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    [Les langues oubliées du Nobel] Lobo Antunes, l’Angola vissé au corps

    media L'écrivain portugais Antonio Lobo Antunes, le 30 septembre 2017. AFP/Jose Manuel Ribeiro

    La langue portugaise n’a pas été complètement oubliée du jury Nobel, puisqu’il a couronné José Saramago en 1998. Mais un seul lauréat pour l’ensemble du monde lusophone, c’est bien peu payé quand on pense à Fernando Pessoa, Carlos Drummond de Andrade ou Clarice Lispector. Espérons qu’il relise Lobo Antunes et qu’il s’intéresse un jour à Mia Couto.

    Admettons-le d’emblée, Lobo Antunes est à lire à petites doses, tellement son propos est dense. Il écrit comme nous pensons, sans barguigner sur les parenthèses, les retours en arrière, les télescopages. Mais quelle virtuosité, une fois que l’on se glisse dans le maelstrom de ses récits ! Rarement littérature ne m’aura laissé aussi admiratif.

    Né en 1942 à Benfica, quartier ouest de Lisbonne, António Lobo Antunes est envoyé en Angola pendant son service militaire. Le jeune médecin tombe en plein dans la guerre sale. L’historien René Pélissier a qualifié de « colonisation du pauvre » la mainmise du Portugal sur l’arrière-pays angolais. Quand nait l’insurrection des mouvements de libération en 1961, l’Afrique est largement en phase de décolonisation. Le Portugal s’enfonce dans une « riposte du pauvre » à contre-courant, sanglante, indistincte et cruelle.

    Cette expérience marque à jamais le psychiatre néophyte. À son épouse il décrit son dégoût, son ennui, son inutilité, mais aussi la beauté du ciel dominant la savane. De cette correspondance, Ivo Ferreira a tiré en 2016 un film : Lettres de la guerre, troublant, en noir et blanc. Plus marquant encore est son roman : La splendeur du Portugal*.

    Le titre se réfère au quatrième vers de l’hymne national. Le livre se veut la face sombre de l’exposition universelle de 1998. Cette manifestation saluait le retour triomphal à Lisbonne de Vasco de Gama, juste cinq cents ans auparavant. Le premier navigateur européen à avoir abordé les Indes laissait entrevoir quelques décennies de prospérité. Lobo Antunes brosse une fresque cauchemardesque de la colonisation.

    Quatre personnages évoquent leur passé en terre angolaise. Isilda est restée sur place après l’indépendance, malgré le délitement de sa propriété, la guerre civile et son cortège de pillages. Elle sait qu’elle ne tiendra pas devant les tueurs. Elle songe, elle délire : « Je me réveillerai avec le soleil enroulé autour de mes genoux, comme un chat. »

    Ses trois enfants sont partis vivre au Portugal : Clarisse, femme légère à la psychologie complexe, Rui l’épileptique et Carlos, leur ainé. Il n’est pas exactement le fils d’Isilda, mais celui de son mari, alcoolique notoire, et d’une cantinière locale. Carlos a épousé Lena, une Blanche des bidonvilles de Luanda, fascinée par l’hacienda familiale, mais forcément mal acceptée par sa belle-mère. « Ma mère se cachait derrière ses paupières », se souvient Carlos.

    Chacun monologue de son côté, tandis que la fratrie s’apprête à réveillonner après quinze ans de brouilles.

    L’acclimatation des « pieds noirs » à Lisbonne est pénible. « Nous n’étions que tolérés au Portugal, regardés comme nous regardions ceux qui travaillaient pour nous et donc, d’une certaine manière, nous étions les Nègres des autres, de la même façon que les Noirs possédaient leurs Nègres qui à leur tour possédaient leurs Nègres successifs jusqu’au fond de la misère… ».

    Leur passé n’étant pas même idyllique, ils ressassent leurs fantasmes angolais et notamment cette image percutante : « Nous avons fini par aimer l’Afrique avec la passion du malade pour sa maladie. »

    L’écrivain brosse un tableau lamentable de la colonisation. Son roman me fait penser à ce voisin portugais qui assénait avec passion « Goa est à nous ! », alors que l’armée indienne récupérait ce port en décembre 1961. Avec ses incantations lyriques, Lobo Antunes nous présente un pays obnubilé par un passé honteux. Du grand art !

    Est-ce ce profond traumatisme qui pousse le Portugal du XXIe siècle à s’arrimer, avec force sacrifices, à l’Europe en marche ?


    António Lobo Antunes, La splendeur du Portugal, traduit par Carlos Batista, Christian Bourgois, 2000

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