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    «César», le créateur du «pouce» enfin célébré au Centre Pompidou

    media « Le Pouce » en bronze, de César, installé sur la piazza du Centre Pompidou-Paris à l’occasion de la grande rétrospective consacrée à l’artiste. Siegfried Forster / RFI

    Le public adore les sculptures et le personnage de cet artiste unique en son genre. Tout le monde connaît la barbe de César, son pouce géant et ses voitures minutieusement compressées. Presque vingt ans après sa mort, en 1998, à l’âge de 77 ans, ce Marseillais de naissance et Parisien de vocation a droit à sa première rétrospective au Centre Pompidou. Elle nous réserve plein de surprises, des pièces jamais montrées comme les enveloppages jusqu’aux clins d’œil à l’art africain. Majestueusement mise en espace sur un gigantesque plateau de 2 000 mètres carrés au dernier étage ouvert sur la ville, l’exposition à Beaubourg rend visible la création multiforme de ce génie des outils et matériaux au service de l’art.

    César a popularisé le pouce avant Facebook. Il a compressé le monde avant l’avènement du téléphone portable. Et ses expansions ont célébré la propagation exponentielle et erratique avant le règne des réseaux sociaux. Empreintes humaines, compressions, expansions… il arrive rarement qu’un artiste impose autant de techniques et procédés transformés en paradigmes d’une époque.

    « C’était très important de lui rendre hommage et de lui redonner enfin sa place essentielle dans la sculpture et du XXe siècle et de l’influence qu’il a eue au XXIe siècle, affirme Bénédicte Ajac, la commissaire associée de l’exposition. C’est à la fois un sculpteur qui est issu de la tradition, qui est très classique, et qui est à la fois un grand expérimentateur, un grand inventeur de quelques gestes fondamentaux que sont, par exemple, les compressions, les expansions et les empreintes. »

    César, une œuvre populaire et puissante

    L’œuvre de César est populaire et puissante à la fois. Au sixième étage du Centre Pompidou, 130 œuvres rivalisent pour attirer l’œil du visiteur. À peine entré dans l’exposition, L’Esturgeon en fer nous saute aux yeux. Cette sculpture de trois mètres de large, réalisée à la soudure rapide, à l’arc, à partir de déchets ferreux, à la fois drôle, ingénieuse et élégante, avait inauguré sa carrière en 1954.

    « Je suis devenu sculpteur, parce que j’étais pauvre ! », avait affirmé César, fils d’immigrés italiens, né en 1921 à Marseille. Ce qui explique aussi son goût pour le matériau de récupération. Malgré ses formations et ses prix aux écoles des beaux-arts à Marseille et Paris, il s’est toujours considéré comme un autodidacte, toujours prêt à changer de direction.

    « Le Sein » et « Le Pouce »

    Au Centre Pompidou, la scénographie a enlevé toutes les cimaises, nous offre toute l'œuvre de César et sa cohérence sur un coup d'œil, nous encourage à trouver notre propre chemin dans l’univers césarien. Rester encore dans la période des fers soudés, à l’image de la Chauve-Souris (1954) qui pend du ciel ? Ou passer tout de suite à la Plaque femme, une accumulation de tubes où un morceau de jante ressemblant à un sexe de femme a donné le nom à l’œuvre réalisée en 1963. Tout près nous attend une expansion, Le Sein géant, en résine de polyuréthane laquée, d’une danseuse du Crazy Horse, de 1967. Il avait mis deux ans avant de maîtriser le caractère volcanique du polyuréthane.

    Son célèbre Pouce existe dans toutes les tailles : de 42 cm en passant par le bronze de 6 mètres de haut exposé actuellement sur la piazza du Centre Pompidou, jusqu’à la version de 12 mètres qui trône sur le parvis de La Défense. « Le Pouce peut résumer l’œuvre de César, avance Bénédicte Ajac. C’est à la fois une œuvre qui est classique, innovatrice, abstraite, qui symbolise le corps humain, qui peut avoir un caractère sexuel, qui a été décliné dans toutes les tailles et dans toutes les matières… »

    « Pouce » (1965, bronze poli) et « Sein » (1967, résine de polyuréthane laquée) dans l’expo César au Centre Pompidou. Siegfried Forster / RFI

    Une Rolls-Royce écrasée, mais non signée

    Sans oublier les premières voitures compressées des années 1960, ces chefs-d’œuvre de plusieurs tonnes, rapidement entrés dans les cœurs du public et dans l’histoire de l’art. La Vicomtesse Marie-Laure de Noailles lui demande de compresser en 1961 une luxueuse berline soviétique, la Zim, qu’elle installe fièrement dans son hôtel particulier. Avide d’avoir sa propre Compression, un homme d’affaire lui propose de compresser sa Rolls-Royce. César s’en charge, mais, mécontent du résultat, refusa de signer l’automobile écrasée. Ambiance garantie…

    César était un maître à créer du désir. Par exemple, quand il prend des produits déclarés désuets – un téléphone filaire, une machine à écrire, un ventilateur – les enveloppes sous plexiglas et fait naître des bulles féériques, à la fois touchantes et inapprochables, baptisée Enveloppages, une des très grandes surprises de l’exposition.

    Un homme libre

    Stéphanie Busuttil-Janssen, présidente de la Fondation César et dernière compagne de l’artiste, définit le côté unique du sculpteur ainsi : « César, ce sont quatre artistes dans un artiste. Quand on voit l’exposition, c’est un sculpteur qui est vraiment un homme libre, un homme de son temps. Avec des périodes qui sont effectivement les fers soudés dans les années 1950, mais qui, dans les années 1960, va être en rupture totale avec cette sculpture plus classique en développant toute une partie qui sont les compressions. Et puis, en 1965, c’est l’homme des empreintes humaines. Et en 1968, c’est l’homme des expansions. »Donc, l'artiste ouvre quatre chantiers à la fois, toujours fidèle à sa phrase fétiche : « Recommencer n’est pas refaire ! »

    De la Dokumenta II au César du cinéma

    Quelques films projetés au début du parcours nous rappellent les mouvements injectés par le maître lors de la création des œuvres : un marteau qui s’acharne sur le fer à forger, des seaux de peintures inondant le sol, des voitures entières englouties par des engins monstres qui recrachent aussitôt une sculpture compressée au service de l’art…

    Le grand intérêt de cette rétrospective est également qu’elle donne à voir la manière de travailler de César. Comment il avait fait progresser plusieurs chantiers en parallèle, avec une inventivité et une création sans cesse renouvelées. Son génie a été vite détecté : en 1956, il participe à la Biennale de Venise, en 1959, il est invité à la Documenta II avant de rejoindre le groupe des Nouveaux réalistes à côté d’Arman, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle et Gérard Deschamps. Avec son art, il investit aussi l’univers du cinéma en créant en 1976 le célèbre trophée César, une compression en bronze, décernée pour les plus prestigieux prix du cinéma en France.

    Les compressions des années 1961 et 1962 (dont « Yellow Buick » et « Zim ») dans l’expo César au Centre Pompidou. Siegfried Forster / RFI

    Sa relation avec l’art africain

    Et quand il aborde le thème des Vénus, il y a même un clin d’œil aux arts africains. « César n’a jamais parlé d’arts premiers, précise Bernard Blistène, le commissaire de l’exposition. Il disait art africain, art nègre, il utilisait ce vocabulaire du passé. En même temps, il connaissait certaines choses, mais de manière intuitive. Il aimait beaucoup les objets populaires de l’art africain. Il avait ramené de l’Afrique entre autres des petites voitures de métal qui l’intéressait. Ces petites choses en tôle, faites à partir d’objets de récupération. Il aimait tout ce qui était lié à des objets de récupération.

    Après, je lui ai parlé des relations qui peuvent y avoir entre certaines figures de fertilité que vous trouvez dans l’art africain et son travail. Il le reconnaissait. Mais, vous savez, à cette époque, à Paris, dans les années 1950, 1960, il y a eu de grandes collections d’art primitif qui se sont constituées. Et il a pu voir des choses chez les différents collectionneurs. César était un homme qui sortait beaucoup en ville, donc, il a dû voir beaucoup de choses. Après, il ne les connaissait pas d’un point de vue [scientifique], il les connaissait d’un point de vue pratique et technique, puisqu’il a été toujours comme ça, un fétiche à clous, cela l’intéressait, parce que c’était des clous qui étaient fichés dans un morceau de bois. C’était plutôt cette réalité-là qui l’intéressait. »

    De Rodin et Picasso à Benglis et Lavier

    Rodin et Picasso étaient ses modèles absolus. Au dernier, il rendait hommage sous forme d’un Centaure sur deux pattes. À l’inverse, on peut se demander si la série d’Andy Warhol, Car Crash, initiée en 1963 (et dont l’œuvre Silver Car Crash s’est vendue en 2013 pour 105 millions de dollars), n’était pas influencée par les œuvres de César, présentées dès 1959 à New York. Parmi les artistes contemporains ouvertement inspirés par l’œuvre de César se trouve la peintre américaine Lynda Benglis, née en 1941, mais aussi le sculpteur américain Charles Ray, né en 1953, et bien sûr aussi le plasticien français Bertrand Lavier, né en 1949 :

    « Quand on voit les expansions de Lynda Benglis, dans un matériau encore plus contemporain que celui de César, cela fait évidemment penser à César, raconte Bénédicte Ajac. Et le rapport à la voiture chez Bertrand Lavier - même si lui est dans l’accident et que César n’est que dans la compression - on peut les rapprocher autour de cet objet iconique du XXe siècle, la voiture. »

    La plus grande fierté de César serait aujourd’hui certainement d’être présent dans le monde entier, résume Stéphanie Busuttil-Janssen : « Certes, la France est son pays et les plus grosses collections sont plutôt ici, mais les États-Unis, depuis les années 1950, ont pas mal de pièces de César, et surtout l’Europe : la Suisse, la Belgique…, il a eu aussi pas mal de choses en Asie, en Corée, au Japon et en Amérique du Sud. »

    César, rétrospective au Centre Pompidou-Paris, du 13 décembre 2017 au 26 mars 2018.

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