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    François-Xavier Gbré à la Biennale de Bamako: «Mon intérêt premier, le passé»

    media Swimming pool III, Tracks series, Bamako 2009. François-Xavier Gbré

    Il est l’un des huit photographes sélectionnés pour l’exposition « Espaces déconstruits, mémoires sondées » aux 11e Rencontres de Bamako. Le photographe franco-ivoirien François-Xavier Gbré figure parmi les artistes nés après les mouvements de libération de l’Afrique des années 1960, présentés à Bamako, au musée du District, dans le cadre de la Walther Collection, une des collections particulières de photographies les plus importantes au monde. Entretien.

    RFI : Peut-on dire que vous êtes un habitué des Rencontres de Bamako ?

    François-Xavier Gbré : J’ai découvert les Rencontres de Bamako en 2009. Depuis, je suis revenu régulièrement. En 2011, j’ai été également dans la sélection officielle et je venais de m’installer au Mali. Malheureusement, il y avait l’annulation de l’édition 2013, mais j’étais aussi présent à l’édition de 2015 pour participer au festival Off.

    Comment avez-vous réussi à pénétrer ce temple de la photographie et de la réflexion iconographique contemporaine lors de votre première présence en 2011 ?

    Cela s’est fait complètement par hasard et je le dois à un ami en particulier, puisque je n’avais pas connaissance de ces Rencontres de Bamako. Vivant en Europe, j’étais un peu déconnecté de l’activité culturelle malienne. C’est un photographe qui avait déjà participé aux Rencontres, Ananias Léki Dago [photographe ivoirien, né en 1970], qui m’a parlé de l’existence des Rencontres. J’ai présenté donc un dossier. Bien heureusement, il a été accepté.

    C’est peut-être une question un peu utilitariste, mais à quoi ça sert pour un photographe de venir aux Rencontres de Bamako ?

    Ça sert à présenter son travail déjà sur le continent. Et comme le nom l’indique - et je pense que c’est le meilleur nom qu’on pouvait leur trouver - c’est avant tout des rencontres.

    Vous faites partie des artistes de l’exposition Espaces déconstruits, mémoires sondées. Et votre présence semble évidente, parce que votre travail est très axé sur l’architecture comme vecteur de mémoire. Comment est-ce que vous vous êtes orienté vers ce sujet ?

    Cela a pris pas mal de temps avant que je puisse faire passer mes recherches personnelles à travers les recherches plus plastiques ou en tout cas exprimer ce que je voulais réellement dire. J’ai choisi la photographie, il y a plus que 15 ans. J’ai failli m’orienter vers des études d’architecture. Et après de nombreuses années en tant qu’assistant de photographes dans divers secteurs, de la mode à la beauté en passant par la décoration, je me suis naturellement orienté vers les espaces. Donc j’ai retrouvé un intérêt pour l’architecture à travers la photographie.

    L’architecture touche tous les domaines de la vie. C’est extrêmement vaste. Un architecte s’intéresse à tout. Est-ce aussi votre cas ?

    Oui, je m’intéresse à pas mal de choses et le mot architecture serait même assez réducteur pour mon travail. Je m’intéresse plutôt aux espaces. C’est assez naturel. Je suis né en ville, j’ai grandi en ville…

    Vous êtes né en 1978 à Lille, vous vous êtes formé à Montpellier…

    Oui, tout au sud de la France. C’était toujours de grands écarts entre le Nord et le Sud. L’environnement urbain m’a toujours entouré.

    Aujourd’hui, vous êtes installé à Abidjan, vous avez passé beaucoup de temps en France, donc en Europe. L'organisation de l’espace et l'organisation de l’architecture sont extrêmement différentes les deux côtés de la Méditerranée. Est-ce que les récits photographiques, vos clichés, les rapprochent ?

    Ils les rapprochent et les éloignent, mais après, tout dépend des villes dans lesquelles on travaille. Bamako est une ville très différente d’Abidjan qui est également très différente de Dakar. Et il est impossible de trouver une réelle unité de construction entre ces villes. Mais il y a aussi des liens, des connexions, notamment au niveau de la densité. Ensuite, mon intérêt premier était aussi de travailler sur le passé, sur ces lieux passés et oubliés, parce qu’abandonnés, mais ce sont des lieux d’histoire.

    Pour vous, les paysages, et au-delà des paysages, des lieux d’une façon générale, racontent l’histoire, le changement social de la vie des hommes et leurs relations.

    Ils constatent que l’histoire des hommes est écrite sur les murs. Alors, c’est vrai que mes images montrent très rarement des personnages, mais, par contre, j’essaie de faire passer ce que les gens ont fait.

    Ces murs, ils les ont subis ? Où sont-ils aussi des acteurs de ces changements sociaux ?

    Je dirais les deux. Parfois, ils les ont subis et parfois, ces lieux sont réinvestis et transformés, parfois des plus belles de manières, et parfois moins.

    Pour bien comprendre votre démarche. Quand vous arrivez dans un lieu, ce sont les traces qui vous intéressent ?

    Ce sont les traces. Je ne cherche pas à faire un constat architectural, mais j’ai aussi une implication personnelle. J’essaie de partager la vie que ces lieux ont pu avoir. Donc, je m’intéresse aussi aux détails et j’y cherche effectivement les traces de vie que l’homme a pu laisser sur son passage.

    Avec un fort travail de documentation en amont ? Ou, au contraire, vous arrivez complètement vierge et vous vous imprégnez du lieu ?

    Les deux. Parfois avec un travail de documentation en amont, parfois j’essaie de ne pas avoir d’images. Parfois, ce sont de belles surprises et de grandes découvertes comme la piscine olympique de Bamako que j’ai photographié en 2009, lors de mon passage à mes premières Rencontres.

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    ► Les photographies de François-Xavier Gbré sont exposées dans le cadre de l’exposition Espaces déconstruits, mémoires sondées, à l’occasion des 11e Rencontres de Bamako, jusqu’au 31 janvier 2018.

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