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    Une librairie d’altitude pour une autre histoire de la Bolivie

    media La Plural, une librairie située dans le quartier de Sopocachi, à La Paz, en Bolivie. RFI/Alice Campaignolle

    En Bolivie, la librairie et maison d’édition indépendante Plural, à La Paz, existe depuis vingt ans. Spécialisée en sciences sociales, elle attire les passionnés d’histoire et les sociologues curieux mais également les amoureux de la poésie. Un commerce qui résiste, malgré les difficultés.

    De notre correspondante à La Paz,

    A La Paz, la librairie Plural ne se dévoile pas facilement. Nichée dans le quartier bohème de Sopocachi, à 3 600 mètres d’altitude, on la trouve au coin d’une rue au dénivelé décourageant. Il faut s’armer de motivation pour gravir la calle Rosendo Gutierrez. Et le lecteur enthousiaste arrive à destination souvent essoufflé, toujours soulagé d’être parvenu au bout de son ascension.

    José Rosendo Gutierrez, qui a donné son nom à la rue, était poète, docteur en droit et en sciences politiques. « La Plural », comme on l’appelle ici, ne pouvait donc pas être mieux placée, s’étant spécialisée dans les sciences sociales et, un peu, dans la poésie. Installée dans un ancien internat, elle fait partie de ces belles demeures du quartier qui se font de plus en plus rares, remplacées par des gratte-ciel, commodes et sans charme.

    Il faut passer le portillon, gravir quelques marches et voilà le lecteur plongé dans l’histoire des mouvements sociaux boliviens, dans la sociologie et la politique du pays, mais également dans les contes autochtones… La première salle, au plancher qui craque sous les pas et encadrée par un lierre qui grimpe au mur, fait la part belle à la littérature. « C’est ce que lisent les plus jeunes », explique Miriam Quinteros, la propriétaire et gérante du lieu.

    « La Plural » n’est pas seulement une librairie, c’est également une maison d’édition, dont les bureaux sont installés à l’étage et l’imprimerie au sous-sol. La librairie du rez-de-chaussée se transforme donc en lieu de vente des ouvrages imprimés un étage plus bas. Et, de temps en temps, elle accueille la présentation, par l’auteur, d’un recueil de poésie, d’un roman ou d’un traité d’histoire. « Nous pouvons installer 40 personnes ici, raconte Miriam. Quand nous avons des auteurs plus connus, nous sommes obligés de louer une salle, car viennent parfois jusqu’à cent personnes .»

    La librairie, pas « une bonne affaire »

    Ici, si l’on vend le dernier Stephen King et la traduction en espagnol du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, l’offre se concentre essentiellement sur le national, tant en littérature qu’en sciences sociales. Côté littérature, les rayonnages accueillent beaucoup de contes et de poésie. En cette période de Noël, c’est vers ces ouvrages que se tournent les clients, raconte Miriam, la propriétaire.

    Avant d’acheter l’endroit, Miriam était employée : « J’ai travaillé ici 14 ans et les propriétaires de la maison d’édition voulaient vendre la librairie. Comme je connais bien les livres, on m’a proposé de l’acheter, et j’ai accepté. Ça fait trois ans ». Et Miriam de confesser qu’une librairie, ce n’est pas vraiment « une bonne affaire ».

    Les clients se font de plus en plus rares avec les années. Ici, en Bolivie, pas de concurrence d’Amazon, mais celle des livres piratés, disponibles sur Internet. « Et aujourd’hui lorsque l’on se pose une question, notre réflexe est de se tourner vers le web, pas d’aller chercher dans un livre », reconnaît Miriam.

    Librairie « familiale »

    Mais Oscar Rivadeneyra préfère l’odeur des livres à l’écran de son ordinateur. Retraité de 66 ans, il est un client fidèle de la librairie : « Je passe tous les mois pour voir s’il n’y a pas une nouveauté. Je m’intéresse surtout à l’histoire. Dans les livres qui sortent, j’apprends des choses qu’on ne m’a pas enseignées à l’école, et encore aujourd’hui, il y a des révélations sur l’histoire bolivienne. On ne sait pas tout ».

    Oscar a le profil-type du client régulier de la librairie. Ancien avocat, retraité, il a donc du temps et les moyens d’acheter des livres. Si les prix ne sont pas si élevés, de 40 à 180 bolivianos (de 5 à 22 euros) pour des romans ou des contes, cela reste tout de même une somme dans un pays où le minimum salarial est fixé à 250 euros. « Pour les ouvrages d’histoire en plusieurs tomes, les prix peuvent monter jusqu’à 700 bolivianos », explique Miriam.

    Chaque jour, elle explique avoir cinq à six clients, pas plus. « Surtout des gens âgés. Notre spécialité, les sciences sociales, n’attire pas particulièrement les jeunes ». Il faut le reconnaître, la librairie se fait discrète. Une petite pancarte, cachée par des arbres, indique pudiquement « Plural – Libros ». Rien de plus.

    Vue de l'extérieur de la libriaire La Plural, à La Paz, en Bolivie. RFI/Alice Campaignolle

    Il faut connaître La Plural pour s’y rendre. « Parfois, certains habitants du quartier qui viennent pour la première fois me disent qu’ils n’avaient jamais fait attention qu’il y avait une librairie ici, rit Miriam. Mais nous ne voulons pas faire tant de publicité non plus, nous aimons ce côté familial ».

    Mais si vendre des livres n’est plus un commerce prospère, une fois par an, à La Paz, les librairies sont en fête. Pendant les deux semaines de la Feria del Libro, « la fête du livre », le parc des expositions accueille bibliothèques, centres culturels, librairies et auteurs pendant deux semaines. « En 12 jours, nous vendons pour environ 110 000 bolivianos de livres », explique Miriam.

    La Feria est devenue un événement incontournable de la capitale bolivienne. Avec plus de 150 000 visiteurs, c’est un véritable rassemblement populaire qui a lieu chaque année en août ou en septembre. Il semblerait donc que si les librairies sont peu à peu désertées, les livres continuent de rassembler.

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