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    Europe

    La renaissance du peintre polonais Beksinski, «The Last Family»

    media Vue d’une œuvre (détail) de Zdzislaw Beksinski, « sans titre », 1977, huile sur isorel, 87 x 73 cm. Exposée à la galerie Roi Doré, Paris. Siegfried Forster / RFI

    Citez-moi spontanément un peintre polonais. Oui, il y a l’artiste conceptuel Roman Opalka (1931-2011) et la reine de l’Art déco, Tamara de Lempicka (1898-1980). Et puis, il y a surtout un génie à découvrir en urgence : Zdzislaw Beksinski (1929-2005). Cet artiste vénéré en Pologne reste pratiquement inconnu du grand public à l’étranger. La Galerie Roi Doré à Paris consacre actuellement une exposition à ses peintures déchirantes, à la fois flamboyantes et apocalyptiques. Et ce mercredi 17 janvier sort en salles en France le film multiprimé « The Last Family » (La dernière famille), réalisé par le jeune cinéaste polonais Jan P. Matuszynski et dédié à la famille ténébreuse de Beksinski.

    The Last Family est l’histoire d’une famille anéantie, phagocytée par ses propres membres et le monde qui les entoure. Une histoire morbide, explosive et universelle, basée sur l’histoire véritable d’un peintre hors normes : Zdzislaw Beksinski.

    « Il a été longtemps oublié, mais aujourd’hui, il y a un certain regain, aussi grâce aux publications d’un grand collectionneur de Beksinksi, déclare Karolina Zabicka de la Galerie Roi Doré qui expose actuellement quelques tableaux [des huiles sur isorel, un matériau utilisé par l'artiste car moins cher, plus facilement trouvable et stockable] de l’artiste à Paris. L’an dernier, un nouveau musée Beksinski, la Galerie Zdzislaw Beksinski, a ouvert à côté de Cracovie, avec un prêt des œuvres de ce collectionneur. Le film The Last Family sort cette semaine sur les écrans en France. Il y a un regain de plus en plus grand autour de l’œuvre de Beksinski. »

    Beksinski, entre le rêve et le cauchemar

    Sur ses tableaux, on trouve des figures fantastiques, mystérieuses, déchirées, pénétrées et transcendées. Ses personnages ramifiés rappellent les toiles d’Arcimboldo, l’apocalypse du faiseur de diables Jérôme Bosch, le surréalisme fou de Salvador Dali, les images sombres et hantées de la disparition chez Zoran Music, le survivant du camp de Dachau. Une peinture de Beksinski navigue entre le rêve et le cauchemar et ne laisse personne indifférent :

    « Il y a beaucoup de jeunes qui viennent à la galerie. Des gens viennent exprès à Paris pour voir cette œuvre qu’ils n’ont jamais vue, à part sur internet. Les gens entrent et font "wow" ou "comment je vais réussir de sortir de là ?" Parfois, ils ont les larmes aux yeux, d’autres restent trois heures. Et on s’est aperçu qu’il y a sur Facebook des fans-pages de 400 000 fans. L’artiste est énormément apprécié du public ; reste la question des critiques, des institutions… »

    L’étiquette « artiste surréaliste »

    Longtemps, Beksinski a été enfermé dans l’étiquette « peintre surréaliste polonais ». Une erreur, souligne Karolina Zabicka : « Ce n’est pas seulement un peintre, c’est un artiste. Il a commencé avec la photographie, dans les années 1950, une œuvre à part entière. Il a fait des sculptures, des dessins, travaillé avec des photocopies, des "gravures" sur ordinateur… Lui-même parlait de ses peintures en termes de couleurs, de formes, de composition… Et la manière dont il en parlait, cela se rapprochait plus de l’abstraction. Donc, il y a quelque chose de l’ordre de surréaliste, mais aussi d’expressionniste et plein d’autres choses à la fois. Son œuvre englobait beaucoup trop de choses pour le limiter au terme surréaliste. »

    Vue d’une œuvre (détail) de Zdzislaw Beksinski, « sans titre », 1970, huile sur isorel, 70 x 61 cm. Exposée à la galerie Roi Doré, Paris. Siegfried Forster / RFI

    Un style unique, minutieux, aussi terrifiant que créatif, à l’image de sa vie. Né en 1929 dans la petite ville polonaise de Sanok qu’il quitte en 1977 pour un appartement dans une barre grise de Varsovie, Zdzislaw Beksinski n’aimait pas trop sortir de chez lui et vivait en fusion totale avec Zofia, sa femme prévenante et dévouée, Tomasz, son fils maniaco-dépressif et célèbre animateur radio, et les deux grands-mères dépendantes.

    Un artiste entouré de mystères

    À la maison, les peintures de Zdzislaw étaient partout, mais toute la famille avait une interdiction absolue de parler de son œuvre au risque de bloquer l’élan créatif du maître. Beksinski n’a jamais quitté la Pologne et avait une peur monstre des araignées. Après le décès de sa femme et le suicide de son fils, il est mort en 2005, dans son appartement à Varsovie, assassiné par 17 coups de couteau. En quelque sorte un dernier mystère si cher à l’artiste.

    « The Last Family », l’apocalypse familiale, signée Jan P. Matuszynski

    Dans The Last Family, le jeune réalisateur polonais Jan P. Matuszynski nous embarque brillamment dans ce voyage vers l’apocalypse. Les peintures de Beksinski sont omniprésentes, mais pour Matuszynski, ce n’est pas le peintre, mais bien la disparition de toute une famille durant les trois dernières décennies qui est au centre de son récit cinématographique. D’où le choix d’un portrait groupé, tourné en format CinémaScope.

    « Cette famille est en train de disparaître, un membre de la famille après l’autre, remarque le réalisateur. C’est quelque chose très intéressant que cette famille est quelque part toujours là, comme l’art de Beksinski, comme le témoignage silencieux d’une poupée. Je filme cette relation mystérieuse entre les membres de la famille. »

    Andrzej Seweryn (à. g.), Dawid Ogrodnik et Aleksandra Konieczna dans « The Last Family », de Jan P. Matuszynski. Siegfried Forster / RFI

    « Ce n’est pas un film sur un peintre »

    Matuszynski nous parle de son processus de travail entouré de peintures de Beksinski. Assis au milieu de la galerie parisienne Roi Doré, des créatures impossibles nous regardent. Animaux de compagnie, c’était le nom donné par Beksinski à ces tableaux jadis accrochés à la maison et qui faisaient partie de la vie familiale.

    « La plupart des scènes du film se déroulent dans les deux appartements du fils et du père où ces peintures sont accrochées aux murs. Beksinski a peint 1 300 toiles. Nous avons utilisé 54 peintures. Mon intention n’a jamais été de faire un film sur le peintre et ses peintures. »

    Les Beksinski, la famille le plus filmée de l’histoire

    D’autant plus qu’il s’agit de raconter via le cinéma l’histoire de la famille le plus filmée de toute l’histoire de l’humanité. Beksinski a tout filmé et enregistré : des discussions banales en passant par les crises psychiques de son fils suicidaire, jusqu’à l’enterrement de sa propre mère.

    « Beksinski a commencé à filmer sa famille en 1957, un an avant la naissance de son fils. À partir de là, il a enregistré des cassettes audio, des cassettes VHS… C’est vraiment totalement fou. Comme un Big Brother. C’était une sorte de télé-réalité filmée par lui-même. Avec ce matériel, j’avais accès au cœur de cette famille. Je pouvais les rencontrer et faire leur connaissance au plus haut point. Nous avons travaillé et préparé le film pendant un an et demi avant le premier jour de tournage. D’où toutes les émotions dans cette histoire très étrange et en même temps tout à fait banale. »

    Malgré cette documentation époustouflante tournée à l’époque d’une Pologne fermée et secouée par des événements historiques, Matuszynski affirme : « Je dois dire que je n’ai rien appris sur la Pologne, mais beaucoup sur des relations familiales. Cette famille n’est pas sortie beaucoup. Ils n’ont pas beaucoup parlé de politique. Pour cela, il n’était pas nécessaire d’évoquer des événements historiques comme la chute du mur de Berlin, etc. Ils étaient vraiment concentrés sur eux-mêmes. »

    Andrzej Seweryn a reçu le prix d’interprétation au Festival de Locarno pour son incarnation de Zdzislaw Beksinski dans « The Last Family », de Jan P. Matuszynski. Potemkine Distribution

    Matuszynski, Beksinski et Polanski

    Parfaitement cadré, tourné dans un esprit documentaire tourmenté, avec de longs plans-séquences d’une légèreté impressionnante, The Last Family, son premier long métrage fiction, s’inscrit résolument dans un certain cinéma polonais, admet le cinéaste de 33 ans, diplômé de la Krzysztof-Kieslowski Faculty de Katowice et de l’École Wajda de Varsovie :

    « Avec ce film, il y avait plusieurs choix évidents : je suis un très grand fan des films de Roman Polanski et sa trilogie des appartements [Répulsion, Rosemary’s Baby, Le Locataire] est certainement une référence pour ce film. Mais, ce n’est pas tout. La chose la plus importante, c’est que Tomasz Beksinski était un très grand fan du film Le Locataire. Il pensait même que c’est lui le caractère, que c’est une histoire sur lui. »

    Le réalisateur Jan P. Matuszynski sur la famille Beksinski et Roman Polanski (en anglais)

    The Last Family, de Jan P. Matuszynski, avec les merveilleux acteurs Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik et Aleksandra Konieczna, sort mercredi 17 janvier en salles, en France.

    Beksinski – In hoc signo vinces, exposition à la Galerie Roi Doré, Paris, jusqu’au 8 février.

    ► Beksinski sera également l’invité d’honneur du 50e Salon du Dessin et de la Peinture à l’eau au Grand Palais, dans le cadre d’Art Capital, du 14 au 18 février.

    ► Site officiel de la Galerie Zdzislaw Beksinski, à côté de Cracovie.

    ► Site du Musée historique de Sanok, la ville de naissance et de jeunesse de Beksinski. Avec environ 600 œuvres, ce musée possède la plus grande collection d'œuvres de l'artiste.

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