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    [La vie des mots] Connaissez-vous votre haplogroupe?

    media Des crânes d'homo sapiens. MANDEL NGAN / AFP

    Partager le même haplogroupe ne signifie pas que l’on se ressemble, ni que l’on partage une langue ou une histoire commune. Cela veut simplement dire un groupe possédant un ancêtre commun, suite à une mutation génétique. Les scientifiques distinguent 25 haplogroupes dans le monde, avec par la suite des ramifications multiples.

    La répartition des haplogroupes est passionnante pour étudier les migrations de l’homo sapiens. On sait que la première représentante du genre est née en Afrique. On débat encore pour savoir s’il s’agit de l’Afrique de l’Est ou de l’Afrique australe. Au nord de Johannesburg, un beau site classé, nommé Berceau de l’humanité, continue à livrer ses secrets. On sait que la première Eve a eu au moins deux filles qui ont transmis leur patrimoine génétique.

    Notre histoire commence il y a 200 000 ans, c’est-à-dire hier matin au regard de la vie de notre planète. Des hommes, suivant les animaux dont ils se nourrissaient, sont partis en direction du Moyen-Orient. A partir de là, sept vagues sont allées s’installer en Europe, tandis que d’autres poursuivaient leur chemin vers l’Asie. Profitant de situations climatiques favorables, quatre haplogroupes ont franchi le détroit de Behring au fil des millénaires et se sont répandus sur tout le territoire américain.

    Dans les années 1950, le navigateur norvégien Thor Hayerdahl a voulu prouver que le peuplement des îles du Pacifique s’était opéré à partir du Pérou. Ses deux traversées sur des bateaux en balsa, baptisés Kon Tiki, ont montré que c’était possible. Mais les études du généticien Brian Sykes ont prouvé que cela ne s’est pas déroulé de la sorte. A partir de la Chine, et singulièrement de Taïwan, les hommes ont très régulièrement poussé vers l’est leur curiosité.

    La génétique recèle des mystères qui restent à élucider : pourquoi certaines séquences majoritaires en Corée se retrouvent-elles chez des pêcheurs norvégiens ? On se souvient de ces illuminées qui ont prétendu toute leur vie être Anastasia Romanov, la fille du tsar Nicolas II, échappée par miracle au massacre de 1918. Aujourd’hui, leur imposture ne tiendrait pas une heure.

    Par l’étude de l’ADN mitochondrial, Brian Sykes s’est attaché à l’étude des sept haplogroupes que l’on retrouve en Europe*. Plutôt que de parler des haplogroupes U, X ou V, il leur a donné des noms féminins. Cela commence avec Ursula, arrivée voici 45 000 ans en Grèce, suivie par Xenia, Helena, Velda, Tara, Katrina jusqu’à Jasmine qui a quitté la Jordanie il y a 10 000 ans. Cet haplogroupe a apporté l’agriculture, mode de vie moins contraignant que la chasse. Une meilleure alimentation a amélioré la fertilité. Les descendants de Jasmine représentent 17% de la population européenne. On en retrouve de grandes concentrations en Allemagne et dans la péninsule ibérique.

    Comment connaître son haplogroupe ? Les femmes n’ont qu’un seul moyen, la recherche par l’ADN mitochondrial, qui permet de retracer leur histoire génétique de mère en mère. Les hommes disposent en plus du chromosome Y qui permet de remonter de père en père.

    La méthode est on ne peut plus simple. On se gratte l’intérieur de la joue avec une spatule dans un laboratoire d’analyse génétique qui vous remet le résultat une semaine plus tard. A Johannesburg, la biologiste qui m’a reçu était d’origine indienne. Je lui ai demandé quelle mutation génétique a caractérisé la toute première femme. On ne le sait pas encore, a répondu la scientifique, mais il se pourrait que ce soit le gène du langage. La vie des mots commence avec Eve.


    Bryan Sykes, The Seven Daughters of Eve, W.W.Norton & Company, 2001, revu en 2015.

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