogy Editions d'Art, 2017. 29 euros. Publié à l'occasion de l'exposition éponyme qui vient de s'achever à la BNF, il réunit l’ensemble des archives filmiques, photographiques et papier.

     

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